CRISE FINANCIERE

La fin d'un système bancaire aux Etats-Unis

L'effondrement des grandes banques d'investissements de Wall Street laissent présager la fin du système bancaire tel que nous le connaissons. Seules les banques ayant su diversifier leurs activités semblent capables de tirer leur épingle du jeu.

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Alors que les marchés mondiaux dégringolent depuis quatre jours,la décision des banques centrales d’injecter 180 milliards de dollars pour soulager les marchés monétaires laisse espérer un retour à la stabilité.

 

De toutes les grandes banques d’affaires, seules Morgan Stanley et Goldman Sachs, semblaient tenir le choc. Mais confrontés aux rumeurs selon lesquelles Morgan Stanley négocierait avec la banque commerciale américaine Wachovia en vue d’une éventuelle fusion, de nombreux analystes se demandent si ce n’est pas la fin d’un système à laquelle on assiste. 

 

"Les gagnants sont tous ceux qui ont du patrimoine, des liquidités”, commente Philippe Dessertine, un professeur d’économie à l’université de Nanterre, près de Paris. “Les perdants sont ceux qui reposaient sur le service et sur un savoir-faire avec des coûts de main d’œuvre élevés et n’ayant pas la possibilité de collecter des fonds".

 

Banques commerciales contre banques d’investissement

 

"Cette crise s’apparente à la crise de 1929 car les banques y sont au milieu", explique Vincent Catillon, chercheur à la faculté de droit de Clermont-Ferrand. "Après la crise de 29, on a sectorisé les banques entre banques d’affaires et banques de dépôts pour limiter les dégâts. A partir des années 70, commence la tendance au décloisonnement et les banques traitent de dépôts et d’affaires. Dans la crise actuelle, on a cru que ces dernières allaient en pâtir mais c’est l’inverse qui s’est produit. Les banques dites universelles qui traitent de dépôts et d’affaires s’en sont le mieux sorti car elles ont pu s’adosser sur leurs dépôts."

 

Contrairement à la banque d’investissement qui donne accès au marché des capitaux par l’émission d'actions et obligations contre rémunération, la banque commerciale finance les prêts qu’elle octroie à partir de ses dépôts.

 

Le cours des banques d’investissements est en baisse depuis quelques mois dans un contexte de reserrement du crédit et de forte dévaluation des hypothèques garantissant les actifs bancaires. A la fin de la semaine dernière, l’action de Merrill Lynch s’échangeait à 17,05 dollars, bien en dessous des 98 dollars du début de 2007.

 

Deux jours plus tard, lundi 15 septembre, son concurrent Lehman Brothers déclarait faillite faute de repreneur. Pour ne pas connaître le même sort, Merrill Lynch a accepté l’offre d’achat de Bank of America pour 50 millions de dollars.

 

"Certaines banques, à l’instar de Lehman Brothers, ont adopté des pratiques irresponsables", ajoute Vincent Catillon. "Les autorités financières américaines, en refusant de les aider, ont envoyé un message fort aux institutions financières pour les inciter à se responsabiliser."

 

L’initiative de Bank of America a été bien reçue par les analystes. L’activité de banque d’investissement de Bank of America est trop limitée pour faire concurrence à Merrill Lynch mais ses clients pourront bénéficier de ses services de courtage.

 

Redessiner le paysage bancaire

Quels que soient les changements effectués au système bancaire, les banques d’investissements ne sont pas encore menacées de disparition immédiate.

“Il est peu probable qu’une décision légale aille dans ce sens”, poursuit Philippe Dessertine. Mais le paysage bancaire va probablement évoluer. “On peut imaginer que Barclays, qui a racheté certaines activités de Lehman Brothers, les regroupe dans quatre ou cinq ans dans une nouvelle entité spécifique”.

 

A court terme, les banques d’investissement pourraient être amenées à modifier certaines de leurs activités, comme la sécurisation ou les opérations de financement d’acquisition à levier (LBO) qui pourraient être progressivement éliminées, selon Dessertine.

 

En attendant, les appels à un durcissement de la réglementation des marchés commencent à être entendus.

 

La Réserve fédérale américaine a annoncé, dimanche, qu’elle avait assoupli les restrictions empêchant dans certains cas des institutions financières de transférer des fonds vers leurs branches les plus exposées aux risques. Cette mesure permettrait aux entités commerciale des banques de faire passer de l’argent à celles chargées d’investissement.

 

La commission échanges et sécurités (SEC), l’organisme de contrôle de Wall Street, a également annoncé qu’elle réfléchissait à la possibilité d’interdire la vente illégale d’actions à découvert.

 

Cette technique permet à un investisseur d’emprunter une action - moyennant le versement d'une commission - avec l'espoir de pouvoir la revendre lorsque son cours aura chuté. L'investisseur peut ainsi empocher la différence.

 
L’Autorité financière de Londres (FSA) a déjà décidé de l’interdire jusqu’en janvier dès vendredi pour calmer les marchés. La vente d’actions à découvert a été mise en cause dans le fiasco de la banque britannique Halifax Bank of Scotland (HBOS), rachetée par Lloyds TSB.

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