Accéder au contenu principal
COLOMBIE

Des militaires soupçonnés d'avoir exécuté des civils

Texte par : Moïna FAUCHIER DELAVIGNE
4 min

Soupçonnés de complicité d'assassinats, 27 militaires - dont trois généraux - ont été démis de leurs fonctions. Des jeunes innocents auraient été assassinés, puis comptabilisés comme des guerrilleros tués lors d'opérations militaires.

Publicité

L’armée colombienne a connu une purge sans précédent. Le licenciement de 27 militaires, dont 3 généraux, a mis en exergue une pratique macabre qui s’est développée depuis 2005, celles des "faux positifs". Des jeunes innocents auraient été assassinés, puis comptabilisés comme des guerrilleros tués. Cette pratique aurait ainsi permis à l’armée d’afficher un meilleur taux de réussite dans sa lutte contre les guerrillas d’extrême gauche.


Ces limogeages, annoncés par le président colombien lui-même, représentent une mesure forte dans la lutte pour le respect des droits de l’Homme et montre la détermination du gouvernement à en finir avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et autre Armée populaire de libération (ELP). L’annonce d’Alvaro Uribe fait suite aux premières conclusions d’une enquête, délivrées un mois après que la dernière affaire de "faux positifs" éclate.


Le scandale de Soacha


Fin septembre, l’armée annonçait que 24 jeunes hommes originaires de Soacha, portés disparus depuis de longs mois, avaient été tués "au combat", selon l’armée.


Cependant, les témoignages des proches de ces jeunes d’une banlieue déshéritée au sud de Bogota ont rapidement mis à mal la version de l’armée. Selon eux, les jeunes hommes auraient été attirés par des offres de travail alléchantes. Puis, quelques jours à peine après leur départ, ils auraient été tués et enterrés dans la zone d’Ocana, au nord du pays, dans des fosses communes destinées aux personnes non identifiées.


Les jeunes disparus de Soacha ont particulièrement choqué la Colombie, mais ils ne représentent pas les premiers cas. "Nous savons que ce phénomène de ‘faux positifs’ existe en Colombie depuis 2005", affirme Markus Schultze-Kraft, directeur du programme Amérique latine d‘International Crisis Group (ICG).


Celui-ci met en cause la pression subie par l’armée pour présenter des résultats tangibles de leur efficacité dans la lutte contre les mouvements armés qui sévissent dans le pays. "Cela se traduit par des assassinats de civils", accuse-t-il.
 

"Si tu n’as pas de morts au combat, tu dois tuer"


Le père Mauricio Garcia, directeur de l’organisation de défense des droits de l’Homme CINEP, précise : "Le nombre de tués au combat que présente un chef militaire représente le meilleur moyen pour lui de grimper dans la hiérarchie. C’est le système en lui-même qui est pervers." En résumé, "si tu n’as pas de morts au combat, tu dois tuer", explique-t-il. Dans trois rapports consécutifs, la CINEP documente précisément les cas de "faux positifs" qu’ils ont relevés, soit 264 de juillet 2006 à juin 2008.


A la différence des cas précédents, les meurtres de Soacha semblent organisés. D’après Markus, c’est ce caractère systématique qui a choqué. Le président Uribe a même admis qu’il existerait une complicité entre des bandes criminelles et des militaires, dans le but de trouver des victimes pour gonfler les résultats de la guerre contre la guérilla.


Le chef de l’armée colombienne, Mario Montoya Uribe, vient d’annoncer quant à lui que les démobilisations de guérilleros et les captures seront désormais les seuls critères pour mesurer les succès de l’armée.


Le haut comité de l’ONU aux droits de l’Homme a lui aussi réagi à l’affaire des disparus de Soacha, réclamant une enquête. La situation devenait embarrassante pour les autorités et pour le président Uribe, à mi-course de son deuxième mandat et l’année même où le respect des droits de l’Homme se veut aux centres des préoccupations du gouvernement colombien.

Alors que la politique de fermeté d’Uribe face à la guérilla l’a pour l’instant rendu très populaire dans le pays, ces "faux positifs" pourraient ternir sa réputation. D’autant plus que ce scandale est survenu au moment de la publication d’un rapport élaboré par des organisations de défense des droits de l’Homme, selon lequel 17% des assassinats en Colombie seraient imputables aux agents de la force publique.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.