ITALIE

Le gouvernement déploie l'armée contre la Camorra à Naples

L'Italie fait appel à l'armée pour lutter contre la mafia. Il compte déployer 500 militaires pour soutenir les forces de l’ordre dans la région de Naples. Une action qui rappelle la politique anti-mafia engagée en Sicile, en 1992.

Publicité

La décision d'envoyer l'armée intervient après les meurtres de six immigrés ouest-africains dans la petite ville de Castelvolturno, à proximité de Naples.

Selon les enquêteurs, les assassinats pourraient être liés à des règlements de compte dans le cadre du trafic de drogue impliquant au premeir chef la Camorra, la mafia locale. Peu avant la mort de ses six immigrés, le patron d’une salle de jeux avait également trouvé la mort, dans la même ville, au cours d’une exécution sommaire, de type mafieuse. Il avait été criblé d’une soixantaine de balles à la tête et au ventre.

Le ministre de l'Intérieur invoque une "urgence criminelle"

A l’issue du conseil des ministres, le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni a déclaré qu’il existait “une évidente urgence criminelle”.

“Les militaires iront dans les zones où un meilleur contrôle du territoire est requis.” Le ministre de la Defénse Ignazio La Russa a précisé que les troupes allaient être déployées sous trois mois. Il a ajouté que le contingent de 500 soldats mobilisés doit s'ajouter aux 3 000 membres des forces armées déjà déployées depuis le mois d’août, pour renforcer la sécurité dans les principales villes du pays.

Dans un entretien publié mardi dans le journal Secolo d’Italia, Ignazio La Russa exprime toutefois ses préoccupations sur l’impact réel que pourrait avoir l’armée dans la lutte contre le crime organisé.

“Les militaires n’ont pas de baguette magique et je ne veux pas qu’ils soient perçus comme la panacée", a-t-il déclaré dans un interview donnée à ce journal. "Je ne voudrais pas qu’il y ait des expectatives injustifiées."


Le contrôle du trafic de drogue au coeur d'une guerre des clans


Lundi, les forces de sécurité ont mis en détention un homme suspecté d’avoir pris part aux fusillades de la semaine dernière. Il se trouvait déjà aux arrêts domiciliaires pour trafic de drogue. Selon l’agence de presse italienne Ansa, les immigrés africains s’étaient récemment lancés dans le trafic de drogue au cœur d’une zone contrôlée par le clan des Casalesi, un des plus puissants et violents groupes camorristes.

D’après le maire de la ville, le nombre d’habitants de Castelvolturno a doublé au cours de ces dernières années en raison de l’arrivée d’un grand nombre d’immigrés illégaux, provoquant des tensions avec les autres résidents.

Les meurtres de la semaine dernière ont provoqué de violentes manifestations d’immigrés dans les rues de Castelvolturno.

La lutte contre la Camorra n'a jamais cessé

Les autorités italiennes considèrent la Camorra comme une des principales organisations criminelles du pays, possédant une influence considérable sur l’activité économique et la vie politique de Naples et sa région.
Selon le rapport 2008 de l’Institut politique italien Eurispes, la Camorra a engrangé l’an dernier des revenus équivalents à 12 milliards d’euros, provenant pour moitié du trafic de drogue.

Le déploiement de militaires autour de Naples rappelle une opération lancée en Sicile en 1992 pour lutter contre la mafia locale. 7 000 soldats avaient été envoyés dans l’île, en réponse aux assassinats de deux célèbres juges anti-mafia, Paolo Borsellino and Giovanni Falcone. L'envoi de l’armée pour regagner le contrôle du territoire avait été perçu comme un véritable symbole par nombre d’experts de la lutte anti-mafia. Et d’importantes figures des mafias siciliennes et napolitaines avaient été interpellées dans les semaines qui avaient suivi.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine