FRANCE - CONSOMMATION

Les restaurateurs victimes de la baisse du pouvoir d'achat

La baisse du pouvoir d'achat et l'interdiction de fumer ont poussé les Français à changer de comportement à l'heure du déjeuner. Conséquence : plus de 3 000 restaurants ont déposé le bilan en France au premier semestre.

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La baisse de pouvoir d'achat en France affecte profondément les recettes des bars et des restaurants, qui tentent de s'adapter à une clientèle très regardante sur le montant de l'addition.  

A l'heure où la crise financière et pétrolière oblige à choisir entre un plein d'essence et une soirée au restaurant, les brasseries trinquent dans le pays de la gastronomie. 

Une morosité qui vient s'ajouter à l'interdiction de fumer du 1er janvier 2008, qui avait déjà grevé le budget des cafetiers à l'heure de l'apéritif et du "petit noir" du matin. 

Selon des chiffres cités par Le Figaro, plus de 3.000 restaurants ont déposé le bilan en France au premier semestre. L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, qui rassemble 80.000 établissements, évoque un recul de fréquentation de 20% en moyenne depuis le début de l'année. 

Au-delà des chiffres, c'est le comportement qui a changé. 

"Pas d'apéro, une carafe d'eau, moins de vin, pas de dessert ou alors un pour deux", résume Stéphanie Chartier, serveuse au Thermidor, bar-restaurant situé à deux pas du musée du Louvre.

"Malgré une formule à 12,90 euros, on a moins de monde. Heureusement que c'est un quartier touristique. En banlieue, ça doit être la catastrophe", ajoute-t-elle. 

Les quartiers d'affaires ne sont pas épargnés.  

"Avant, les gens faisaient une pause cigarette-expresso au café, c'était convivial. Maintenant, autant prendre un café dégueulasse à la machine et se geler dehors, puisqu'ils ne peuvent pas concilier les deux !", déplore Céline Vignaud, serveuse au Ducat, proche de la Bourse de Paris.  

Même les gros salaires déjeunent à la cantine

"L'autre problème, bien sûr, c'est l'argent. Ici on est dans des quartiers de bureaux, mêmes les gros salaires déjeunent à la cantine, ils n'ont pas honte de le dire", poursuit-elle.

Même constat côté clients, y compris les plus jeunes.

"On va au fast food parce qu'il y a plus à manger dans son assiette qu'au resto. On mange moins bien, mais pour moins cher", déclare Julie Lazard, étudiante en graphisme à Paris, lors d'une pause avec ses amies entre deux cours.

Toutes sont attentives à leur porte-monnaie et comptent encore en francs, six ans après le passage à l'euro.

"Pour 14 euros, 100 francs, vous avez un carpaccio, trois pauvres tranches tellement fines qu'on voit à travers !", note Aileen Murray, 20 ans. "Et la baguette, qui valait entre un et deux francs, elle vaut presqu'un euro (plus de six francs)!" 

Pour Adel Benamghar, conseiller en style rencontré dans un bar corse du centre de la capitale, pas question de renoncer à ses deux ou trois cafés quotidiens. 

"Quand je vais faire des courses, oui je fais attention. Mais aller au café reste pour moi un moment de détente dont je
ne veux pas me passer", dit-il.  

Aux dires des grandes enseignes de la restauration comme Flo, la modification des comportements date du printemps. 

"Les gens sortent moins le soir en semaine mais beaucoup le week-end. On a des files d'attente le samedi soir et les gens se lâchent côté budget. Il y a une démarche hédoniste", rapporte Dominique Giraudier, président du directoire du groupe. "Il y a aussi une grosse différence entre le début et la fin du mois, en fonction du versement du salaire". 

Son groupe - qui compte 9.000 salariés, 260 restaurants, des chaînes comme Bistro Romain, Hippopotamus et des brasseries parisiennes comme La Coupole et le Boeuf sur le toit - multiplie promotions et systèmes de fidélisation. Elle prévoit pour cet automne des formules à 10, 15 ou 20 euros, des ventes de vin au verre, des entrées ou des desserts à partager.

Des aménagements qui "vont permettre de retrouver une accessibilité en rassurant le consommateur sur un forfait prix qui correspond à sa capacité de dépenser", espère Dominique Giraudier, pour qui la crise actuelle risque de durer des mois.

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