ATTAQUES DE BOMBAY

L'Inde réclame au Pakistan une vingtaine de fugitifs

New Delhi demande au Pakistan de lui livrer une vingtaine d'islamistes, et promet dans le même temps de ne pas lancer une attaque contre son voisin. Islamabad propose une enquête commune sur les attaques de Bombay.

Publicité

Retrouvez l'interview de Jean-Luc Racine sur la responsabilité du Pakistan en trois questions.

 

A lire également "Entre l'Inde et le Pakistan, l'histoire se répète" et "Les Indiens pressent  New Delhi de réorganiser sa sécurité"

 
AFP - L'Inde a demandé mardi au Pakistan de lui livrer des islamistes soupçonnés d'implication dans les attaques meurtrières de Bombay en indiquant avoir des "preuves sérieuses", mais a exclu un recours à la force contre son voisin.

Le président pakistanais Asif Ali Zardari a démenti catégoriquement l'implication de son pays et affirmé que les auteurs des attentats de Bombay étaient des "apatrides", sur la chaîne de télévision CNN.

"Je pense qu'il s'agit de militants apatrides qui agissent dans l'ensemble de la région (...) et prennent le monde entier en otage", a déclaré sur CNN M. Zardari qui avait appelé samedi l'Inde à ne pas "réagir de façon excessive".

Les exigences indiennes ont été formulées à la veille d'une visite à New Delhi de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice.

Par ailleurs, après les critiques sur la gestion de la crise par les autorités indiennes, des interrogations sont apparues sur leur incapacité à prévenir les attentats.

Selon les chaînes de télévision américaines CNN et ABC, l'Inde a été prévenue dès octobre par les Etats-Unis de la possibilité d'une attaque "venant de la mer" contre des cibles à Bombay.

Ces affirmations ont été en partie confirmées par le chef de la police de Bombay, Hassan Gafoor, qui a concédé que la police avait été "prévenue que des hôtels comme le Taj pouvaient être exposés à ce danger" après l'attentat contre le Marriott d'Islamabad le 20 septembre dernier.

Les médias indiens avaient eux aussi affirmé que New Delhi avait eu connaissance à partir de février 2008 d'informations concernant la préparation d'une attaque contre des hôtels cinq étoiles de Bombay et d'une opération visant la ville par la mer par le réseau islamiste pakistanais du Lashkar-e-Taiba, devenu depuis le suspect numéro un des attaques de Bombay.

Selo, le Wall Street Journal, la police indienne a identifié le cerveau présumé des attentats comme étant Yusuf Muzammil, le chef des opérations terroristes contre l'Inde au sein du groupe Lashkar-e-Taïba. Son nom, a été cité par le seul des assaillants capturé vivant, a dit au journal américain un haut responsable de la police indienne.

L'Inde a formellement demandé au Pakistan, par l'intermédiaire de son ambassadeur à Islamabad, de lui livrer une vingtaine de suspects. En tête de la liste figure Hafeez Sayeed, le chef du Lashkar-e-Taiba, basé au Pakistan et actif au Cachemire.

M. Gafoor a affirmé que la police disposait de "preuves sérieuses" que les assaillants "venaient du Pakistan".

Les assaillants ont tous été entraînés par des "anciens officiers de l'armée", "au même endroit" et "pendant un an pour certains, davantage pour d'autres", a-t-il ajouté, sans toutefois affirmer qu'ils étaient Pakistanais.

Le ministre indien des Affaires étrangères Pranab Mukherjee a cependant assuré que son pays n'envisageait pas d'action militaire contre le Pakistan, à l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité indien, l'organe suprême en matière d'affaires militaires et diplomatiques.

Une source gouvernementale indienne a déclaré à l'AFP que New Delhi "calibrerait soigneusement" sa riposte aux attentats.

De son côté, Islamabad a proposé à l'Inde la création d'un "mécanisme d'enquête conjointe".

Auparavant, le Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani avait demandé à l'Inde de fournir des preuves de ses affirmations selon lesquelles tous les auteurs des attaques venaient du Pakistan.

Le ministère indien des Affaires étrangères a convoqué lundi l'ambassadeur du Pakistan, Shahid Malik, pour l'informer que "la récente attaque terroriste à Bombay avait été menée par des éléments venant du Pakistan" et demander qu'"une action énergique soit menée contre les éléments responsables de cette attaque, quels qu'ils soient", a indiqué le ministère.

La Maison Blanche a assuré n'avoir aucune raison de douter du gouvernement d'Islamabad ni de sa volonté de coopérer à l'enquête. A Londres, Mme Rice a appelé le Pakistan à une "coopération complète, absolue et totale", tout en assurant "ne pas vouloir tirer de conclusions hâtives".

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a félicité les autorités indiennes pour leur retenue.

Inde et Pakistan, devenus des puissances nucléaires, se sont affrontés au cours de trois guerres et ont été au bord d'un quatrième conflit en 2001 après un attentat contre le Parlement indien attribué au Lashkar-e-Taiba.

A Bombay, des responsables religieux musulmans, inquiets des conséquences des attentats sur la minorité musulmane d'Inde, ont fermement condamné les attaques, en demandant aux autorités de ne pas permettre que les neuf assaillants tués soient enterrés en Inde, mais "là d'où ils viennent".

Les Musulmans de Bombay ont prévu une marche de la paix en hommage aux victimes des attaques, vendredi après leur prière, ont-ils ajouté.

Le bilan encore provisoire des attentats s'établissait mardi à 188 morts, dont une trentaine d'étrangers. Selon le chef de la police de Bombay, les assaillants étaient engagés dans "une mission suicide" destinée à créer la sensation en tuant "autant de personnes que possible".
 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine