ÉTATS-UNIS

Wall Street plonge après le rejet du plan Paulson

Les indices-phares de la bourse de New York ont perdu entre 4,5 et 6,3 % après que la Chambre américaine des représentants a rejeté le plan de sauvetage du secteur financier.

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La crise financière s'est encore intensifiée lundi et menaçait de plus en plus les banques européennes, provoquant une nouvelle chute des marchés boursiers mondiaux tandis que le plan de sauvetage américain, en débat à Washington, suscitait de moins en moins d'espoirs.

Dans un contexte de défiance généralisée, les banques centrales ont dû débloquer des centaines de milliards de dollars supplémentaires pour éviter un blocage total du système financier, constatant que les banques étaient encore plus réticentes que la semaine dernière à se prêter des fonds.

Après le sauvetage public ce week-end du groupe belgo-néerlandais Fortis, la liste des victimes de cette pénurie de liquidités s'est allongée parmi les banques.

La quatrième banque américaine, Wachovia, a dû être rachetée dans l'urgence par Citigroup, sous l'égide des pouvoirs publics américains. La disparition de Wachovia vient s'ajouter à la faillite de Lehman Brothers, au rachat de Washington Mutual et de Merrill Lynch et au renflouement d'AIG.

Le secrétaire au Trésor Henry Paulson a estimé qu'une faillite de Wachovia aurait présenté "un risque systémique".

Au Royaume-Uni, le gouvernement a décidé de nationaliser lundi la banque Bradford & Bingley et de céder ses meilleurs actifs au groupe espagnol Santander.

Après Fortis, nationalisé par les Etats belges, néerlandais et luxembourgeois, c'est la banque franco-belge Dexia, qui focalisait l'attention lundi. Son action a plongé de 28,50% à 7,20 euros à la Bourse de Paris.

Le président français Nicolas Sarkozy devait réunir mardi matin les dirigeants des principales banques et compagnies d'assurances françaises pour évoquer leur situation.

En Allemagne, Hypo Real Estate a échappé de justesse à la faillite grâce à une ligne de crédit de 35 milliards d'euros garantie pour l'essentiel par l'Etat.

En Islande, la troisième banque du pays, Glitnir, a été nationalisée lundi.

En Russie, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a annoncé la mise en place prochaine de nouvelles mesures de soutien aux banques russes.

Ces opérations de sauvetage public n'ont pas rassuré les marchés boursiers qui craignent que d'autres banques tombent et que la crise dépasse la capacité d'intervention des Etats.

Les indices boursiers ont chuté: plus de 4% de baisse à Francfort, plus de 5% à Londres et Paris, environ 8% à Bruxelles, Vienne et Oslo et près de 9% à Amsterdam, entraîné par l'action Fortis. Dublin a dévissé de près de 13%.

A Wall Street, le Dow Jones perdait 2,9% vers 17h40 GMT.

La tempête touchait aussi le marché des changes. Les inquiétudes sur le système bancaire européen a fait perdre à l'euro près de 3 centimes face au dollar pour descendre sous 1,44 dollar. De la même manière, la livre a connu l'une de ses plus fortes baisses journalières.

Les cours des matières premières étaient en forte baisse également.

Le début des débats sur le plan Paulson à la Chambre des représentants n'a pas apporté de répit. L'issue du vote restait incertaine tant les parlementaires, aussi bien démocrates que républicains, sont divisés sur les mérites du projet qui prévoit de débloquer 700 milliards de dollars pour racheter les mauvaises créances des banques. En outre, beaucoup d'experts ont des doutes sur l'efficacité du plan.

"Même si la loi est adoptée, cela pourrait ne pas suffire pour rétablir la confiance dans le système financier", a estimé Andrea Kramer, analyste chez Schaeffers.

Sans attendre ce plan, la Réserve fédérale américaine s'est portée au secours du système bancaire en annonçant qu'elle augmentait de 330 milliards de dollars les lignes de crédit qu'elle accorde aux autres banques centrales pour leur permettre de faire des prêts en dollars. Au total, cette disposition exceptionnelle porte sur un total à 620 milliards de dollars.

En plus de ces accords d'échanges entre banques centrales, la Banque centrale européenne a annoncé lundi matin qu'elle prêtait 120 milliards d'euros aux banques commerciales pour une durée de 28 jours, une opération là encore d'une ampleur exceptionnelle.

La banque centrales continuent ainsi à se substituer au marché interbancaire qui permet en temps normal le refinancement quotidien des banques. Or la défiance que montrent les banques les unes vis-à-vis des autres est extrême: le taux qui fait référence sur ce marché, le Libor, déjà très élevé, a fait un bond lundi à plus de 3,88% contre 3,76% vendredi.

Cette hausse de taux ainsi que la chute des cours de Bourse vont encore dégrader les comptes des banques et risquent de provoquer de nouvelles difficultés.

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