ZIMBABWE

Les Zimbabwéens en colère contre leurs banques

Les Zimbabwéens sont invités à manifester en masse contre les banques le 3 décembre. Ils protestent contre une mesure gouvernementale qui limite les retraits à 0,23 euros par compte et par jour. Tout juste de quoi se payer le quart d'un pain.

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La Banque centrale du Zimbabwe, à la demande du gouvernement, a limité les retraits bancaires à 0,23 euro par jour, soit de quoi acheter le quart d’un pain.  Conséquence : des affrontements agitent depuis deux jours Harare, où des militaires furieux de ne pas pouvoir retirer leurs salaires manifestent.

 

La survie du régime du président Robert Mugabe dépend de la violente répression qu’exercent l’armée et la police sur la population. Des spécialistes militaires estiment ainsi que ce mécontentement général est un revers significatif pour le despote.

 

Lundi, des civils se sont joints aux 40 soldats en uniforme pour manifester bruyamment à travers le centre de la capitale, après avoir attendu toute la journée dans une banque pour s’entendre dire qu’il n’y avait plus d’argent. Hésitante, la police a tenté de les disperser à l’aide de matraques et de gaz lacrymogènes. Des témoins rapportent que les soldats, dont certains sont membres de la garde présidentielle, scandaient des slogans de soutien au Mouvement pour le changement démocratique (MDC), parti de l’opposition emmenée par Morgan Tvsangirai. Jeudi dernier, dans une scène similaire, près de 70 soldats ont brisé les vitres d’une banque avant de piller un stand d’échange de devises au marché noir.

 

Un taux d'inflation de 231 millions pour cent

 

“Nous n’avons pas de nourriture dans nos casernes. Il n’y a pas non plus de médicaments dans les hôpitaux militaires, et nous ne pouvons pas retirer notre argent des banques. Nous en sommes au stade où même si la population se révolte, personne n’a la motivation pour les arrêter", témoigne un soldat qui préfère rester anonyme. 

 

Pour Michael Quintana, spécialiste de la défense, les forces armées sont profondément démoralisées. "Le nombre de soldats est passé de 40 000 à 26 000 hommes. Les casernes ne nourrissent plus que les officiers les plus gradés et les soldats dépendent de la corruption et du vol pour leurs revenus." “ Si la police et les militaires réclament des salaires en dollars américains, la partie sera bientôt terminée pour Mugabe", poursuit Michael Quintana.

 

Officiellement, le taux d’inflation au Zimbabwe est estimé à 231 millions pour cent, mais des économistes indépendants le considèrent plus élevé au vu des prix qui doublent tous les deux ou trois jours.

 

La pénurie de liquidités à pousser la Banque centrale à imposer une limite de retrait de 500 000 dollars zimbabwéens (soit environ 0,23 euro) par compte et par jour. Des milliers de personnes passent ainsi leurs journées à faire la queue devant les banques. S’ils parviennent à retirer du liquide, ils le dépensent immédiatement ou bien s’empressent de l'échanger au marché noir contre des dollars américains.

 

Traquer la nourriture

 

Le Zimbabwe Congress of Trade Unions (ZCTU), puissant mouvement syndical, a invité les Zimbabwéens à exiger ce mercredi des banques qu’elles leur permettent de retirer tout leur argent.  Le ZCTU prévoit également une marche de protestation jusqu’à la banque de réserve.

 

Les dernières manifestations de l’opposition n’on pas attiré les foules dans la rue. La semaine dernière,  celle de l’Assemblée nationale constitutionnelle a rassemblé environ 700 manifestants avant d’être dispersée par la police.

 

Selon John Makumbe, analyste politique, la plupart des gens sont trop occupés à traquer la nourriture ou à faire la queue devant les banques pour participer. "Les organisateurs des manifestations doivent d’abord convaincre la population qu’il est juste de se faire tuer, insulter ou enfermer dans une cellule sordide. Et si les gens ne sont pas convaincus de cela, vous n’arriverez pas à les mobiliser", explique-t-il.

 

Pour Lovemore Matombo, président de la ZCTU, les manifestations contre les banques ont pour but de mobiliser les gens là où ils se trouvent : dans les files d’attentes. "On espère mobiliser des milliers de personnes pour ces manifestations car elles ne peuvent pas être taxées d’illégales. Vous n’avez besoin d’aucune permission pour réclamer votre propre argent", affirme-t-il.

 

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