CINÉMA - PALME D'OR

En route pour la première projection de "Entre les murs"

À la veille de la sortie nationale de "Entre les Murs" de Laurent Cantet, et quatre mois après son sacrement à Cannes, les jeunes acteurs, tous amateurs, se retrouvent pour évoquer ensemble les moments du tournage.

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Festival de joutes oratoires, "Entre les murs", Palme d'or et peut-être bientôt en lice pour l'Oscar du meilleur film étranger, restitue avec un naturel saisissant et une irrésistible drôlerie, le quotidien d'une classe de français dans un collège d'un quartier populaire de Paris.

"Le film a une écriture magique, sa générosité est magique, tout était magique", s'est enflammé l'acteur-réalisateur américain Sean Penn, président du jury du Festival de Cannes, en lui décernant la Palme "à l'unanimité", en mai.

"Entre les murs" de Laurent Cantet, qui sort mercredi dans quelque 360 salles en France, et bientôt dans une cinquantaine de pays du monde entier, sera présenté par la France au processus de sélection des candidats au meilleur film étranger aux Oscars 2009, décernés en février.

L'annonce officielle des cinq films candidats à l'Oscar du meilleur film étranger aura lieu à Los Angeles en janvier et la cérémonie, le mois suivant.

Entre documentaire et fiction, "Entre les murs" met en scène un professeur de français, François Bégaudeau -- auteur du roman éponyme dont il s'inspire --, et des élèves de 13 à 15 ans, aux origines géographiques et sociales multiples, d'une classe de quatrième.

Le tournage a été précédé, le temps d'une année scolaire, d'ateliers d'improvisation hebdomadaires au collège Françoise-Dolto, dans le XXe arrondissement de Paris, "où le film a mûri", selon le mot du réalisateur.

Très souvent drôle -- "J'aime pas les maths, les racistes et Materazzi", lance Carl en faisant son auto-portrait --, "Entre les murs" a aussi ses moments émouvants et graves, l'école servant de "caisse de résonance" aux difficultés et aux inégalités sociales qui marquent la société française.

Placées sur le côté de la salle, deux caméras captent le dialogue entre le professeur qui interroge et l'élève qui répond, tandis qu'une troisième guette les interventions spontanées ou l'attitude de ceux qui restent muets, pianotant en douce sur leur téléphone portable ou rêvant à moitié couchés sur leur table.

Pour Cantet -- l'auteur de "Ressources humaines" (1999) et de "L'emploi du temps" (2001) --, le film montre, non pas "l'école telle qu'elle devrait être", mais "l'école telle qu'elle est".

Au fil de joutes oratoires cocasses, parfois tendues, le spectacle de l'apprentissage quotidien du français et de ses chausse-trappes, y est souvent jubilatoire.

Ainsi, quand Esmeralda fait remarquer qu'elle ne peut dire "fusse" à sa mère parce que "ça ne se dit pas dans la vie", François concède que l'imparfait du subjonctif relève d'un registre "snob". Un élève demande alors ce que cela veut dire et déduit de l'explication que c'est le langage des "homosexuels", incitant un autre à interroger le professeur sur sa vie privée.

Il en faut plus pour décourager le "prof" qui, sans relâche, pousse son auditoire à s'exprimer, rebondissant sur les termes utilisés quand leur mauvais usage est source de contradictions.

A Boubacar qui dit "avoir honte" de manger devant la mère de son copain Rabah, parce qu'il "la respecte", il rétorque qu'il ne respecte donc pas ceux qui mangent face à lui. "Ce n'est pas ce que je veux dire", bougonne l'élève.

Mais l'enseignant n'est pas à l'abri des dérapages verbaux. Au lendemain d'un conseil de classe, il reproche aux deux déléguées de s'être comportées "comme des pétasses", déclenchant un incident violent qui conduit un élève devant le conseil de discipline.

Riche et complexe, souvent bouleversant, le film suscite la réflexion et comme toutes les oeuvres d'art réussies, reste ouvert à l'interprétation.
 

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