REPORTAGE - BÉLARUS

Les Biélorusses aux urnes, un test pour Loukachenko

Le président Loukachenko a autorisé l'opposition à se présenter aux législatives, une première depuis les années 1990. S'il veut donner l'image d'un scrutin libre, l'opposition, elle, dénonce une dictature. Reportage de Romain Goguelin.

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Les Biélorusses élisent dimanche leur Parlement, scrutin dont le président Alexandre Loukachenko attend une amélioration de ses relations avec Washington et l'Union européenne (UE).

 

Accusé par les pays occidentaux d'avoir foulé au pied les libertés fondementales depuis son arrivée au pouvoir il y a 14 ans, Loukachenko affirme que tout a été mis en oeuvre cette fois pour assurer un scrutin libre et équitable.


Pour la première fois depuis le milieu des années 1990, 70 candidats de l'oppposition ont été autorisés à se présenter et le vote se déroulera sous le regard de 477 délégués de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.


"Nous voulons que vous nous acceptiez, que vous reconnaissiez ce scrutin. Nous ne voulons pas vous parler au-dessus du rideau de fer que vous avez érigé aux frontières de la Biélorussie", a lancé Loukachenko la semaine dernière à des
journalistes occidentaux.


Longtemps divisée, l'opposition libérale et nationaliste biélorusse avait disparu du parlement en 2004. Cette fois, ses dirigeants espèrent jusqu'à 30 élus sur 110 au parlement.


Le président lui-même se dit prêt à vivre avec une opposition, si cela peut faire taire les critiques en Occident.


L'opposition fait cependant remarquer qu'elle n'est toujours pas autorisée à assister au dépouillement. Ses dirigeants ont toutefois repoussé toute idée de boycottage du scrutin.


L'OSCE n'a reçu non plus aucune assurance quant à sa présence lors du dépouillement et souligne le manque d'informations fournies aux électeurs pendant une campagne électorale délibérément terne.


Alexandre Klaskovy, un politologue indépendant, s'attend à ce que les pays occidentaux ratifient le scrutin "si les autorités contrôlent cette poussée de démocratie dans les jours qui viennent et autorisent la présence de quelques personnalités d'opposition au parlement".


Après sa réélection en 2006 marquée par la fraude, Alexandre Loukachenko et 40 autres dirigeants biélorusses demeurent  interdits d'entrée aux Etats-Unis et dans l'Union européenne.


Depuis cette date, les relations historiquement très étroites entre Minsk et Moscou se sont quelque peu détériorées en raison d'un différend sur les questions énergétiques.


Et Loukachenko, qui reste globalement populaire dans son pays, cherche de toute évidence une ouverture à l'Ouest. Il cajole les diplomates occidentaux en poste dans la capitale, qui prônent dans l'ensemble une normalisation des rapports avec Minsk en cas de scrutin régulier.


Si tout se passe bien, l'Union européenne pourrait décider dès le mois prochain d'assouplir ses sanctions contre la Biélorussie. Minsk pourrait ensuite bénéficier de la part de l'UE de la Politique de voisinage, qui permet un meilleur accès au marché européen et le financement de certains projets.


"Il faut faire preuve de réalisme et savoir que ce scrutin ne constituera pas un modèle de démocratie. Mais la réaction de l'UE peut être calibrée pour en refléter le degré de liberté et d'équité", explique un diplomate européen.


Le dirigeant de l'opposition Alexandre Milinkevitch, farouche défenseur des droits de l'homme, conseille aux Occidentaux de ne pas s'emballer. Il parle de "modifications superficielles" dans la campagne et conclut : "Je ne crois pas que les élections seront ouvertes ou démocratiques".

 

 

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