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"Émoi" de Sarkozy après l'interpellation de l'ancien patron de "Libé"

Devant la mise en examen controversée de l'ancien directeur de la publication de "Libération" - Vittorio de Filippis - pour diffamation envers le fondateur de Free, le président français a promis une réflexion sur la procédure d'interpellation.

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AFP - Nicolas Sarkozy a assuré lundi comprendre "l'émoi" suscité par l'interpellation controversée de l'ancien directeur de la publication de Libération, Vittorio de Filippis, se démarquant de Michèle Alliot-Marie et de Rachida Dati qui ont pris la défense de leurs troupes.

Face aux nombreuses réactions dans les médias et la classe politique, qui ont jugé les mesures employées disproportionnées avec les faits de diffamation reprochés, le chef de l'Etat a affirmé dans un communiqué qu'il "compren(ait) l'émoi suscité" par cette affaire et a annoncé une réflexion sur "une procédure pénale plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes".

Le directeur de Libération, Laurent Joffrin, a exprimé aussitôt auprès de l'AFP une "certaine satisfaction" en constatant que M. Sarkozy avait "contredit en deux phrases sa ministre de la Justice et sa ministre de l'Intérieur".

Toutes deux avaient jugé que policiers et magistrats n'avaient pas failli.

Le chef de l'Etat a évoqué en outre la mission Guinchard qui avait proposé, en juin dernier, parmi les mesures de simplification des procédures, la dépénalisation de la diffamation. Cette mesure, ainsi que les autres, devraient être examinées début 2009 par le Parlement, selon l'Elysée.

L'affaire a débuté vendredi avec l'interpellation à son domicile de Vittorio de Filippis, mis en examen ensuite par la juge Muriel Josié pour diffamation publique envers Xavier Niels, fondateur du fournisseur d'accès internet Free.

M. de Filippis dit avoir été menotté, insulté devant l'un de ses fils par les policiers et fait l'objet de deux fouilles à corps.

Lundi, Rachida Dati a affirmé que la procédure du mandat d'amener pour une banale affaire de diffamation était "tout à fait régulière". "Un citoyen qui ne défère pas aux convocations, on lui envoie un mandat d'amener", a-t-elle dit devant les sénateurs.

Michèle Alliot-Marie a quant à elle assuré que "la police avait suivi les procédures" en vigueur pour exécuter le mandat d'amener et que M. de Filippis n'avait "pas été menotté devant ses enfants".

Dans leurs rapports parvenus à l'AFP, les policiers, intervenus au domicile du journaliste, disent avoir été "courtois et patients", démentant l'avoir insulté.

Selon ces trois fonctionnaires, M. de Filippis n'a pas été menotté entre son domicile et le commissariat du Raincy où il a d'abord été conduit: ce n'est que durant son transfert au palais de justice de Paris  qu'il l'a été "pour des raisons de sécurité".

Face aux nombreuses demandes d'ouverture d'enquête sur cette affaire, Rachida Dati a indiqué que le parquet de Paris avait réclamé "officiellement la communication de la procédure ce matin (lundi)", disposition habituelle permettant au parquet de se tenir informé d'une enquête menée par un juge.

De son côté, le premier président de la cour d'appel de Paris, Jean-Claude Magendie, a demandé des explications sur les conditions dans lesquelles a été délivré et appliqué le mandat d'amener.

Le président de la chambre de l'instruction saisi doit rencontrer la juge Josié et vérifier si M. de Filippis avait bien manqué de répondre à trois convocations de la magistrate.

"Je n'ai pas vu les convocations dans le dossier", a affirmé à l'AFP Me Jean-Paul Levy, avocat de Libération, qui dit "réfléchir" à des recours "contre la mise en examen et contre la procédure dans son ensemble".

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