BOLIVIE - VIOLENCES

Morales lance un mandat d'arrêt contre le gouverneur de Pando

Alors que les manifestations contre l'État bolivien ont été suspendues dans la région rebelle, le gouverneur de Pando est recherché pour avoir violé l'état d'urgence et organisé un "massacre" de paysans fidèles à Evo Morales.

Publicité

L'armée traquait dimanche le gouverneur d'une région rebelle en Bolivie, où l'opposition au président Evo Morales a fait un geste en annonçant la suspension des manifestations, après une vague de violence meurtrière.

Les soldats ont reçu l'ordre d'arrêter le gouverneur de Pando, Leopoldo Fernandez, poursuivi pour avoir violé l'état d'urgence instauré dans cette région du nord, voisine du Brésil, où les affrontements ont fait au moins 18 morts et une centaine de blessés.

M. Fernandez est en outre accusé par le gouvernement d'avoir organisé un "massacre" de paysans fidèles au chef de l'Etat, dans la localité de Porvenir, où seize personnes ont été tuées jeudi.

Une commission d'enquête devait être dépêchée sur place. Le gouverneur de la région, qui avait publiquement refusé de respecter l'état de siège, avait démenti les rumeurs selon lesquelles il projetait de fuir au Brésil.

D'importants renforts militaires ont été envoyés à Cobija, la capitale régionale, pour rétablir l'ordre et reprendre le contrôle des bâtiments publics qui avaient été occupés par des groupes armés. Un soldat et un civil avaient été tués lors d'un assaut militaire à l'aéroport.

Les provinces riches (Pando, Santa Cruz, Tarijas, Beni Chuquisaca) rejettent le projet de Constitution socialiste et le projet de réforme agraire que M. Morales, premier président amérindien, veut faire adopter par référendum dans ce pays de 10 millions d'habitants, le plus pauvre d'Amérique du Sud.

La crise a ravivé les tensions ethniques dans ce pays fracturé entre les partisans du chef de l'Etat, en majorité des paysans pauvres des Andes, et la population métisse ou blanche qui vit dans les plaines de l'est et du sud où sont concentrées les terres fertiles et les hydrocarbures.

Les adversaires de M. Morales ont toutefois fait dimanche un geste en annonçant la suspension de leurs manifestations en "signe de bonne volonté".

Le président du comité civique de Santa Cruz, Branko Marinkovic, l'une des figures de l'opposition, a salué cette décision.

"Nous devrions lever tous les points de blocage dans le département", a déclaré M. Marinkovic, en assurant que les autres provinces rebelles s'apprêtaient à "faire la même chose".

Ce représentant de l'opposition a exhorté le gouvernement de M. Morales à "donner un signal similaire pour mettre fin à la violence dans le pays".

La crise bolivienne avait aussi pris une dimension internationale avec le renvoi des ambassadeurs des Etats-Unis en Bolivie et au Venezuela, suivi d'une mesure de représailles similaires par Washington.

En soutien à la Bolivie, le président du Nicaragua, l'ancien guérillero Daniel Ortega, a refusé de se rendre à un sommet en Amérique centrale, où était attendu le président américain George W. Bush.

L'Union des Nations sud-américaines (Unasur) doit tenir lundi au Chili une réunion extraordinaire consacrée à la crise bolivienne.

Juste avant son expulsion de La Paz, l'ambassadeur américain Philip Goldberg a averti M. Morales que son départ aurait des "conséquences sérieuses" notamment pour la lutte contre le trafic de drogue.

Les Etats-Unis versent annuellement une aide de plus de 100 millions de dollars à la Bolivie, troisième pays producteur de cocaïne après la Colombie et le Pérou.

Admirateur de la révolution cubaine et allié du président vénézuélien Hugo Chavez, bête noire de la Maison Blanche, Evo Morales, un ancien planteur de coca, accuse le diplomate d'orchestrer la fronde de l'opposition.

Des accusations qualifiées de "fausses et injustifiées" par M. Goldberg, selon qui les Etats-Unis ne cherchent qu'à soutenir "la démocratie et le développement" en Bolivie.
  

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine