FINLANDE - FUSILLADE

La Finlande sous le choc

Alors que la Finlande est victime, pour la deuxième fois en moins d'un an, d'une fusillade meurtrière dans une école, le pays se réveille avec la gueule de bois en prenant conscience du malaise qui touche sa population.

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La Finlande observe une journée de deuil au lendemain de la fusillade dans une école professionnelle de l’ouest de la Finlande, où neuf élèves et un professeur ont été tués par un jeune homme de 22 ans, Matti Saari.

 

Les cinq millions de Finlandais sont sous le choc après cette deuxième fusillade dans un établissement scolaire en moins d’un an. En novembre dernier, un jeune de 18 ans avait tué huit de ses collègues avant de retourner l’arme contre lui. Le pays, qui a la réputation d’être très sûr, se place au troisième rang mondial au nombre de fusils par habitant. Il est possible d’avoir un permis d’arme sur simple demande à la police.


"Nous n’avons tiré aucune leçon après le drame de l’année dernière", titre les unes des quotidiens. La tuerie de l’an passé a été considérée comme un fait isolé au point que la presse étrangère a été largement accusée d’exagérer le drame et de ne pas comprendre la spécificité de la Finlande. Cette fois-ci, le pays semble prêt à se remettre en question, peut-être pour la première fois. Les médias, la police et l’opinion publique s’accordent à dire qu’il s’agit d’un mal profond qui risque de produire d’autres tragédies.


"Pourquoi personne ne s’est réveillé ?" s’interrogent les journaux pointant du doigt la police qui a eu vent des plans de Matti Saari. Dès vendredi dernier, les forces de l’ordre avaient repéré, sur Internet, des vidéos violentes dans lesquelles le tueur annonçait ses mauvaises intentions. Considérée comme l’institution du pays qui bénéficie le plus de crédits, la police décide de l’interroger et découvre un jeune homme timide qui a l’air "normal". Finalement, les policiers décident de lui laisser son arme.


Un être solitaire, victime des moqueries de ses camarades


Les Finlandais, généralement peu bavards et discrets, sont aujourd’hui pris d’un malaise au point qu’ils préfèrent rester emmurés dans leur propre tristesse et incompréhension. Alors que la radio annonce en boucle le numéro de téléphone spécial ouvert par la Croix-Rouge pour apporter un soutien psychologique, les appels s’enchaînent. Les voix tremblent, la tragédie touche le pays tout entier.


Plus de 700 personnes ont fait appel aux services d’aide psychologique proposés par les églises qui restent ouvertes exceptionnellement. Des messes sont célébrées dans tout le pays.

 

Le responsable de l’Église protestante a appelé à une remise en question des valeurs nationales, le gouvernement a promis des changements, les médias publient sans répit des témoignages de psychologues. Pour la première fois, des personnes osent parler ouvertement de la solitude qui ronge la société, de leurs familles qui ne mangent plus ensemble ou encore des enfants livrés à eux-mêmes. Ils déplorent l’inefficacité du système d’aide psychologique, le manque de responsabilité sociale, l’inaction des professeurs à l’égard des souffrances des élèves ou encore le harcèlement dans les écoles.


Les deux tragédies ont beaucoup de points communs, comme le relèvent les médias. Notamment le profil des deux jeunes tueurs : des solitaires, souvent victimes de moqueries par leurs camarades, qui rejettent la société et préfèrent passer du temps à jouer à des jeux vidéos violents... Des signes avant-coureurs avant un passage à l’acte.


Des membres du Parlement demandent à la ministre de l’Intérieur, Anne Holmlund, de prendre ses responsabilités et de démissionner. Ce qu’elle refuse de faire pour le moment. Elle était déjà en poste en novembre dernier. La plupart des membres du gouvernement la juge incompétente pour ce poste. La présidente finlandaise la soutient et l’avait nommée en dépit de la décision du chef du gouvernement.

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