BOLIVIE - VIOLENCES

L'état d'urgence instauré dans le département de Pando

Face à la violence des manifestations anti-gouvernementales qui ont fait au moins huit morts, le gouvernement bolivien a instauré l'état d'urgence dans la région amazonienne de Pando dans le nord du pays.

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Le Président bolivien Evo Morales a promulgué  vendredi l'Etat de siège dans l'une des cinq régions où des troubles contre le pouvoir en place ont dégénéré en violences déclenchant une crise qui touche désormais d'autres pays d'Amérique latine en rupture avec les Etats-Unis.

La région de Pando, au nord-est du pays, a ainsi été placée sous le contrôle de l'armée et de la police après que des jeunes y eurent saccagé des bâtiments officiels vendredi et que huit manifestants pro-gouvernementaux y ont trouvé la mort jeudi.

La mesure a été annoncée par le ministre de la défense Walker San Miguel, qui a précisé que les bars seront fermés très tôt, que le transport d'armes à feu et d'explosifs étaient interdits, ainsi que les manifestations sans autorisations officielles. Il a ajouté que plusieurs Péruviens étaient soupçonnés d'avoir ouvert le feu contre certaines des huit victimes de jeudi tuées par balles.

Selon la télévision bolivienne, l'armée a pris le contrôle de l'aéroport de Cojiba, à la frontière brésilienne, dans le Pando, après que celui-ci a été assailli par une foule en colère tirant des coups de feu et lançant des explosifs.

La promulgation de l'Etat de siège a encore fait monter d'un cran la tension dans le pays secoué depuis quatre jours par des affrontements entre manifestants pro et anti-gouvernementaux.

Le gouvernement socialiste du président Evo Morales et l'opposition autonomiste de droite devaient cependant se rencontrer vendredi soir pour tenter d'endiguer la vague de violences.

Le gouverneur de la région de Tarija (sud), Mario Cossio a ainsi accepté de se rendre vendredi soir au palais présidentiel de La Paz pour rencontrer les responsables du gouvernement à la demande du président Morales et de l'influent ministre de la présidence, Juan Ramon Quintana.

Le chef de l'Etat a affirmé qu'il continuait "à miser sur le dialogue, la dignité et l'unité du pays malgré les provocations" et a écarté l'éventualité d'une intervention militaire, assurant qu'il avait interdit "d'utiliser les armes à feu contre le peuple".

L'Eglise catholique, le bureau du médiateur (Défenseur du peuple), l'OEA (Organisation des Etats Américains), l'Union européenne et les Nations unies pressent le gouvernement et les opposants de négocier une trève et d'entamer un dialogue pour résoudre la crise politique que traverse le pays.

L'escalade de la violence en Bolivie a entraîné une crise diplomatique régionale avec la décision surprise du président Hugo Chavez d'expulser l'ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, par solidarité avec La Paz.

L'expulsion de l'ambassadeur des Etats-Unis à Caracas, Patrick Duddy, est la deuxième en 48 heures d'un chef de mission diplomatique américaine en Amérique du Sud, après la décision mercredi du président bolivien Evo Morales de déclarer persona non grata l'ambassadeur américain à La Paz, Philip Goldberg.

Les forces armées boliviennes ont rejeté vigoureusement vendredi dans un communiqué l'"immixtion étrangère" du président vénézuélien Hugo Chavez qui avait déclaré jeudi qu'il soutiendrait des groupes armées en Bolivie si son ami le président Evo Morales était "tué ou renversé".

La Bolivie a rétabli vendredi les fournitures de gaz à l'Argentine et au Brésil fortement pertubées depuis 48H à la suite de divers incidents, a annoncé le vice-ministre des hydrocarbures M. William Donaire.

M. Morales, le premier président indigène de l'histoire du pays, avait accusé mercredi l'ambassadeur des Etats-Unis d'encourager une division de la Bolivie, un pays andin de 10 millions d'habitants partagé entre paysans indigènes d'un côté, blancs et métis de l'autre, et de conspirer contre le gouvernement.

Depuis quatre jours, des heurts et des manifestations sporadiques se poursuivent dans les cinq provinces de Santa Cruz (est), Tarija (sud), Beni et Pando (nord) et Chuquisaca. Dans plusieurs régions, les manifestants anti-gouvernementaux se sont emparés de bâtiments des douanes, des impôts, de centraux téléphoniques ou même de petits aéroports.

Evo Morales, tenant de l'anti-libéralisme, est confronté depuis des mois à la fronde de cinq des neuf gouverneurs des provinces boliviennes, qui refusent un projet de constitution qualifiée d'"étatiste et indigéniste". Ce projet doit être soumis à un référendum le 7 décembre.
 

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