ÉTATS-UNIS - FINANCE

Lehman Brothers se déclare en faillite, Wall Street dans le rouge

Faute d'avoir trouvé un repreneur, la banque d'affaires américaine Lehman Brothers a annoncé sa faillite. L'information a suscité l'émoi des places financières mondiales qui enregistrent une forte baisse.

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Lire aussi l'analyse de Céline Bruneau, spécialiste économie FRANCE 24 : "Lehman Brothers jette l'éponge" ainsi que l'article "Wall Street ouvre en forte baisse"


La banque d'affaires américaine Lehman Brothers avait survécu à la crise de 1929. Elle succombe à la crise des "subprimes". La quatrième banque d’affaires de Wall Street a annoncé sa faillite ce lundi. La déclaration de faillite a été déposée dans la journée auprès de la Cour des faillites des Etats-Unis pour le district sud de New York.

Ce week-end, Lehman Brothers était encore en négociation avec un éventuel repreneur : la banque britannique Barclays. Celle-ci a jeté l’éponge dimanche. Selon le "New York Times" et le "Wall Street Journal", Barclays aurait regretté l’absence d’une aide fédérale américaine comparable à celle accordée en mars à JPMorgan Chase, lors de son rachat d’une autre banque d'affaires américaine en difficulté, Bear Stearns. La troisième banque britannique a été refroidie à l’idée de devoir garantir les engagements de Lehman jusqu’à la conclusion d’un éventuel accord, explique l’AFP en citant une source anonyme travaillant dans la banque.


3,9 milliards de dollars de pertes


Après plusieurs mois de déboires financiers -3,9 milliards de dollars de pertes au troisième trimestre-, Lehman Brothers a cédé en bourse 80 % de sa valeur la semaine dernière. Vendredi, son action a clôturé à 3,65 dollars. Elle en valait près de 70 il y a un an.

La chute de Lehman représente la plus grosse faillite d'une institution financière aux Etats-Unis et sa chute pourrait avoir de nombreuses conséquences dans une finance mondiale aux activités étroitement imbriquées. Le président George W. Bush a assuré que son administration s'efforçait d'atténuer l'impact de la crise. "A long terme, je suis confiant dans la souplesse et la résistance des marchés financiers et dans leur faculté à faire face à ces ajustements", a-t-il indiqué.

La banque américaine était plus que centenaire. Fondée par les frères allemands Lehman en 1850 dans l’Alabama, elle avait commencé dans le négoce de coton, puis s’était tournée vers le financement des chemins de fer. Il y a encore un an, Lehman Brothers s'était vu décerné le prix de banque d'investissement la plus admirée des Etats-Unis par le magazine "Fortune".

 

Les bourses européennes en berne

 

En réaction, les banques françaises ont décroché en Bourse lundi. Les actions de BNP-Paribas, Société générale et Crédit agricole accusent un recul compris entre 9,5% et 13,5% vers 13h00, alors que l'indice DJ Stoxx des banques européennes perd 8,75%.

 

Le marché britannique est également en émoi après les nouvelles de Wall Street. Les banques britanniques sont "sûres et saines", a affirmé à l’AFP Angela Knight, la dirigeante de l'Association des banquiers britanniques, rejetant tout parallèle entre la situation de Lehman Brothers et les grands établissements de la City de Londres.

 

Malgré ces déclarations rassurantes, les actions des grandes banques britanniques chutaient mardi en fin de matinée à la Bourse de Londres, notamment celle du groupe HBOS, qui s'effondrait de 23,76% à 215 pences à la mi-journée.

 

Pour désamorcer la crise, la Banque centrale européenne (BCE) a injecté 30 milliards d'euros sur le marché monétaire, une bouffée d'oxygène pour les établissements de crédit, qui pourrait ne pas être suffisante, selon des experts. La Banque d'Angleterre (BOE) a elle aussi lancé une opération similaire, en offrant 5 milliards de livres (6,3 milliards d'euros) au marché financier, une somme qui a été engloutie en quelques minutes.

 

Séisme à Wall Street

 

La crise des "subprimes" commence à faire de sérieux dégâts à Wall Street : après le renflouement par l'Etat fédéral de Freddie Mac et Fannie Mae, deux piliers du financement immobilier américain, la semaine passée, Bank of America a annoncé lundi le rachat de Merrill Lynch pour 50 milliards de dollars en actions. Merrill Lynch a perdu 52 milliards de dollars depuis le début de la crise des "subprimes". Elle a vu son cours dévisser de 12% en bourse sur la seule journée de vendredi –soit un recul de 68% en un an.

 

Autre institution financière en péril : l’assureur American International Group (AIG), qui s'apprêterait à annoncer la cession de pans entiers de ses activités pour tenter de rassurer les investisseurs, selon le "Wall Street Journal". D’après le quotidien américain "New York Times", AIG a lancé un appel inédit à la Réserve fédérale des Etats-Unis pour lui demander un prêt à court terme de 40 milliards de dollars.

 

Devant l’ampleur de la crise, dix banques internationales ont créé dimanche soir un fonds de crise de 70 milliards de dollars. Bank of America, Barclays, Citibank, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Merrill Lynch, Morgan Stanley et UBS veulent ainsi se prémunir contre un éventuel tarissement de liquidités. Chacune des banques participantes amènera 7 milliards de dollars et chacune pourra obtenir jusqu'au tiers du montant du fonds en cas de difficultés de refinancement.
 

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