ÉQUATEUR

Les Équatoriens se prononcent sur une nouvelle Constitution

L'Équateur vote, dimanche 28 septembre, sur la nouvelle Constitution proposée par la gauche au pouvoir. Dans un pays secoué par une perpétuelle instabilité politique, l'issue du vote est déterminante pour le président Rafael Correa.

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Les Équatoriens devront choisir, ce dimanche, entre adopter la nouvelle constitution élaborée par le gouvernement de gauche du président Rafael Correa, ou conserver celle qui régit actuellement l’État. Mais dans un pays où les présidents tombent facilement en disgrâce, l’enjeu est bien plus important que le simple vote d’un texte.

La probable victoire du "oui" au nouveau texte permettrait d’élaborer un projet national politique à long terme, un événement rare en Équateur. Ce petit État d’Amérique latine est en effet réputé pour être difficilement gouvernable. Au cours des dix dernières années, depuis l'adoption de l’actuelle constitution, pas moins de cinq dirigeants se sont succédés à la tête du pays.

La politique du président Rafael Correa se situe à mi-chemin entre la gauche du président vénézuélien Hugo Chavez et celle de la chef d’Etat chilienne Michelle Bachelet. Le leader équatorien est sur le point de voir aboutir sa principale promesse de campagne : opérer des changements profonds et pacifiques, dans son pays. Mais le camp du "non", mené par l’opposition, a gagné du terrain. La marge entre les deux camps à l’issue du vote risque d’être ténue.

Une révolution citoyenne

Pratiquement inconnu au début de la campagne présidentielle de 2006, Rafael Correa a remporté l’élection grâce un programme surfant sur la vague des victoires de la gauche en Amérique latine. Au cœur de sa campagne, un appel à une "révolution citoyenne" à travers l’élaboration d’une nouvelle constitution et la dissolution du Congrès national équatorien.

En avril 2007, le nouveau chef d’État remporte sa première grande victoire. Le peuple approuve à 80 % la désignation d’une Assemblée constituante. Le parti Acuerdo Pais ( le "pacte du pays") de Correa remporte plus tard 80 des 130 sièges de cette Assemblée, un résultat incontesté par l’opposition. La popularité du président assure à son parti la majorité qualifiée à l’Assemblée, ce qui lui permet d’en établir l’agenda et d'assurer l’adoption de toute proposition.

Fin juillet 2008, après huit mois de travail, les 444 articles ébauchant les contours du texte sont adoptés par l’Assemblée constituante, et le référendum est fixé au 28 septembre.

Depuis une dizaine d’années, la droite équatorienne traverse une crise profonde. Elle a, malgré tout, réussi à percer dans plusieurs villes, notamment sur la côte. Jaime Nebot, le leader du parti socialiste chrétien (PSC) et le très populaire maire de Guayaquil (la plus grande ville du pays) est la seule figure d’opposition considérée par Correa comme un concurrent sérieux.

L’Eglise vote "non"

Tout au long des discussions au sein de l’Assemblée, Jaime Nebot s’est attaché à tenter de la décrédibiliser. Il mène depuis juillet la campagne du "non", collant une étiquette communiste et centraliste à la Constitution naissante. Ces arguments n’ont pas laissé de marbre l’oligarchie du pays et toute la classe d’hommes d’affaires de Guayaquil. Ils n’ont en revanche pas franchement inspiré le reste de la population qui les a mis sur le même plan que les diatribes habituelles des intellectuels contre le PSC. Mais c’était sans compter sur l’Eglise. La campagne pour le "non" a véritablement décollé quand les évêques catholiques, réunis en conférence, se sont prononcés contre la nouvelle Constitution.

Dans le collimateur des évêques, certains sujets "non négociables" comme "l’avortement, la famille, l’éducation et la liberté religieuse", évoqués dans le texte. L’archevêque de Guayaquil, Antonio Arregui, s’est hissé porte-voix du mouvement religieux, allant jusqu’à prendre une place centrale dans la campagne du "non".

Antonio Arregui et les évêques ont en particulier marqué leur désaccord à propos les articles 44 et 66. Ce dernier légalise selon eux l’avortement en donnant aux femmes le droit de décider  de “combien d’enfants elles veulent avoir et quand”.

Jeannette Sánchez, ministre des Affaires économiques et sociales d’Équateur, reconnaît que les arguments moralistes des évêques ont fait du tort à la campagne pour le 'oui'. Lors d'un entretien avec FRANCE 24, elle lâche : "la hiérarchie cléricale a un point de vue étriqué sur ce texte avant-gardiste".

"La nouvelle Constitution est un bon en avant. Elle garantit non seulement les droits civiques, politiques et sociaux, mais reconnaît également juridiquement des droits économiques et écologiques", poursuit la ministre. “C'est un système complet de protections, qui couvre les droits à l’éducation et au logement, aussi bien que les droits universels comme la liberté de culte ou  l’accès à la culture.”

Le jeune et charismatique Rafael Correa, également catholique pratiquant, jouit encore d’une large popularité en Équateur, même s’il a perdu de nombreux alliés ces deux dernières années, en particulier au sein de la gauche plus radicale qui cite Caracas et La Paz comme les exemples à suivre.

Les représentants du gouvernement, à l’exemple de Jeannette Sánchez, et les députés, se sont fortement mobilisés dans la campagne du ‘oui’, tentant  de convaincre une gauche désenchantée et une classe moyenne de plus en plus sceptique.

Un pays polarisé

Anastasio Gallego, doyen de l’université de Santa Maria, une université technique privée à Guayaquil, a expliqué à  FRANCE 24 que les campagnes pour le ‘oui’ et le ‘non’ ont pris des proportions telles que le référendum prend désormais la forme d’un véritable plébiscite vis-à-vis du gouvernement Correa.

“Il n’y a pas de réelle opposition politique au texte", analyse Anastasio Gallego. "Tous les enjeux de la campagne se sont concentrés autour de trois personnes, Correa dans le camp du  ‘oui’, Jaime Nebot et Antonio Ariegui dans le camp du ‘non’. Du coup, la plupart des discussions sur la Constitution dégénèrent en attaques personnelles.”

L’issue du référendum dépend en fait beaucoup moins de la Constitution elle-même que de la capacité de Correa à garder la confiance des classes modestes.

"La victoire du ‘oui’ sera interprétée comme un triomphe personnel pour Correa”, poursuit Gallego. "Si, contre toute attente, le ‘non’ gagne dimanche, Correa sera en perte de vitesse et, dans un pays peu tolérant face aux troubles politiques, le jeune président pourrait vivre le même limogeage que ses prédécesseurs."

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