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"L’Indienne d’Obama” soupçonnée de liens avec l’extrême-droite

Un concert de louanges a suivi la nomination de Sonal Shah dans l'équipe de transition de Barack Obama. Mais ses liens présumés avec des mouvements internationaux hindous extrémistes, basés en Inde, ont terni la nouvelle.

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Le jour où Sonal Shah fut choisie pour participer au cabinet de transition du président élu Barak Obama après son élection historique à la Maison Blanche, des concerts de louanges venant de toutes les franges de la société américaine se firent entendre.

 

Pour les Américains impliqués dans la lutte pour la représentation des minorités ethniques, la présence d’une Américaine d’origine indienne dans l’équipe du premier président noir des Etats-Unis était une preuve supplémentaire que le "changement" tant annoncé était bel et bien arrivé.

 

Aux Etats-Unis, la communauté indienne, de plus en plus importante dans le pays, s’est félicitée du symbole d’une telle promotion. A plusieurs milliers de kilomètres du continent américain, en Inde, cette nomination a également eu un écho considérable, suscitant un intérêt, jusque-là limité, pour l’élection de Barack Obama.

 

Mais il n’a fallu que quelques jours pour que Sonal Shah tombe de son piédestal. Soupçonnée d’avoir contracté des liens avec un parti hindou extrémiste peu fréquentable, la promue a été propulsée au cœur d’un scandale qui n’a pas manqué d’émouvoir la communauté indo-américaine et les Indiens eux-mêmes. Alors que le président américain élu prépare son intronisation du 20 janvier 2009, cette affaire a, en tout cas, mis en lumière les difficultés auxquelles sera confronté celui qui a remporté la course à la Maison Blanche grâce à un élan d’espoir sans précédent.

 

La polémique a en outre porté à la connaissance de la communauté internationale l’existence d’un groupuscule extrémiste hindou que des organisations internationales des droits de l’Homme et le secrétariat d’Etat américain considèrent comme responsable des violences antimusulmanes et antichrétiennes en Inde.

 

Une philanthrope dans la ligne de mire

 

Née en Inde, mais élevée aux Etats-Unis, où ses parents ont débarqué alors qu’elle n’était qu’une enfant, Sonal Shah a tracé sa route sans embûche. Directrice des projets de développement chez Google, elle fut également vice-présidente de Goldman Sachs. En tant qu’économiste, elle a également occupé des postes au ministère de l’Economie et au National Security Council.

 

Mais c’est en tant que co-fondateur d’Indicorp, une ONG texane qui incite les Indiens installés à l’étranger à participer au développement de leur patrie, que Shah a montré son second visage. Celui de la philanthrope.


Un parcours qui ne l’a pourtant pas mise hors d’atteinte des critiques dont elle fait l’objet aujourd’hui. La première salve fut tirée par Vijay Prashad, directeur des études internationales au Trinity College (Connecticut), qui, dans un article publié par le bi-hebdomadaire américain Counter Punch, accuse Sonal Shah "d’être un membre actif du VHPA", la branche américaine du Conseil mondial hindou (VHP), un groupuscule hindou extrémiste accusé d’être impliqué dans les émeutes anti-musulmanes de 2002 dans l’Etat indien occidental du Gujarat au cours desquelles plus de 850 personnes furent tuées.


Fervent défenseur de l’Etat hindou, le VHP considère que la richesse multiethnique de l’Inde est le résultat "d’invasions étrangères", à savoir les musulmans, les missionnaires chrétiens et les colonisateurs.

 

Ces derniers mois, le groupuscule a été impliqué dans des violences meurtrières anti-chrétiennes dans l’Etat oriental de l’Orissa qui ont provoqué la mort d’au moins 60 personnes, la destruction de 4 000 maisons, laissant environ 50 000 chrétiens sans abri.

 

Si l’administration américaine, largement préoccupée par sa "guerre contre le terrorisme",  a sous-estimé l’islamophobie virulente du VHP, elle a vivement condamné ses attaques anti-chrétiennes.

 

Le VHP est membre d’un réseau de groupes extrémistes hindous – incluant le Bajrang Dal et le  Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) – qui entretient d’étroites relations avec le Bharatiya Janata Party (BJP), l'un des plus importants partis politiques indiens. Ensemble, tous ces mouvements, avec beaucoup d’autres, forment le sangh parivar ("famille" des groupes nationalistes hindous).

 

Pour Vijay Prashad, Sonal Shah serait impliquée dans les opérations de charité du VHP – qui constituent la plus importante activité de cette organisation. Nul besoin de dire qu’après ces révélations, la nomination de Shah au sein de l’équipe de transition d’Obama n’a pas été vue d’un très bon œil.

 

"Des rumeurs infondées relayées par Internet"

 

En quelques jours, les media indiens et la blogosphère se sont emparés de l’affaire, organisant des débats parfois violents.

 

Réagissant aux accusations, Shah a dénoncé "des rumeurs infondées relayées par Internet" et souligné que ses opinions politiques n’ont rien à voir avec celles du VHP, du RSS ou de toute autre organisation de cet ordre.

 

FRANCE 24 a essayé de contacter Shah et des membres de l’équipe de transition d’Obama, sans obtenir de réponse.

 

De son côté, Shyam Tiwari, le porte-parole du VHPA a affirmé à FRANCE 24 que Sonal Shah "n’a occupé aucun poste au sein de notre organisation."

 

Seulement voilà, un communiqué de presse publié peu après le tremblement de terre de janvier 2001 dans le Gujarat, liste Sonal Shah parmi les "coordinateurs nationaux" juste en dessous de… Shyam Tiwari. Lequel a toutefois concédé qu’elle fut "un membre du VHPA à l’époque du tremblement de terre. Sa cotisation n’a pas été renouvelée."
 

"Une enfant coupée de ses racines, perdue dans une banlieue américaine ?"

 

Dans son communiqué niant tout lien avec le VHPA, Shah avoue être "fière d’avoir aidé à la coordination des aides humanitaires lors du tremblement de terre de 2001, et des liens culturels et religieux des membres de ma famille, ainsi que de [s]on travail apolitique humanitaire qu’[elle] a défendu en tant que fondateur de l’ONG Indicorps et en tant que directrice des projets de développement pour Google.org."

 

Un démenti "positif, mais guère persuasif" aux yeux de Vijay Prashad. "C’est bien de dire qu’elle ne partage pas la philosophie de ce mouvement, affirme-t-il à FRANCE 24. Mais elle n’a pas saisi l’opportunité de mettre en doute, ni même de condamner, le rôle de ces mouvements dans les violences au Gujarat."

 

De leur côté, les défenseurs de Shah remarquent qu’en dépit de ses liens avec le VHPA, la fondatrice d’Indicorp n’a fait qu’apporter une aide humanitaire durant la catastrophe naturelle. "Le fait qu’elle ait aidé à lever des fonds pour les refugiés du tremblement de terre ne devrait pas compromettre sa participation dans la nouvelle administration", ont écrit plusieurs personnalités indiennes dans Outlook, un hebdomadaire de New Delhi.

 

La blogosphère multiplie, quant à elle, les messages de soutien à Sonal Shah, tout en admettant qu’elle ait pu faire une erreur de jugement. Car en tant qu’Indienne-Américaine, elle a pu ne pas être alertée de la nature crapuleuse du VHP.

 

Un argument que Naresh Fernandes, rédacteur en chef de TimeOut India, balaie d’un revers de la main. "Une femme aussi intelligente que Shah doit savoir ce que représente le VHP en Inde, analyse ce journaliste qui a couvert les violences communautaires en Inde. Elle a dû volontairement se voiler la face. En outre, elle dirige une ONG en Inde. Ce n’est donc pas comme si elle était une enfant coupée de ses racines, perdue dans une banlieue américaine."



Derrière l’affaire Shah, l’affaire Modi

 

Un autre sujet prête à polémique. Sonal Shah entretiendrait en effet une relation de confiance avec le chef de l’Etat du Gujarat, Narendra Modi, un politicien controversé de la droite hindoue à qui les Etats-Unis ont refusé un visa en 2005. Le ministère des Affaires étrangères américain a justifié cette décision en estimant que Narendra Modi était "responsable pour avoir directement participé à de graves violations contre la liberté religieuse".

 

Le rôle - prouvé - de Narendra Modi dans les émeutes sanglantes du Gujarat de 2002 n’a par ailleurs pas empêché Sonal Shah d’accepter, en 2004, un prix de l’Etat du Gujarat. C’est toutefois son frère qui l’a reçu en son nom, et en présence de Narendra Modi.

 

Juste après la victoire d’Obama, la presse indienne s’est demandée si un visa serait finalement délivré à Narendra Modi, et ce grâce à la nouvelle administration américaine.

 

Les partisans de Sonal Shah font valoir que ses liens avec Narendra Modi sont flous, et que son travail dans l’humanitaire – pour lequel elle a reçu un prix – est au-dessus de tout soupçon.

 

Vijay Prashad conteste : "C’est comme si quelqu’un recevait un prix des mains de Slobodan Milosevic [le président serbe destitué] et disait : ‘J’ai simplement fait un travail humanitaire pour les victimes de guerre’". Des propos qui ne manqueront pas de relancer les débats, déjà houleux, qui agitent la blogosphère.


 

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