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CRISE FINANCIÈRE

Que feriez-vous avec 700 milliards de dollars ?

5 min

Avec les 700 milliards de dollars du plan Paulson, 2 000 chaussons aux pommes pourraient être offerts à chaque citoyen américain. FRANCE 24 a demandé à deux économistes comment, eux, dépenseraient une telle somme.

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“Cela ferait le casse-croûte d’un clébard", commente l’économiste britannique Eamonn Butler à propos du plan de sauvetage américain de 700 milliards de dollars. "C’est juste un amoncellement de mesures qui n’ont rien à voir les unes avec les autres", ajoute ce directeur de l’Adam Smith Institute, un groupe de réflexion libéral basé à Londres. "Cela va de mesures en faveur des travailleurs du secteur automobile à Detroit, au fait que les bonus des banquiers devraient être moins importants."

 

De l’autre côté de l’Atlantique, un confrère d’Eamonn Butler, Oliver Hart, un Britannique travaillant à la Harvard University, n’est pas non plus satisfait des mesures proposées par la Maison Blanche. Il a signé une pétition adressée au Congrès pour demander aux parlementaires américains de voter contre. "Quelle est l’urgence d’un tel plan ?", demande-t-il.

 

“Ils tentent de le faire adopter au plus vite, disant que si on n’agit pas rapidement, le monde va s’écrouler”, dit-il lors d’une interview à FRANCE 24. "La démocratie ne fonctionne pas comme ça." Oliver Hart estime qu’il n’y pas de raison d’agir dans l’urgence. "Ce n’est pas forcément un krach boursier. Si quelqu’un doit attendre deux semaines plutôt qu’une pour emprunter, ce n’est pas la fin du monde."

 

L’effet chaussons aux pommes

 

Le plan Paulson propose d’autoriser le département du Trésor à racheter aux banques leurs actifs défaillants liés à l’immobilier, et, ainsi, de permettre aux banques de prêter aux entreprises et de relancer l’économie. Le Sénat américain a approuvé une version amendée du projet Paulson, mercredi soir, alors que la Chambre des représentants avait rejeté le texte dans un vote initial lundi.

 

La mouture adoptée par le Sénat prévoit 100 milliards de dollars supplémentaires en baisses d’impôts pour les familles des classes moyennes et les entreprises. Des mesures susceptibles de convaincre les républicains récalcitrants de la Chambre des représentants.

 

Une autre peur, souvent exprimée, est de voir les Etats-Unis - et par extension le monde entier - plonger dans la spirale de la Grande Dépression de 1929, si un plan de sauvetage de l’économie n’est pas adopté. Mais beaucoup d’avocats, aussi bien démocrates que républicains, se demandent pourquoi les Américains devraient payer la facture en lieu et place des banques de Wall Street, qui, elles, sont responsables de la crise.

 

La perception générale de ce plan se résume parfois à cette blague, lancée par l’émission parodique “The Daily Show” : 700 milliards de dollars permettraient d’acheter 2 000 chaussons aux pommes de McDonald’s pour chaque citoyen américain. Cette boutade correspond bien au sentiment général que ce plan Paulson n’aura aucune conséquence pour le citoyen ordinaire.

 

Un scalpel plutôt qu’une hache

 

Lorsqu’on a demandé à Oliver Hart comment il sauverait l’économie s’il avait 700 milliards de dollars en main, il ironise : “Jamais je ne dépenserai tout en chaussons aux pommes ; il y a déjà assez d’obèses dans ce pays." Mais, ajoute-t-il plus sérieusement, il n’irait pas non plus tout investir dans le secteur financier, et surtout pas à cette hauteur. "Je ne suis pas dans la tête de Bernanke et je n’ai pas toutes les cartes en main comme lui les a", explique-t-il en référence à Ben Bernanke, directeur de la Fed. "Je ne dis pas qu’il est un mauvais économiste. Mais je ne crois pas qu’acheter des actifs défaillants, soit la meilleure solution."

 

Le problème avec le plan actuel, poursuit Oliver Hart, c’est que le gouvernement n’a aucun moyen de connaître la valeur exacte des actifs financiers qu’il voudrait racheter aux banques. "Quelle est la valeur réelle de ces actifs liés aux 'subprimes' ? Personne ne sait."

 

Tenter d’évaluer ce coût est à double tranchant : "Si le gouvernement sous-évalue ces actifs, il n’aide pas les banques à se recapitaliser. Mais s’il surévalue ces actifs, le gouvernement perd de l’argent." Et pourrait gâcher une partie de ces 700 milliards de dollars.

 

Oliver Hart, au contraire, préférerait prêter de l’argent à des entreprises solides, plutôt qu’un plan de sauvetage de grande ampleur. J’irai prévenir d’éventuelles faillites par une action directe sur le marché des crédits, mais avec un scalpel, pas avec une hache. Une action ciblée encouragerait les banques à se recapitaliser, notamment en émettant des titres. Et tout cela ne coûterait pas 700 milliards de dollars".

 

En outre, Oliver Hart conseille de dépenser de l’argent sur des mesures concrètes : construire des ponts et autres infrastructures publiques, ou encore renflouer les caisses de l’Etat, ce qui permettrait de ne pas augmenter les impôts.

 

Jetons et boissons gratuites

 

Le groupe de réflexion d’Eamonn Butler se base sur la pensée de l’économiste du XVIIIe siècle Adam Smith, et préconise un marché libre avec le minimum d’intervention gouvernementale. On pourrait attendre de ce genre de personne qu’elle soit peu compréhensive envers ceux qui se mettent dans des sales draps en empruntant trop.

 

Mais la position de Butler est surprenante. S’il avait en main un chèque de 700 milliards de dollars, cet économiste "redistribuerait l’argent aux personnes qui doivent rembourser leurs prêts. Ce n’est pas de leur faute ! Quand des institutions sont forcées de devenir créancières, c’est comme si on est dans un casino où le gouvernement distribue gratuitement des jetons et comme si les autorités régulatrices faisaient ‘open bar’".

 

Mais si Eamonn Butler, tout comme Oliver Hart, s’oppose à un plan de sauvetage pour tout le secteur financier, il croit, en revanche, que des interventions ciblées sont justifiées dans des cas particuliers. "Les marchés reposent sur la confiance. Ici, en Grande-Bretagne, nous avons renfloué Northern Rock parce que les gens faisaient la queue dans la rue pour retirer leurs économies."

 

Adam Smith doit sûrement se retourner dans sa tombe. Mais peut-être n’aurait-il pas compris le plan Paulson, lui non plus.

 

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