BIRMANIE

Libération de Win Tin, le plus ancien détenu politique du pays

À quelques jours de l'anniversaire de la répression du soulèvement des moines bouddhistes en Birmanie, le plus ancien détenu politique du pays, le journaliste et opposant Win Tin, a été libéré, mardi, après plus de 19 ans de captivité.

Publicité

Retrouvez également la libération de Win Tin sur le site des Observateurs. 


Le journaliste et opposant birman Win Tin - le plus ancien détenu politique de ce pays gouverné par une junte - a été libéré mardi, à quelques jours du premier anniversaire de la répression du soulèvement des moines bouddhistes.

Le gouvernement militaire a déclaré avoir libéré au total 9.002 détenus pour "bonne conduite", mais un porte-parole de l'opposition a aussitôt précisé que la mesure ne concernait qu'une poignée de prisonniers de conscience.

"Je continuerai à faire de la politique" pour "venir à bout du pouvoir militaire", a déclaré Win Tin, 79 ans, à des personnes rassemblées chez un ami près de la prison d'Insein, au nord de Rangoun, où il était détenu depuis près de 20 ans.

Win Tin, membre de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, avait été arrêté le 4 juillet 1989 et condamné à vingt ans de prison, notamment pour avoir conseillé Mme Suu Kyi et pour avoir écrit des lettres aux Nations unies.

Portant encore l'uniforme bleu des prisonniers, le journaliste paraissait en très bonne forme mardi et a déclaré n'avoir signé "aucun document" l'engageant à ne plus mener d'activités politiques.

Win Tin avait reçu en août la visite d'un enquêteur des Nations unies à la prison d'Insein où sont incarcérés nombre des quelque 2.000 détenus politiques de Birmanie, selon Amnesty International.

Le journaliste, qui a souffert de problèmes de santé, a bénéficié d'une libération anticipée car il devait théoriquement être élargi en 2009.

Le quotidien officiel New Light of Myanmar, qui a annoncé 9.002 libérations mardi, n'a donné aucune indication sur l'identité des personnes concernées, affirmant seulement qu'elles pourraient ainsi participer aux élections promises pour 2010 par la junte dans le cadre "des efforts" pour faire émerger "une démocratie disciplinée" en Birmanie.

Un porte-parole de la LND, Nyan Win, a souligné que seule une poignée de prisonniers politiques avait été libérée mardi. Outre Win Tin, il a mentionné trois autres responsables du parti: May Win Myint, Aung Soe Myint et Than Nyein.

Les Nations unies ne cessent d'exiger la libération de tous les prisonniers politiques en Birmanie, notamment de la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui a passé la majeure partie des 19 dernières années assignée à résidence.

Selon un diplomate occidental, l'avocat de Mme Suu Kyi devait déposer mardi un recours officiel contre sa détention à domicile.

L'annonce du régime a été faite alors que des opposants en exil marquent cette semaine le premier anniversaire de la répression sanglante d'un puissant mouvement de protestation conduit par des moines bouddhistes.

Quelque 700 des 2.000 détenus politiques birmans avaient été arrêtés lors de ces manifestations qui avaient commencé à être réprimées à partir du 26 septembre 2007, faisant 31 morts et 74 disparus, selon l'ONU.

La sécurité a été considérablement renforcée depuis une semaine à Rangoun.

En mai dernier, alors qu'un cyclone dévastait le sud du pays, la junte avait fait passer en force un projet de Constitution favorable à l'armée et censé ouvrir la voie à des élections législatives en 2010.

"Je n'accepte pas cette Constitution", a déclaré mardi Win Tin. "C'est pourquoi je dois continuer la politique (...) Avec quel objectif? Venir à bout du pouvoir militaire".

La Birmanie a été gouvernée par des juntes successives depuis 1962.
 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine