AFRIQUE DU SUD

Le président Thabo Mbeki poussé à la démission

Le porte-parole de Thabo Mbeki annonce que le président sud-africain va démissionner, suite à la demande du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir. Cela pourrait provoquer des élections législatives anticipées.

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La démission annoncée du président Thabo Mbeki n'est que l'épilogue d'un combat sans merci pour la direction du Congrès national africain (ANC), le parti qui dirige l’Afrique du Sud depuis 1994.

Tout avait commencé en 2005 quand Thabo Mbeki, successeur de Nelson Mandela à la tête du pays, avait décidé de renvoyer son vice-président Jacob Zuma en raison d'allégations de corruption dans une affaire de vente d'armes. Tout le monde pensait alors que cette décision sonnait la fin de la carrière du très charismatique leader zoulou. Mais cette révocation, qui avait profondément divisé les partisans de l'ex-mouvement de libération, n'a fait que rendre Jacob Zuma encore plus populaire.

 

Instincts revanchards

 

Grâce au soutien du Parti communiste et de la toute puissante centrale syndicale COSATU (Convention of South African Trade Unions), le "camarade Zuma" a su regrouper autour de lui tous les mécontents d’un système de gouvernance peu consultatif.  Et à mesure que les inculpations pleuvaient (inculpé de viol en 2006 et de corruption en 2007), les "amis de Jacob Zuma" arguaient de "complot" et de "persécution", faisant du leader zoulou un martyr et du chef de l'Etat son bourreau.

En décembre 2007, les dés étaient déjà jetés. Les pro-Zuma emportaient tous les postes des instances dirigeantes de l'ANC, du secrétariat général à la Trésorerie en passant par la vice-présidence. Considéré comme "trop intellectuel" ou "trop autoritaire",  Thabo Mbeki était alors remplacé à la tête de l'ANC par Jacob Zuma, le candidat choisi par la base du parti.

Tout se serait à peu près bien passé si les partisans du président Thabo Mbeki, qui avait encore 18 mois de mandat, n'avaient pas aussi des instincts revanchards. Le seul moyen de rester au pouvoir était de faire aboutir l'inculpation de Jacob Zuma, dont le conseiller financier venait d'être condamné à 15 ans de prison pour fraude, corruption et évasion fiscale. A priori, il n'y avait donc aucune raison que Jacob Zuma n'échappe à la justice sud-africaine.

 

Bataille de titans


Dernier coup de théâtre, le 12 septembre dernier. Un juge de Pietermaritzburg prononce un non-lieu contre le populaire Jacob Zuma pour vice de forme. Chris Nicholson évoque même des "interférences" au plus haut niveau de l'Etat dans ce dossier. Cette décision, qui mettait en cause l’intégrité de Thabo Mbeki dans ses relations avec le pouvoir judiciaire, offrait alors un merveilleux prétexte de se débarrasser de Mbeki. Le comité directeur de l’ANC a finalement annoncé qu'il avait décidé de "rappeler le président de la République avant la fin de son mandat".

Le président Thabo Mbeki a immédiatement fait savoir qu’il démissionnerait selon les termes de la Constitution. Mais qu’adviendra-t-il de son successeur ? Selon le juge Chris Nicholson, si la première procédure d’inculpation ne s’est pas faite dans les règles de l’art, tout laisse à penser que Jacob Zuma devrait de toute façon repasser au tribunal pour corruption. Le procureur général avait annoncé qu’il ferait appel de la décision du non-lieu. La bataille de titans pour la direction de l’ANC n’est donc peut-être pas terminée.
 

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