REPORTAGE - AFGHANISTAN

Les expatriés français restent réservés sur la stratégie de l'armée

Alors que le Parlement se prononçait, lundi, sur le maintien des troupes en Afghanistan, nos envoyés spéciaux Lucas Menget et Yohan Bodin ont rencontré des civils français très impliqués dans la reconstruction du pays.

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Kaboul ne s’est pas arrêtée de vivre pendant que le Parlement français débattait, lundi à Paris, sur le maintien des troupes en Afghanistan. De fait, peu d’Afghans étaient au courant de ce vote. Le désespoir est, pour eux, si criant que la politique étrangère d’une force d’occupation n’est vraiment pas leur priorité.

 

En revanche, parmi les quelque 300 expatriés français travaillant dans le secteur de l’aide internationale, les discours à l'Assemblée et au Sénat ont été particulièrement suivis.


"La communauté internationale a une responsabilité vis-à-vis des Afghans, on a quand même basculé un régime. Certes, pour de très bonnes raisons..., commente au micro de FRANCE 24 Emmanuel Dinechin, consultant dans l'ONG Altaï Conseil. Maintenant, il serait quand même un peu lâche d'abandonner les Afghans et de les laisser seuls, livrés à leur sort".

 

A Paris lundi, les députés et sénateurs français ont voté la prolongation de la présence militaire française en Afghanistan, un peu plus d’un mois après l’embuscade du 18 août qui a causé la mort de dix soldats dans les rangs de l’armée française. La France n'entend, en revanche, déployer ni renforts humains supplémentaires ni forces spéciales constituées. Au total, 2 600 soldats français sont présents sur le sol afghan.

 

La France, engagée dans l'opération "Engaging Freedom" avec l'Otan, restera dans le pays au moins un an de plus, puisque l’ONU a prorogé le mandat de la force internationale. Le temps que l’armée afghane, en pleine formation, soit prête à prendre la relève.


"Cela fait sept ans qu'on essaie cette stratégie et elle ne fonctionne pas"

 

Les cieux de Kaboul observent un répit. Les gamins aux sourires radieux en profitent pour manœuvrer leurs cerfs-volants. Mais la situation se détériore de jour en jour et la capitale est encerclée d’insurgés. Pour de nombreux acteurs de la reconstruction, l’armée française joue un bon rôle, mais c’est la stratégie qui n’est pas bonne.


"Cela fait sept ans qu'on essaie cette stratégie et elle ne fonctionne pas, commente Pascal Arthaud, directeur de l’ONG Madera, présente depuis 25 ans dans le pays. Il faudrait donc essayer autre chose et s'appuyer sur les populations locales, et pas seulement des grandes villes, mais des zones rurales aussi, qui peuvent permettre cette stabilisation que tout le monde attend."

 

Pour faire taire les nombreuses réserves émises, au lendemain de l’attaque du 18 août, sur la préparation des soldats français, Paris a décidé d'envoyer, dans les prochaines semaines, des moyens militaires supplémentaires. L’état-major des armées a dressé une liste : un hélicoptère Caracal (transport et évacuations sanitaires), deux hélicoptères d'attaque Gazelle, équipés pour la vision nocturne, deux mortiers de 120 mm, une demi-douzaine de drones avec leur lanceur ainsi que des moyens d'écoute fixes et mobiles.

 

"Sans les moyens, on ne peut pas gagner dans ce pays qui a 30 ans de guerre, 30 ans de guérilla derrière lui, lance Eshan Mehrangais, qui travaille pour l’ONG Afghanistan Demain. Il faut que les gens voient leur condition de vie s'améliorer pour ne pas tomber dans les bras des Taliban." Il s’agit là de la tâche la plus difficile pour les armées étrangères : regagner tout simplement un crédit largement perdu.
 

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