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Le bastion d'Obama se prépare pour la fête à Grant Park

À Grant Park, dans les jardins de Chicago où Barack Obama a donné rendez-vous à ses partisans au soir de l'élection présidentielle, les ultimes préparatifs sont en cours.

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Alors que les bureaux de vote s'apprêtent à ouvrir, le bruit des derniers travaux vrombit dans l'air alors que les ouvriers s'affairent entre les tentes blanches, mettant la touche finale à cette zone sous haute sécurité.

 

 

 

L'administration de la ville de Chicago prévoit d'accueillir des dizaines de milliers de spectateurs au Lower Hutchinson Field de Grant Park, où une scène gigantesque a été installée. Tous les officiers de police de Chicago ont eu leur jour de repos annulé mardi, et les pompiers ont dû rentrer chez eux avec leur casque et leurs affaires en cas d'urgence.

 

Dans les allées de Lower Hutchinson Field une tour de Babel des langues s'est édifiée, agglomérant peu à peu les présentateurs de télévision du monde entier : Chinois, Japonais, Russes, Finlandais, Français, Danois...

 

A 10 kilomètres à peine, au sud de Grant Park, en plein cœur du secteur sensible de South Side à Chicago, se trouve Hyde Park, un quartier multiethnique que le candidat démocrate à l'élection présidentiel considère comme son foyer depuis presque 20 ans.

 

Ici, les choses sont très particulières. Dans la 53e rue, les résidents de longue date portent leur plateau repas entre les tables de la cafeteria Valois. La clientèle ici est majoritairement noire, les plats à prix cassés sont peu diététiques, et les discussions des anciens reprennent le ton de la prise de conscience des Noirs dans les années 60.

 

Hyde Park fit parler de lui pendant la période tumultueuse des coups bas de la campagne de 2008, quand Barack Obama fut accusé de "frayer" avec des "terroristes" comme Bill Ayers.

 

La réaction première du sénateur de l'Illinois fut le dédain. Ayers – ancien professeur d'université et ex-dirigeant d'une organisation terroriste des années 60 – était simplement un "type qui habite à côté de chez moi", comme le définissait Obama d'un haussement d'épaules.

 

"Quelles fréquentations a Barack ?"

 

Cette remarque conduisit le magazine américain de droite, "The Weekly Standard" à s'interroger : "Mais quelles fréquentations a Barack ?"

 

Il n'est pas facile de répondre à cette question. Même les plus anciens habitants de Chicago, connus pour leur bon sens et leur personnalité terre-à-terre, prennent du temps pour y répondre. Et leurs réponses peuvent paraître contradictoires.

 

Hyde Park fut le berceau de quelques meneurs intellectuels de la nation. Ce quartier a également hébergé des personnalités afro-américaines célèbres, tels le boxeur Muhammad Ali, les dirigeants de Nation of Islam Louis Farrakhan et Elijah Muhammad, l'écrivain Saul Bellow, le leader de la presse de charme mondiale Hugh Hefner et le philosophe Francis Fukuyama, pour n'en citer que quelques-uns.

 

La façon la plus facile de définir ce quartier serait d'adopter le discours des plus suspicieux. Les conservateurs appellent Hyde Park "un bastion libéral" peuplé de "gens aux barbes mal taillées et aux lunettes cerclées de fer".

 

"Hyde Park, la personnification d'Obama"

 

Mais Hyde Park est également la demeure de l'Université de Chicago, une faculté de pointe des Etats-Unis, très connue pour avoir été le bastion de Leo Strauss, un professeur de sciences politiques, reconnu comme l'un des pères fondateurs du néoconservatisme aux Etats-Unis.

 

L'université abritait également la Chicago School of Economics, le temple de la théorie du marché économique sans régulation ni contrôle gouvernemental.

 

Les contradictions de Hyde Park se retrouvent dans ses caractéristiques sociodémographiques. Bien que situé dans le sud majoritairement noir de la ville, Hyde Park surprend par sa diversité raciale : les blancs représentent environ 43 % de la population, et les noirs environs 38 %.

 

Au coeur d'Hyde Park, le quartier de Kenwood, où Obama vit, est beaucoup plus huppé, avec ses énormes maisons semblables à celles que l'on trouve dans les quartiers aisés de North Shore.

 

"Hyde Park est, pour beaucoup de raisons, la personnification d'Obama, de ce qu'il est vraiment – progressiste, mais pas de la gauche radicale," explique John Wilson, auteur du livre "Barack Obama : This Improbable Quest", et ancien étudiant d'Obama quand ce dernier enseignait le droit à l'Université de Chicago. "La majorité des gens – surtout ceux qui habitent autour, considèrent que ce quartier est mixte, de gauche et élitiste", explique-t-il.

 

"Il est temps"

 

L'image élitiste de Kenwood expliquerait l'unique défaite politique d'Obama, en 2000, lorsqu'il avait tenté de se faire désigner aux primaires démocrates pour être candidat à la Chambre des représentants. Il avait alors été balayé par un autre habitant d'Hyde Park, Bobby Rush, ancienne figure historique du Black Panther Party.

 

Au début de sa carrière politique, Obama n'a pas vraiment été accepté par les écoles noires les plus radicales qui dominaient le discours afro-américain depuis le Mouvement des droits civiques.

 

Mais Wilson estime que tout cela appartient au passé. "Je crois que, sous certains aspects, la communauté noire a sa propre manière de se faire une opinion sur les politiciens. Ils utilisent une grille d'analyse différente quand Obama est en compétition avec un blanc," analyse-t-il. Pour étayer sa thèse il explique qu'Obama "a un soutien massif chez les afro-américains", et note "une participation massive de leur part lors des votes anticipés."

 

Retour dans les quartiers populaires de Chicago. Keysha Williams, jeune maman noire de 31 ans au chômage, observe, depuis une station de métro, les préparatifs pour le grand raout organisé, mardi, à Grant Park. Quand on lui demande ses impressions, au moment où les Etats-Unis s'apprêtent peut-être à élire son premier président noir, elle ravale ses larmes. "Oh, on a attendu," dit-elle, en essuyant ses yeux avec sa manche. "On a attendu bien assez longtemps. Espérons qu'il va le faire. Parce que c'est une question de temps. Il est temps que ça change."

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