TERRORISME

Le Pakistan sous le choc après l'attentat du Marriott d'Islamabad

L'attentat qui a frappé, samedi, l'hôtel Marriott à Islamabad, a causé la mort d'au moins 52 personnes, dont l'ambassadeur de République tchèque. Et suscité l'indignation de la communauté internationale.

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Al-Qaïda est vraisemblablement derrière l'attentat suicide au camion piégé qui a fait au moins 60 morts à l'hôtel Marriott d'Islamabad, dans un pays en proie depuis plus d'un an à une vague d'attentats perpétrée par des islamistes proches du réseau d'Oussama Ben Laden.

La communauté internationale a condamné d'une seule voix cet acte "ignoble" et apporté son soutien au nouveau président pakistanais Asif Ali Zardari, qui a promis d'éliminer le "cancer" du terrorisme.Cet attentat, avec probablement plus de 500 kg d'explosifs, "porte la marque d'Al-Qaïda", a déclaré à l'AFP un enquêteur.

Dimanche, les secouristes ont commencé à fouiller les ruines encore fumantes de l'hôtel de luxe, à la recherche de nouveaux corps.

Le bilan de 60 morts et d'au moins 200 blessés risque de s'alourdir puisque l'établissement de 300 chambres et six restaurants a été ravagé par l'incendie qui s'est propagé après la terrible explosion samedi soir.

Pour l'instant, les morts recensés sont pour l'essentiel des agents de sécurité, quelques étrangers, dont un Américain et l'ambassadeur de la République Tchèque au Pakistan, Ivo Zdarek, et des passants dont les corps ont été déchiquetés. Sept Allemands ont été blessés.

Cet hôtel huppé était fréquenté par les élites pakistanaises et la communauté étrangère expatriée. Des femmes et des enfants figurent parmi les tués, selon des sources hospitalières et policières.

Des gens ont été pris au piège et des corps calcinés ont déjà été retirés des décombres, dont trois, méconnaissables, ont été extraits dimanche de leurs chambres en cendres. Des secouristes tentaient de pénétrer au coeur des ruines fumantes, pour retrouver d'autres cadavres.

Toute la nuit, pompiers et militaires se sont employés à éteindre le gigantesque incendie qui a entièrement calciné l'imposant édifice.

Peu après 20H00 samedi, un kamikaze a précipité son camion piégé contre la barrière métallique à l'entrée du Marriott, à une vingtaine de mètres de la réception.

Un cratère d'une vingtaine de mètres de diamètre et de huit mètres de profondeur trouait la chaussée devant ce qui fut la barrière de sécurité.

Autour du bâtiment, c'est encore une vraie scène de guerre.

 

Les secouristes fouillent les ruines de l'hôtel Marriott (AFP)

 
Personne n'a revendiqué cet attentat, qualifié de "11-Septembre du Pakistan", par l'éditorialiste Najam Sethi, rédacteur en chef du Daily Times.

Les spécialistes d'Al-Qaïda reconnaissent que le nord-ouest du Pakistan est devenu "le nouveau front de la guerre contre le terrorisme".

Les Etats-Unis sont convaincus que les talibans et Al-Qaïda ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest, à la frontière avec l'Afghanistan. Ils y multiplient les tirs de missiles ciblant les combattants islamistes, mais sans épargner des civils, au grand dam d'Islamabad qui proteste en vain.

Le New York Times assurait jeudi que le président George W. Bush avait autorisé secrètement en juillet les forces spéciales américaines à mener des raids terrestres dans ces régions, sans l'approbation préalable d'Islamabad.

C'est ce qui s'est passé le 3 septembre, quand des hélicoptères américains, et probablement des soldats au sol, ont attaqué un village, tuant, selon Islamabad, 15 civils, dont des femmes et des enfants.

Le Pakistan a protesté au plus haut niveau contre cette première opération militaire américaine au sol, connue du moins, puisque des responsables pakistanais reconnaissent maintenant qu'il y a eu des précédents depuis 2002.

Pire, ces dernières semaines, les tirs de missiles par des drones américains s'abattent quasi-quotidiennement sur des maisons dans les zones tribales, tuant des combattants d'Al-Qaïda ou des talibans, mais aussi des civils.

Car Washington estime qu'Islamabad ne fournit pas assez d'efforts dans le cadre de sa "guerre contre le terrorisme".

Sous pression américaine, l'armée pakistanaise a donc lancé en août une vaste offensive dans le district tribal de Bajaur, qui a fait 800 morts, pour l'essentiel des combattants islamistes.

La République islamique du Pakistan, seule puissance nucléaire militaire du monde musulman, a déjà payé un très lourd tribut à cette lutte contre le terrorisme, avec plus d'un millier de soldats tués dans les zones tribales depuis 2002 et, surtout, 1.300 morts dans une campagne sans précédent d'attentats suicide depuis plus d'un an.

Oussama Ben Laden en personne et son adjoint Ayman Al-Zawahiri -dont Washington pense qu'ils se terrent dans les zones tribales pakistanaises- avaient décrété il y a un an le jihad au prédécesseur de M. Zardari, le général Pervez Musharraf et son gouvernement, qualifiés de "chiens de Bush".

Or le nouveau chef de l'Etat est perçu, dans son pays comme à l'étranger, lui aussi comme "l'homme des Etats-Unis".

 

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