TERRORISME

Des explosifs au Printemps, un modus operandi inédit

Dans l'affaire des explosifs découverts dans le magasin le Printemps, rien n'a été fait comme les services de renseignements ont l'habitude de le voir. À telle enseigne que des experts s'interrogent sur la réalité de la piste afghane.

Publicité

Retrouvez le contenu de la lettre envoyée par le groupe revendiquant le dépôt des explosifs en cliquant ici.

 

Quelques heures avant que la Police française ne découvre, mardi, cinq bâtons de dynamite dans les toilettes du troisième étage du grand magasin Printemps, boulevard Haussman à Paris, l’agence de presse AFP a reçu par la poste une lettre d’avertissement.

 

La missive, dans laquelle un groupe inconnu se faisant appeler Front révolutionnaire afghan réclame le retrait de troupes françaises de l'Afghanistan “avant le février de 2009", désoriente les experts. En particulier Louis Caprioli, l’ex-numéro deux de la DST (Direction de la sécurité du territoire), qui émet des doutes sur la piste islamiste, pourtant privilégiée par les autorités au regard de la revendication.

 

Pour l’ancien responsable de la lutte antiterroriste à la DST, tout dans cette affaire, de la forme de la revendication au nom du groupe, est atypique.

 

Un groupe qui ne ressemble à aucun autre

 

Le dispositif, inutilisable puisque dépourvu de détonateur, soulève à ses yeux les premières interrogations sur l’intention de nuire des personnes qui ont placé des explosifs dans une des cabines de toilettes du vénérable établissement.

 

"Il y a une volonté de ne pas commettre d’attentat. Et Al-Qaïda, lui, ne menace pas, il commet", explique-t-il. De même, l’expression "vos grands magasins de capitalistes" présente dans la missive surprend l’expert. "Ça ne fait pas très pro-Ben Laden", dit-il.

 

Le nom du groupe, Front révolutionnaire afghan, lui pose également problème. "La terminologie 'Front' est habituellement utilisée par les mouvements palestiniens gauchistes et par les mouvements de l’ultra-gauche." Une piste à ne pas écarter selon lui.

 

Autre élément étonnant, le "Front" a revendiqué le dépôt des pains de dynamite par la poste, dans une lettre tapée à la machine dans un français hasardeux. "La forme de la revendication est vieillotte. De nos jours, elles se font toutes par Internet. La méthodologie et les explosifs le sont également", décrypte-t-il.

 

 

Lettre de revendication du "Front révolutionnaire afghan" parvenue à l'AFP

 

 

 

Des doutes grandissants sur la piste afghane

 

Michèle Alliot-Marie, la ministre française de l'Intérieur, a affirmé ce mardi qu’"il s’agi[ssait] d'un groupe (...) totalement ignoré de tous les services", et exprimé son scepticisme sur une quelconque piste afghane. Elle a notamment relevé l’absence de langage religieux, fait étrange pour ce type de groupe.

 

Mais là encore, cela pourrait être un leurre, affirme l’expert. "Tout est envisageable, c’est ça qui est terrible", explique l’expert de la DST qui ne veut fermer aucune porte. "D’un côté, tout cela est peu crédible. Pourtant, cet événement est chargé de menaces du seul fait que l’Afghanistan soit en fond du message".

 

Au total, 2 785 soldats français sont en effet déployés en Afghanistan dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) sous commandement de l'Otan. Or, le 3 septembre, la France avait été directement menacée par un chef taliban, en raison de cette présence militaire en Afghanistan.  Deux mois et demi plus tard, un groupe taliban menaçait à nouveau de lancer des attaques à Paris dans un message vidéo de 42 minutes partiellement diffusé par le site Internet d'une radio espagnole. Le 17 novembre, une vidéo du même type était diffusée par la télévision Al-Arabiya.

 

Enfin, le dimanche 14 novembre, veille du jour où la lettre a été postée, Paris accueillait une réunion ministérielle informelle entre les autorités afghanes, les pays voisins, et les pays impliqués dans le conflit, afin d'œuvrer à une amélioration de la coopération régionale.

 

Le doute persiste plus que jamais. Et Louis Caprioli de conclure : "Reste maintenant à attendre les analyses de la police scientifique". De fait, pour le moment, l’enquête s’oriente autant sur la piste islamiste que sur une éventuelle manipulation.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine