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Le Chicago d'Obama

L'envoyée spéciale de france24.com à Chicago, Leela Jacinto, part sur les pas du candidat démocrate à la Maison Blanche, à la découverte des lieux secrets de la "Windy City".

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Lire aussi le carnet de route de notre envoyée spéciale à Phoenix, Marie Valla.

 

 

 

Retrouvez le dernier article de Leela Jacinto : Barack Obama, premier président noir des États-Unis.


A l’église du South Side, sur les pas d’Obama
Dimanche 2 novembre 2008
 


Leurs robes carmin et crème resplendissantes devant l’autel, les 70 choristes célébrant le Seigneur chantent, bougent et "groovent". Le public de fidèles se balance sur le parterre, tapant des mains et des pieds au rythme de la musique. Les quelques cris qu’ils laissent échapper témoignent de leur amour du Seigneur. Même le sermon du pasteur est un pur un moment de plaisir, mêlant des considérations théologiques complexes à un humour désopilant.


La messe du dimanche matin à la Trinity United Church of Christ, aux confins de South Side, quartier du sud de Chicago, est sans conteste l’un des meilleurs spectacles de la ville.

 

 

 

 

Peu importe que vous soyez croyant, agnostique, athée ou tout cela à la fois : l’énergie brute dégagée par cette célébration dominicale suffit à enthousiasmer le plus grincheux des sceptiques.


Je commence presque à plaindre Barack Obama et sa famille d’avoir dû abandonner ce rituel hebdomadaire.


Le candidat démocrate fut contraint de quitter son église en juin dernier après les sermons controversés de l’ancien pasteur, le révérend Jeremiah Wright, largement repris dans les médias. Dans une lettre adressée au révérend Otis Moss, le successeur de Wright, Obama et sa femme Michelle ont dit regretter "les conditions très difficiles" dans lesquelles le nouveau pasteur a dû prendre ses fonctions.


A la Trinity Church, tout le monde s’accorde à dire que les responsables de ce regrettable épisode sont les médias. Si le coiffeur d’Obama est ravi d’accueillir les journalistes, son ancienne église manifeste, en revanche, la même affection envers la presse qu’un condamné à mort envers la chaise électrique.


J’essaie de me glisser dans le hall d’entrée et de me mêler discrètement à la foule. Peine perdue dans une église noire. Les fidèles, impeccables dans leurs habits du dimanche, reconnaissent d’emblée les étrangers. Ils m’accueillent - chaleureusement - dans leur église et m’orientent - fermement - vers le bureau des visiteurs. 


J’avoue tout, sort ma carte de journaliste, inscrit mon nom et celui de mon employeur dans le registre de presse, étonnamment vide.


Je passe ensuite par la sécurité. Les téléphones portables, caméras vidéo et appareils photo sont interdits dans l’enceinte de l’église. Je l’ignorais. J’ai un portable, un appareil photo et un dictaphone dans mon sac. Impossible de rentrer.


Est-ce que je peux laisser mon matériel auprès la sécurité jusqu’à ce que l’office se termine ? Le refus est catégorique. Retourner à l’hôtel pour y laisser mes affaires est totalement exclu : il se trouve à l’autre bout de la ville, et il y a à peu près autant de taxis dans le South Side de Chicago que dans une ville fantôme.


Désespérée, j’opte pour le mensonge. Je tente un "S’il vous plaît, je suis venue d’Inde juste pour vous voir", en espérant qu’il n’ira pas vérifier sur le registre des visiteurs. Journaliste d’origine indienne, j’ai parfois recours à ce pieux mensonge dans des cas désespérés – par exemple lorsque j’interviewe des combattants du djihad ou des chefs talibans et je sens que ma nationalité américaine risque de me nuire. Je n’aurais jamais pensé devoir utiliser la carte indienne dans les quartiers noirs de Chicago.


Ça a l’air de marcher. "L’Inde", répète le gars à la sécurité en prenant un air rêveur, l’esprit rempli d’images exotiques. Il baisse la garde, j’en profite alors pour ôter les piles de mon dictaphone et les fourrer dans sa main étonnée. Mission accomplie : je rentre.


La messe dure presque trois heures. Chose étonnante : à deux jours à peine de l’élection, il n’est fait aucune mention explicite du nom d’Obama.


Seule une myriade de pin’s à l’effigie d’Obama parsème les vestes, blouses et chemises de l’ensemble de la congrégation. Le message est on ne peut plus clair. La prière intitulée "Nous votons" dit que "Nous devons… garder les pieds sur terre et poursuivre la course jusqu’à ce que nous la gagnions". Elle se poursuit en évoquant le mouvement des droits civiques : "Nous ne pouvons pas passer sous silence le fait que 1,4 million d’hommes noirs sont interdits du droit de vote à cause de leur peine de prison."


Au début de la carrière politique d’Obama, certains Noirs américains prétendaient que le démocrate n’était "pas vraiment noir", à la fois parce que sa mère était blanche, mais aussi parce que, son père, noir, étant un immigré kényan, ne partageait pas les mêmes racines esclaves que la majorité des africains-américains.


Tout ça, c’est du passé. La population du South Side semble s’être massivement ralliée derrière Obama.


Après l’office, à la sortie de l’église, Ted Sanders, 70 ans, reconnaît qu’il n’a pas voté pour Obama lors des primaires parlementaires en 2000, mais pour son opposant Bobby Rush, un ancien militant des Panthères noires, groupe africain-américain extrémiste.


"Je n’imaginais pas, à l’époque, qu’Obama aurait suffisamment d’épaules pour aller aussi loin et qu’il pourrait arriver à la Maison Blanche", avoue Sanders.


Est-ce qu’il en veut à Obama d’avoir quitté l’église ? Pas du tout. Comme tous les autres fidèles, il estime que le candidat se devait de faire un choix pragmatique. Il a fait ce qu’il avait à faire", dit cet ancien du South Side.

   

Le barbier devenu star
Vendredi 31 octobre 2008

 

Une tondeuse à la main, Ishael Alamin me regarde de manière impassible lorsque je pénètre dans son salon de coiffure. Les clients, en salopette, ont la dégaine toute aussi nonchalante que le propriétaire des lieux.

 

Le salon de Hyde Park n'est sans doute pas celui que j'aurais choisi pour ma prochaine coupe de cheveux. Aux Etats-Unis, où par soucis marketing la plupart des commerces sont très spécialisés, les salons comme celui-ci sont appelés des "salons de coiffure pour noirs".

 

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Mais ils ne sont pas nombreux les salons de ce type à pouvoir se vanter d'avoir comme client le possible futur président des Etats-Unis.

 

En effet, c'est au salon de Hyde Park, vers la 53ème rue de Chicago, que Barack Obama a pour habitude de se faire couper les cheveux.

 

L'un des coiffeur du salon, Zariff, connu dans le quartier sous le nom de "barbier d'Obama", est devenu une véritable star. Il me confie que depuis 13 ans, le candidat démocrate vient tous les 8 ou 9 jours se faire coiffer dans son salon.

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"C'est moi qui décide de son look. La coupe de cheveux est la chose la plus importante chez une personne, c'est ce que vous voyez en premier. C'est mon job de coiffer Obama, et j'ai un bon feeling pour ça."

 

La dernière fois qu'Obama est venu ici, lundi dernier, ce fut un véritable cirque selon Ishael Alamin. Alors que les services de sécurité étaient postés à l'entrée, les gens ont commencé à s'amasser sur le trottoir et à envoyer des textos.

 

A l'intérieur du salon, Zariff a demandé au client qu'il était en train de coiffer s'il pouvait s'interrompre quelques minutes pour s'occuper de celui qui pourrait bien devenir le prochain président américain.

 

Mais Obama a protesté, se souvient Ishael Alamin :"Non, non, continuez, je vais attendre ici." Puis il s'est assis et a commencé à discuter avec tout le monde.

 

"Il est très humble", m'assure Zarrif en coupant une mèche sur la tête d'un client. "Il discute avec tout le monde ici. Il a toujours été comme ça. On parle de notre communauté, de nos familles, de sport, de tout ce qui nous passe par la tête. Mais on parle rarement de politique. C'est son boulot et je n'ai pas envie de l'embêter avec ça."

 

Que se passera-t-il si Obama devient président ? Zarrif, qui y croit dur comme fer, ne veut pas en dire trop : "Je suis sur qu'il ne viendra plus ici aussi souvent. Je pourrai toujours aller à Washington. Mais Obama dit toujours qu'il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. 'Wait and see'."

 

 

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