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Les héros encensés, les politiciens blâmés

Après les attaques qui ont fait plus de 170 morts en trois jours, les habitants de Bombay sont en colère. Le ministre de l’Intérieur a dû démissionner. Mais les commandos qui ont mis fin aux combats sont perçus comme des héros.

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Envoyée spéciale à Bombay

Etendu sur un lit d’hôpital de Bombay, des perfusions plantées dans les bras, le commandant Sunil Kumar Yadav parle d’une voix douce. Il raconte la véritable guérilla contre laquelle il a dû combattre, au sein de l'Hôtel Taj Mahal. Un combat rapproché qui lui a permis, avec ses collègues de la Garde de sécurité nationale, de mettre fin, samedi 29 novembre, au siège de 60 heures imposé par des militants armés.

 

Photo : Leela Jacinto - Etendu sur un lit d’hôpital à Bombay, le commandant Sunil Kumar Yadav raconte la guérilla urbaine.

 

Ces attaques terroristes, les plus violentes que Bombay ait jamais connu, ont entrainé la mort d’au moins 172 personnes. Depuis, on oppose "les héros" qui ont sauvé des vies aux "perdants", les hommes politiques, qui n’ont pas su prévenir de telles attaques, et ce malgré les informations explicites détenues par les services secrets indiens.

 

Du côté des "perdants", les démissions se succèdent. Le ministre de l’Intérieur, Shivraj Patil, a dû quitter son poste ce dimanche, prenant acte de “sa responsabilité morale” après ces attaques. Le gouvernement, de plus en plus sous pression, doit quant à lui s’expliquer sur les raisons de son inaptitude à empêcher ces attaques.

  

Le ministre des Finances Palaniappan Chidambaram a été désigné pour prendre la succession de Shivraj Patil, tandis que le Premier ministre Manmohan Singh – un économiste respecté et ancien ministre des Finances – doit reprendre temporairement le portefeuille des Finances, a annoncé le porte-parole du gouvernement.

  

Le Conseiller à la sécurité nationale de l'Inde, M. K. Narayanan a lui aussi présenté sa démission, rapportent les médias indiens.

  

Selon certaines sources, les services de renseignement indiens auraient fait circuler, la semaine dernière, un rapport confidentiel concernant un projet d’attentat qui devait être lancé par la mer.

 
Selon le Sunday Express, un hebdomadaire national, les enquêtes préliminaires révèlent que, 72 heures avant le début des attaques, les terroristes se trouvaient déjà dans les eaux territoriales indiennes.

  

Des fonctionnaires de sécurité indiens affirment que les agresseurs ont acheminé leurs armes jusqu’à la ville sur de gros zodiacs, dont certains ont été récupérés par la police. 

 

 
Un combat au porte-à-porte dans des couloirs labyrinthiques

 

Les erreurs des responsables n’ont pas grand-chose à voir avec l’héroïsme qui a parfois pu prévaloir sur le terrain, lors des attaques.

 

Le commandant Yadav a été blessé après avoir reçu plusieurs balles dans les cuisses. Interrogé sur son lit d’hôpital par FRANCE 24 où il se remet de ses blessures, il évoque les difficultés rencontrées pour traquer les assaillants dans un hôtel bondé de touristes paniqués. "Nous n’avions aucune information précise sur le nombre de personnes impliquées dans cette attaque, ni sur les armes dont elles disposaient. Nous n’avions même pas un plan de l’hôtel et des différents étages", raconte-t-il.

 

En l’absence d’informations concrètes, les commandos se sont appuyés sur les indications du personnel de l’établissement pour se frayer un chemin dans le célèbre hôtel, construit il y a 105 ans. Une sorte de labyrinthe composé d’une aile historique et d’une extension moderne, dont les couloirs ne se rejoignent qu’à certains étages. Quand les commandos ont finalement réussi à se procurer un plan complet du bâtiment, ils se sont rendus compte que certains passages n’y figuraient pas, rendant encore plus difficile leur progression.

 

"Nous avons demandé aux responsables où étaient rassemblés les clients afin de pouvoir les libérer de toute urgence", précise encore Yadav. "Ils nous ont alors répondu qu’il y en avait un peu partout dans l’hôtel. Il y avait tellement de portes que nous ne pouvions pas savoir si nous allions tomber sur des terroristes ou sur des otages."

 

C’est au cours de cette opération difficile et méticuleuse de progression en porte-à-porte que Yadav s’est retrouvé nez-à-nez avec un jeune assaillant. Ce dernier a ouvert le feu à l’aveuglette, en tirant dans le tas, dès qu’il a aperçu la combinaison noire des troupes d’élite au deuxième étage.

 

Trois balles de fusil semi-automatique ont alors perforé l’arrière de la cuisse de Yadav. Son gilet pare-balles l’a heureusement protégé, lui évitant d’autres blessures plus graves. Les médecins estiment désormais que la santé de Yadav est dans un état stable.

 
 

La douleur devant la mort, la colère contre les hommes politiques

 

Il a fallu attendre trois jours pour que les combats cessent enfin, samedi 29 novembre, après la mort du dernier terroriste présent dans l’hôtel du Taj Mahal, et la sécurisation définitive de l’établissement.

 

Parmi les 172 personnes décédées au cours de ces attaques, les autorités dénombrent 20 membres des forces de l’ordre. Et parmi ceux-ci, se trouvent notamment trois des plus hauts gradés de la police de Bombay, blessés quelques heures après le déclenchement des hostilités.

 

Alors que la capitale économique indienne peinait à retrouver une vie normale, ses habitants, connus pour leur côté branché, se sont tout simplement réunis par milliers pour offrir des cérémonies et autres rites funéraires à la mémoire des officiers de police tués lors de ces attaques.

 

Ce samedi, des milliers d’habitants de Bombay se sont joints aux processions pour l’enterrement du chef des équipes de lutte anti-terroriste, Hemant Karkare, manifestant publiquement une douleur collective.

 

Le lendemain, cette affliction s’est commuée en colère à l’égard des partis politiques, qui vont connaître cette semaine des élections régionales avant des élections nationales en 2009. D’énormes panneaux ont été érigés au travers de la ville pour exprimer toute la douleur ressentie après la disparition de Hemant Karkare et de ses deux collègues.

 

Karkare travaillait ces derniers temps sous la pression des partis conservateurs hindous, en raison des enquêtes qu’il menait contre une cellule terroriste hindoue, suspectée d’être impliquée dans des explosions ayant frappé, en 2006, une petite ville, Malegaon, située non loin de Bombay. 

 
  

"Destiné à tous les partis politiques"

 

Au lendemain des funérailles de Karkare, le jeune avocat Yuvraj Korpe arpente les trottoirs qui bordent l’hôtel Taj. Entre ses mains, une pancarte indique aux passants : "Ceci est destiné à tous les partis politiques ; combien de martyrs comme Hermant Kerkare vous faudra-t-il encore ?"

 

Korpe était présent à l’enterrement de Karkare. Il exprime la colère ressentie lorsque Narendra Mody, un homme politique extrémiste hindou, interdit de séjour aux Etats-Unis pour incitation à la haine religieuse, a visité la ville. Le BJP, parti de Mody et principale formation d’opposition en Inde, a vivement critiqué la gestion des attentats de Bombay par le Parti du Congrès, au pouvoir depuis 2004.

 

"Comment ose-t-il", s’indigne Korpe. "Comment ose-t-il se rendre dans notre ville ?"

 

Dans sa chambre d’hôpital, Yadav refuse d’aborder le sujet de la gestion politique des attentats. "Je ne fais qu’obéir aux ordres et servir mon pays," explique-t-il. "Bien sûr, c’était une mission terrible. Mais on apprend à chaque mission. Maintenant, je sais comment me battre dans un hôtel avec de nombreuses portes fermées."

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