FRANCE - EMPLOI

La hausse record du chômage oblige Bercy à des réformes

Avec près de 40 000 chômeurs supplémentaires, le nombre de demandeurs d'emploi a enregistré, en août, sa plus forte hausse depuis 1993. Une dégradation qui intervient au moment où le gouvernement entend contrôler davantage l'indemnisation.

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Confrontés à une brusque dégradation du chômage, la ministre de l'Economie Christine Lagarde et son secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez tiendront lundi à 17h00 (15h00 GMT) une réunion de crise.

Alors que le nombre de demandeurs d'emplois devrait avoir  enregistré le mois dernier sa plus forte augmentation mensuelle depuis le printemps 1993, le gouvernement s'est efforcé de préparer l'opinion à cette mauvaise nouvelle.

A la veille du week-end, le secrétaire d'Etat à l'emploi  avait annoncé de "mauvais chiffres" du chômage au mois d'août,
parlant 30.000 à 40.000 demandeurs d'emplois supplémentaires. Christine Lagarde a quant à elle évoqué un chiffre "autour de 40.000", à la veille de la publication des chiffres de l'emploi compilés par la Dares et l'ANPE.

L'opposition a dénoncé lundi la "passivité" du gouvernement quelques heures avant la tenue de la réunion à Bercy.

 "Quand (le gouvernement) a su qu'il y avait les premières difficultés à l'échelle du monde, il aurait dû y avoir une
réaction, il y a eu une passivité, il y a eu même une indifférence", a dit le premier secrétaire du Parti socialiste,
François Hollande, invité sur Canal +.

Le gouvernement a confirmé la gravité de la situation.

"On est en quasi-récession là, la question est de savoir si elle va s'aggraver, se prolonger ou pas, on l'a vu d'ailleurs
avec les chiffres du chômage", a expliqué sur France 2 le conseiller spécial du chef de l'Etat, Henri Guaino.


Plus de réformes


Pour le ministre du Budget, Eric Woerth, la poursuite des réformes est le meilleur moyen de lutte contre le chômage.

"Avec un petit pourcent de croissance, vous ne créez pas beaucoup de richesse et à ce moment là vous détruisez de
l'emploi", a-t-il dit sur Canal +. "Il faut faire encore plus de réformes pour reprendre le train de la croissance."

 Le net ralentissement de l'activité enregistré au deuxième trimestre avec une contraction du produit intérieur brut de 0,3%
ne s'était pas encore traduit dans le nombre de demandeurs d'emploi, même si la tendance à la baisse du chômage à l'oeuvre depuis la mi-2005 a fortement ralenti à compter de l'automne 2007 pour marquer le pas au début 2008.

Sur les sept premiers mois de l'année, le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie 1 (personnes à la recherche
d'un emploi à plein temps et à durée indéterminée dont l'activité réduite a été inférieure à 78 heures dans le mois)
s'est stabilisé autour de 1,9 million de personnes et son recul en glissement annuel est revenu à 2,6% à fin juillet contre près de 10% un an plus tôt.
 

 Signes avant-coureurs

 

La forte révision en hausse des destructions nettes d'emplois au deuxième trimestre 2008 à 28.800 sous l'effet d'un
effondrement de l'intérim qui avait accusé 45.800 suppressions de postes sur la période selon les données publiées le 11 septembre par l'Insee laissait augurer d'une nette aggravation du chômage.

L'Unedic, dont le champ statistique est plus large que celui de l'Insee et prend en compte l'ensemble des entreprises
affiliées au régime de l'assurance-chômage, avait fait état le même jour de 35.000 destructions nettes d'emploi au deuxième trimestre dont 55.000 dans l'interim.

Alors que l'Insee tablait encore en juin dernier sur quelque 200.000 créations nettes d'emplois cette année dont 193.000 dans les secteurs concurrentiels, le gouvernement n'attend plus que 34.000 créations nettes d'emploi cette année selon le projet de loi de Finances 2009 présenté vendredi en conseil des ministres.

Pour 2009, il anticipe 50.000 créations nettes de postes dans le secteur marchand non agricole à la faveur d'un redémarrage progressif de l'activité en cours d'année.

L'ampleur des destructions d'emplois enregistrée au deuxième trimestre 2008 comparable aux créations nettes enregistrés sur l'ensemble du premier semestre (34.700 selon l'Unedic) ne permet pas d'exclure que l'année 2008 se solde par des destructions nettes d'emplois après une année 2007 très faste qui avait vu 322.000 créations d'emplois selon l'Unedic.

La poursuite attendue de la dégradation du marché du travail intervient alors que le gouvernement va devoir mettre en oeuvre la fusion annoncée de l'ANPE et de l'Assedic, et surtout un durcissement des conditions d'indemnisation du chômage.

Un demandeur d'emploi qui refusera deux offres jugées "raisonnables" sera radié, selon le texte sur "les droits et les
devoirs des demandeurs d'emploi" adopté par le Parlement le 23 juillet.   

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