ANNIVERSAIRE

La Déclaration universelle des droits de l'Homme, 60 ans après

Le 10 décembre 1948, au Palais de Chaillot, l'Assemblée générale des Nations unies adoptait la Déclaration universelle des droits de l'Homme, texte symbole d'une paix durement reconquise. Soixante ans après, le bilan est mitigé.

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AFP - La France et l'ONU célébraient mercredi les 60 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme, proclamée à Paris, dont les valeurs sont mises en danger par de nouveaux défis comme le terrorisme, et souvent tempérées par le réalisme politique.

Créateur de Médecins sans frontières, inspirateur du droit d'ingérence humanitaire, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a donné le ton mercredi. "Il y a contradiction permanente entre les droits de l'homme et la politique étrangère d'un Etat, même en France", a-t-il déclaré.

"La politique doit être imprégnée de droits de l'homme mais ça ne résume pas une politique étrangère", a-t-il ajouté.

Ce soixantième anniversaire est l'occasion d'un bilan dressé par les responsables politiques et les ONG.

L'élaboration, puis la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l'homme, avaient fait suite aux années de traumatisme de la Deuxième guerre mondiale, du nazisme et de l'holocauste.

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits", proclame le premier article de la Déclaration, qui en trente points énumère des droits humains, civils, économiques, sociaux et culturels, "inaliénables" et "indivisibles".

Le texte fut adopté par les 58 Etats alors membres de l'Assemblée générale de l'ONU, créée en 1945 pour succéder à la Société des Nations.

"Les pessimistes disent que ça va plus mal, que le monde est affreux. Les autres comme moi disent: non, vous ne savez pas regarder l'Histoire. Il n'y a jamais eu autant de progrès en 60 ans", a déclaré à l'AFP Stéphane Hessel, ancien juriste de 90 ans, qui prit part alors à la rédaction du texte.

Mais les défenseurs des droits de l'homme pointent des reculs et des interrogations, surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001.

"Le phénomène le plus important, même s'il n'est pas le seul, est lié à ce qu'on appelle le post-11-septembre", note Patrick Baudouin, président d'honneur de la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH). "On a vu toute une série de réactions des Etats-Unis, et d'autres pays occidentaux, tout à fait négatives en ce qui concerne les libertés", a-t-il noté dans le journal Le Monde.

Amnesty International a lancé de son côté un appel au président américain élu Barack Obama. "J'espère vraiment que les Etats-Unis vont prendre une position ferme sur les droits de l'homme à l'avenir, a dit à l'AFP Irene Khan, la secrétaire générale d'Amnesty International.

La question de l'universalisme des droits de l'homme se pose aussi, avec la montée en puissance de grands pays comme la Chine ou la Russie, ou encore à propos de la place des religions dans l'organisation des Etats.

La France, patrie autoproclamée des droits de l'homme, a marqué cet anniversaire par la remise d'un prix. Il a été décerné à cinq associations, dont la Fondation marocaine Orient-Occident, pour son travail en faveur des petites "bonnes" marocaines contraintes à devenir domestiques dès l'enfance, ou la Women's development organization de Somalie.

Une cérémonie devait aussi se tenir dans la soirée sur le lieu même de la proclamation de la Déclaration, au palais de Chaillot, à deux pas de la Tour Eiffel, à Paris. Le préambule de la déclaration devait y être lu par Stéphane Hessel. A New York, l'ONU prévoyait de marquer cette journée, avec une intervention de Navi Pillay, la commissaire aux droits de l'homme.

En France, les célébrations ont cependant été entachées d'une polémique entre Bernard Kouchner et la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade, qui lui est rattachée. Bernard Kouchner a qualifié d'"erreur" la création en 2007 d'un tel secrétariat d'Etat, au nom du réalisme des relations entre Etats.
 

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