ITALIE

"Situation dramatique" pour Alitalia, admet Berlusconi

Alors que les repreneurs ont retiré leur projet de rachat, Alitalia semble face à une faillite inéluctable, un profond revers pour le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi.

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Le retrait de l'unique offre de reprise de la compagnie nationale Alitalia constitue un grave revers pour le chef du gouvernement Silvio Berlusconi qui s'est impliqué personnellement dans le sauvetage de la compagnie.

"La situation est dramatique. Nous pourrions être au bord du précipice", a reconnu jeudi le Cavaliere qui avait mis un maximum de pression sur les syndicats ces derniers jours, afin de les convaincre d'accepter l'offre de reprise des investisseurs italiens.

"Il est évident qu'il y a de grosses responsabilités, surtout de la part de la confédération CGIL (gauche) et des syndicats de pilotes", a ajouté le chef du gouvernement, dévoilant sa ligne de défense après cette déconfiture.

"Berlusconi a perdu une bataille, la première depuis son retour au pouvoir en mai. Cette défaite ne sera pas simple à gérer", a déclaré à l'AFP Sergio Romano, éditorialiste au Corriere de la Serra, le plus gros tirage de la péninsule.

"Berlusconi est le seul coupable", a accusé Pierluigi Bersani, ancien ministre, chargé de l'Economie au sein du Parti démocrate (centre-gauche), estimant que cette opération avait été conduite de façon "irresponsable et sans scrupule" par le gouvernement.

Il a jugé que la seule raison d'être du projet des investisseurs italiens était "le cynisme électoral de Berlusconi".

L'ex-ministre des Affaires étrangères Massimo D'Alema a aussi accusé Berlusconi d'avoir "saboté" la solution Air France, qui était "plus solide" que celle des repreneurs italiens.

En pleine campagne électorale pour les législatives en avril dernier, le Cavaliere avait largement contribué à torpiller l'offre de rachat d'Air France-KLM, alors soutenu par le gouvernement de gauche de Romano Prodi, en jouant la carte populiste de l'identité nationale.

Rome "ne peut pas renoncer à une compagnie nationale" avait-il argumenté, allant jusqu'à affirmer qu'en cas de rachat par Air France, les touristes chinois seraient détournés de l'Italie au profit de Paris.

De retour au pouvoir en mai, il avait fait du règlement d'Alitalia et de celui de la crise des ordures à Naples ses deux priorités.

Pendant des semaines, Berlusconi, lui même chef d'entreprise et milliardaire, a fait miroiter la mise sur pied d'un consortium d'investisseurs italiens devant réunir la fine fleur de la finance et de l'industrie de la péninsule (Piaggio, Benetton...).

Celui-ci a péniblement vu le jour fin août mais a posé des conditions drastiques aux syndicats et au gouvernement, exigeant une révision à la baisse des contrats de travail, 3.000 licenciements et la reprise de la dette de plus d'un milliard d'euros de la compagnie.

Les capacités à rebondir du Cavaliere, au faîte de sa popularité avec 60 % de soutien, selon des sondages publiés avant la douche froide de jeudi, ne sont cependant pas à négliger, a déclaré à l'AFP le professeur de sciences politiques Marco Tarchi, qui n'excluait pas "un plan B" du gouvernement pour faire échapper Alitalia à la faillite pure et simple.
 

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