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"La famille régnante est la pierre angulaire du système politique"

Pour Khattar Abou Diab, professeur en sciences politiques à l'université Paris XI, la dissolution pour la quatrième fois depuis 2007 du gouvernement koweïtien démontre la vitalité du système politique de ce petit pays pétrolifère du Golfe.

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Trois questions à  Khattar Abou Diab, docteur en sciences politiques et enseignant à l’université Paris XI.

 
FRANCE 24: Le gouvernement koweïtien vient d’être dissous pour la quatrième fois depuis mars 2007. Est-ce le signe d’une vitalité démocratique ou au contraire l’expression de la fragilité des institutions?
 
 

Khattar Abou Diab: L’instabilité du Koweït est, à mon sens, liée à la vitalité du système politique de ce petit pays pétrolifère du Golfe. Il ne faut pas oublier que c’est le deuxième pays arabe, après le Liban, à se doter d’un régime parlementaire.

Mais, en même temps, la vie politique koweïtienne est souvent rythmée par un combat politique permanent entre les islamistes salafistes et les chiites, tous deux représentés par deux partis au Parlement. C’est ce qui donne d’ailleurs plus d’ardeur et de vitalité aux débats. Les islamistes ne ratent aucune occasion pour demander des comptes au gouvernement sur les actions politiques et économiques qu’il mène.

 
L’autre élément qui caractérise ensuite la vie politique koweïtienne, c’est le profond déséquilibre existant entre le pouvoir exécutif et législatif. Le fait que le pouvoir, en la personne de l’émir, possède toujours le droit de dissoudre le Parlement donne à ce dernier plus de légitimité à critiquer le gouvernement et le place, de facto, en opposant. Mais ce duel souligne aussi l’incapacité des parlementaires à former eux-mêmes le gouvernement qu’ils représentent.  
 

Enfin, il existe tout de même un problème de fond dans ce pays. La famille régnante continue de nommer les ministres régaliens et de distribuer des postes politiques au gré de sa volonté et de calculs politiciens. C’est ce qui bloque, de mon point de vue, l’émergence d’un véritable jeu politique. 

 
FRANCE 24: Est-ce que les différentes crises politiques que connaît ce pays sont susceptibles d’affecter son économie ?
 

Khattar Abou Diab: Non, je ne pense pas. L’économie du Koweït n’est pas affectée directement car il n’y a jamais de vacance du pouvoir lorsqu’une crise politique de ce genre survient. Le Koweït possède une base économique assez solide et dépend beaucoup plus du pétrole que d’autre chose. N’oubliez pas qu’il possède, avec ses voisins saoudiens et irakiens, de grandes réserves énergétiques.

Toutefois, si ce genre de crise politique venait à se prolonger indéfiniment et si les tensions politiques entre la majorité sunnite et les chiites devaient prendre plus d’ampleur, rien ne dit qu’il n’y aurait pas un risque d’effondrement économique. Mais ce n’est pas le cas pour le moment et on est encore loin de cette situation.

 

FRANCE 24:Les islamistes -toutes tendances confondues- jouent un rôle prépondérant au Parlement et au sein de la vie politique. Quel est exactement leurs poids politique et y a-t-il un risque qu’ils arrivent au pouvoir ?

 
Khattar Abou Diab: Malgré toutes ces convulsions politiques, la famille régnante demeure la pierre angulaire sur laquelle repose le système politique koweïtien. On ne voit pas qui pourrait faire l’unanimité, en dehors d’elle.

Quant aux islamistes, il y a plusieurs courants de pensée parmi eux. Les sunnites sont partagés entre salafistes et Frères musulmans, les chiites entre modérés et extrémistes. Bref, cet éclatement les empêche d’arriver un jour au pouvoir. Mais une chose est sûre, ils peuvent jouer les troubles-fête au sein de la vie parlementaire et poser leur véto.

En conclusion, ce qui est à retenir, c’est que la tendance politique générale au Koweït est démocratique et libérale. Ces deux courants, soutenus indirectement par la famille royale, arrivent toujours à s’entendre et à se dresser sur le chemin des islamistes.

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