ATTAQUES DE BOMBAY

Un assaillant affirme s'être entraîné au Pakistan

La police indienne interroge le seul activiste capturé vivant à l'issue des attaques de Bombay. L'homme aurait indiqué aux enquêteurs qu'il avait bénéficié de plusieurs mois d'entraînement de type commando dans un camp au Pakistan.

Publicité

Retrouvez l'interview de Jean-Luc Racine sur la responsabilité du Pakistan en trois questions.

A lire aussi : Entre l'Inde et le Pakistan, l'histoire se répète.



AFP - Les massacres commis à Bombay par des militants islamistes ont fait resurgir les craintes de nouveaux affrontements religieux entre hindous et musulmans qui exploitent les suspicions mutuelles à des fins politiques et religieuses.

Les tensions sous-jacentes entre ces deux communautés, qui couvent depuis des décennies, peuvent s'enflammer à nouveau, soit à Bombay, soit dans d'autres régions du pays, en réaction aux deux jours et demi de carnage que les autorités indiennes ont attribué à des extrémistes islamistes alliés du Pakistan, ont déclaré à l'AFP des membres des deux camps.

La majorité des hindous et des musulmans souhaitent vivre en paix, ont tenu à souligner des analystes, des écrivains et de simples citoyens rencontrés à Bombay.

L'écrivain musulman Javed Anand craint toutefois que des groupes d'extrême droite hindous cherchent à exploiter l'implication d'islamistes dans les attentats pour s'attirer des voix en prévision des élections générales qui auront lieu d'ici mai.

Une dizaine de jeunes gens lourdement armés ont attaqué mercredi soir une douzaine de sites dans Bombay, ouvrant le feu aveuglément et prenant plusieurs personnes en otage dans deux palaces, un hôpital, une gare et un centre juif notamment.

L'un des bâtiments historiques de la capitale économique indienne, l'hôtel Taj Mahal, n'a pu être repris par les forces de l'ordre qu'après deux jours et demi de combats. Le bilan de ces attaques est lourd: au moins 172 morts et quelque 300 blessés.

Le Premier ministre indien Manmohan Singh a accusé des "éléments" au Pakistan d'avoir orchestré les attentats et son vice-ministre de l'Intérieur, Shakeel Ahmad, a été encore plus loin en affirmant lundi dans une interview à la BBC que tous les assaillants étaient d'origine pakistanaise.

Le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), fer de lance de l'opposition en Inde, reproche au gouvernement dirigé par le parti du Congrès d'être trop mou à l'égard du terrorisme.

M. Anand, qui est également secrétaire général du mouvement des Musulmans pour une démocratie laïque, soupçonne le BJP de vouloir utiliser les attentats de Bombay pour renforcer le préjugé déjà largement répandu chez les hindous que "tous les terroristes sont des musulmans et tous les musulmans sont alliés du Pakistan".

Se basant sur un rapport gouvernemental datant de fin 2006, M. Anand rappelle que les musulmans, qui représentent environ 13% des 1,1 milliard d'Indiens, arrivent loin derrière la majorité hindoue, et même d'autres minorités, en ce qui concerne par exemple l'alphabétisation, la mortalité infantile, les prêts bancaires et même les arrêts d'autocars dans leurs villages.

Le rédacteur en chef du journal Loksatta, Kumar Ketkar, pense que la "guerre froide entre les deux communautés à Bombay va s'intensifier".

M. Ketkar fait remonter les tensions intercommunautaires à la partition de l'Inde qui a suivi l'indépendance en 1947 et débouché sur la création de l'Etat du Pakistan, peuplé très majoritairement de musulmans.

La police enquête sur l'implication de groupes d'extrême droite hindous dans les récentes attaques visant des lieux musulmans, notamment des mosquées, probablement en représailles à une série d'attentats meurtriers commis contre des hindous et revendiqués par des islamistes.

M. Ketkar et d'autres hindous pensent que la suspicion mutuelle entre les deux communautés religieuses va être exploitée par l'aile droite des partis hindous au profit du BJP.

"Dans la course aux électeurs, c'est la politique de +diviser pour mieux régner+", a estimé le consultant financier Paresh Shah. "Le résultat, c'est qu'il va y avoir un plus large soutien en faveur du BJP. C'est très négatif pour les relations intercommunautaires en Inde et très mauvais pour un pays démocratique", a-t-il souligné.
 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine