REPORTAGE

Les Roms divisés par les évacuations de bidonvilles

Il y a deux semaines, un campement de Roms dans le nord de Paris a été évacué pour permettre la construction de logements sociaux. Des familles ont été relogées. Si certains ont accepté de rentrer en Roumanie, d’autres ont disparu.

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FRANCE 24 a suivi le parcours d’une communauté de Roumains contraints d’évacuer leur logement dans la banlieue parisienne.

 

Consultez également nos autres reportages sur le sujet : Les Roms de Saint-Ouen lèvent le camp.

 


Rentrés de l’école, les enfants roms jouent dans une cour vide, poursuivant à vélo des camarades plus âgés. Dans sa nouvelle caravane, la petite Nicoleta Covaci-Marghita exhibe fièrement ses livres scolaires et explique qu’elle se rend à une école de Saint-Ouen, une banlieue au nord de Paris. "A l’école, j’apprends à lire, à écrire et à compter, déclare-t-elle. Mais ce que je préfère avant tout, c’est écrire."

Il y a à peine deux semaines, Nicoleta vivait dans un bidonville infesté de rats à Saint-Ouen, avant qu’elle ne soit évacuée. Elle fait partie des 96 Roms sélectionnés pour un programme d’intégration de la ville. Aujourd’hui, elle vit avec sa mère dans le village d’insertion de Saint-Ouen, où les habitants se partagent les cuisines ainsi que les sanitaires, et vivent dans des caravanes en attendant la livraison de bungalows mi-2009.


Lorsqu’en juin, les autorités avaient ordonné l’évacuation des quelque 600 occupants du bidonville, une centaine d’entre eux environ ont accepté de rentrer en Roumanie aux frais de l’Etat, selon le sous-préfet de la ville. Une centaine des habitants environ ont été selectionnés pour le programme d’intégration. Nul ne sait ce que sont devenus les 400 habitants restants du bidonville.


Pour Constantin Drezaliu, qui vit, avec sa femme et son fils de 9 ans, dans une caravane dans le village d’insertion aménagé par la ville, les conditions de vie sont bien meilleures que dans le bidonville. Mais les règles sont très strictes : "C’est bien plus propre et bien plus grand ici, explique-t-il. Mais ici nous n’avons pas de travail car nous ne pouvons pas vendre de ferraille."


Nabil Bendami, responsable du village, confirme qu’il est interdit pour les habitants de rassembler de vieux métaux, l’une de leurs principales sources de revenus. "Nous ne pouvons les laisser introduire de la ferraille dans ce camp, sinon cela deviendrait ingérable", explique-t-il. Il ajoute que les Roms ont entamé la procédure de recherche d’emploi.


Il explique également que, dans des cas similaires, les Roms ont suivi des formations et se sont redéployés vers de nouvelles professions en tant que cuisiniers, travailleurs du bâtiment ou encore interprètes.


“Ici, les règles sont strictes, déclare Nabil Bendani. Les habitants ne sont pas autorisés à recevoir de visiteurs, ils doivent participer aux séances collectives d’entretien et prendre soin de leur hygiène personnelle", explique-t-il. Quoi qu’il en soit, les Roms accueillent de façon positive les nouvelles conditions. Bendani remarque que "jusqu’à maintenant, il n’y a eu que quelques disputes entre voisins."


Non loin de là, Feri Ciurar, un mécanicien jovial à la barbe poivre et sel, rit en empoignant une bière posée près de sa chaise longue. "La seule raison pour laquelle je travaille, c’est pour pouvoir fumer et boire comme un clochard", confie-t-il. Il est heureux de faire partie du programme d’intégration. "On me respecte plus ici que dans d’autres pays, explique-t-il. Je sais certaines choses et c’est mieux ici", ajoute-t-il.


Interrogé sur le sort des familles roumaines qui n’ont pas été sélectionnées pour le programme d’intégration, Feri Ciurar répond avec un froncement de sourcils, qu’il ne souhaite pas parler d’eux.


Fuir les autorités

 

A Argenteuil, à huit kilomètres du village de caravanes de Saint-Ouen, nous sommes parvenus à retrouver la piste de deux familles roumaines qui ont fui le bidonville avant sa destruction.

“Balcri”, qui ne nous a donné que son surnom, vit avec sa famille aux confins d’Argenteuil, dans un immeuble désaffecté qui abritait auparavant des travailleurs immigrés, non loin d’une route bruyante. Là, les habitants n’ont accès ni à l’eau courante, ni à l’électricité.

 

Assis sur une berge surplombant la Seine, "Balcri", un robuste Roumain, explique comment il a été obligé de quitter le bidonville. "Je venais juste d’inscrire mes enfants à l’école du quartier quand j’ai su qu’ils allaient démolir le bidonville."



Deux autres hommes, qui ont préféré gardé l’anonymat, le rejoignent et nous montrent les avis d’expulsion que la police leur a envoyés. Le document les invite à retourner en Roumanie de leur propre gré, sinon ils y seraient renvoyés de force. Une perspective que "Balcri" n’envisage pas avec joie. "C’est difficile d’envoyer les enfants à l’école en Roumanie. Il n’y a ni argent, ni travail", explique-t-il.

 

Les trois hommes sont amers de ne pas avoir été sélectionnés pour le programme d’intégration de Saint-Ouen lorsque le bidonville a été détruit. Un mécanicien roumain qui a, lui aussi, préféré garder l’anonymat, rappelle "qu’il y avait 200 ou 300 candidats à ce programme pour seulement 90 places disponibles. C’est injuste pour les autres."


Cette question taraude toujours "Balcri" et ses voisins. En août 2007, l’ONG française Pact Arim 93, qui s’occupe des questions de logement, a été chargée d’une enquête sur la réinstallation des Roumains et de la sélection des candidats au programme d’intégration.

 

Les critères de sélection comprenaient notamment l’aptitude à parler français, le fait d’avoir des enfants scolarisés et la volonté de travailler en France.
 

 

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