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PARTI SOCIALISTE

"Je ne pense pas qu'une scission au PS soit possible"

Questions à Henri Rey, directeur de recherche au Centre de recherche politique de Sciences Po (Cevipof).

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Henri Rey, chercheur au Cevipof.

 

FRANCE 24 : Comment qualifier ce qui se passe au Parti socialiste français ? Est-ce une simple querelle de personnes, ou est-ce représentatif de courants plus profonds ?
 
Henri Rey : Cela dépasse évidemment la simple querelle de personnes. Ségolène Royal et Martine Aubry ne sont pas seules, elles représentent deux blocs d’importance égale.

 

Chacune des candidates édicte un impératif de modernisation. Mais cette modernisation revêt un sens différent dans chaque camp : Martine Aubry voudrait une modernisation dans la continuité du congrès d’Epinay de 1971 (qui a vu l'élection de François Mitterrand comme premier secrétaire et ouvre le PS à une union avec les autres partis de gauche, ndlr). Le camp Royal veut une refondation plus en profondeur, une rupture plus accentuée.

Mais les deux courants sont globalement d’accord sur le fond. Le Parti socialiste a beaucoup homogénéisé sa doctrine lors de l’adoption de la déclaration de principe cet été. Cette convergence de points de vue est relativement neuve, mais elle est remarquable. Seule la gauche du PS, représentée par Benoît Hamon, marque sa différence. 

 

Le Parti socialiste a longtemps accusé un retard sur l’'aggiornamento" pratiqué par les autres partis de gauche en Europe : il s’agit de mettre en conformité les politiques gestionnaires pratiquées lorsque la gauche est au pouvoir, avec les fondements rhétoriques du parti. Le PS français est à présent plus en phase avec la social-démocratie des principaux pays européens.

 
FRANCE 24: Existe-t-il un risque de scission du Parti socialiste ?

Henri Rey : Je ne pense pas qu’une scission du PS soit possible. Les élus départementaux, régionaux et dans les grandes villes constituent une partie importante des effectifs du parti. Ils ont besoin d’un cadre formel d’unité. Une scission serait suicidaire pour eux. Ce serait la faillite du système.

Enfin, Martine Aubry et Ségolène Royal bénéficient de soutiens très composites. Il n’y a pas de correspondances sociologiques claires entre certaines couches de la société et le militantisme en faveur de Royal ou d’Aubry. La maire de Lille s’appuie sur les bastions traditionnels, notamment dans le Nord de la France, mais elle jouit également d'une audience parmi les partisans de Dominique Strauss-Kahn. Ségolène Royal a suscité un réel intérêt dans les périphéries urbaines, parmi les nouveaux électeurs issus de l’immigration et certaines catégories ouvrières -mais cette mobilisation n’a pas duré au-delà de l’élection présidentielle. Son électorat s'étend également aux classes moyennes et aisées.

 

FRANCE 24 : Y a-t-il eu des crises similaires dans les autres partis de gauche en Europe ?

 

Henri Rey : Il est difficile d’établir des comparaisons. En Allemagne, Oskar Lafontaine a fait scission d’avec le SPD, en créant son parti « Die Linke » en 2007. Il était en désaccord sur la politique économique du SPD et acceptait une alliance avec les communistes. On pourrait comparer die Linke avec le mouvement créé par Jean-Luc Mélenchon en novembre 2008, le « Parti de Gauche ». Mais l’audience d’Oskar Lafontaine en Allemagne dépasse largement celle de Jean-Luc Mélenchon en France actuellement.

 

Au Royaume-Uni, la gauche s’est profondément renouvelée après les années Thatcher : c’est le New Labour, porté par Tony Blair et Gordon Brown [NDLR : Blair est élu à la tête du parti en 1994. Il gagne les élections législatives en 1997]. La réforme du parti travailliste britannique est d’une autre ampleur que ce qui se passe en France. Beaucoup de postulats du New Labour seraient rejetés par les partisans de Ségolène Royal.

 

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