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CARNET DE ROUTE

Le Zimbabwe en proie à un désastre économique et sanitaire

Texte par : Caroline DUMAY
5 min

Notre correspondante en Afrique du Sud, Caroline Dumay, est l'une des rares journalistes occidentales à se rendre régulièrement au Zimbabwe. Elle vient d'y passer une semaine. Découvrez, au fil de ses reportages, ses impressions.

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7 décembre, Messina, du côté sud-africain de la frontière - Quelle drôle de ville enfouie sous le bruit et le poids de dizaines de milliers d'immigrés zimbabwéens, légaux ou illégaux. Il y a quelques années, il y avait 50 000 habitants dans cette petite bourgade paisible du nord de l'Afrique du Sud. Il y en a cinq ou six fois plus aujourd'hui.

L'idée est d'abord de suivre le ministre de la Santé, venu faire un état des lieux sur le choléra dans la province du Limpopo. Des dizaines de malades sont installés sur les pelouses de l'hôpital central, faute de place. Nous achevons notre reportage avant que la police ne se décide à fermer l'entrée à toutes les caméras. L'Afrique du Sud ne veut pas de cette mauvaise publicité.

Mais pour nous, Messina, c'est surtout l'occasion de nous organiser pour passer cette frontière interdite aux journalistes. La manœuvre est d'autant plus délicate que FRANCE 24 est diffusée au Zimbabwe. Notre visage n'est donc pas inconnu des membres des services intérieurs zimbabwéens. Il nous faut trouver le bon passeur. Le matériel journalistique doit être soigneusement camouflé. Il nous faut aussi acheter de quoi manger et de quoi boire au Zimbabwe. On nous dit que là-bas, il n'y a plus rien.

 

 

 

 

 

Des Zimbabwéens envahissent les hôpitaux sud-africains




8 décembre, la frontière est passée - Nous rencontrons notre compagnon de route, guide touristique depuis plusieurs années en Afrique du Sud. Sa femme et ses quatre enfants sont restés dans leur village au Zimbabwe. Et s'ils survivent, c'est grâce aux cartons de nourriture qu'il apporte régulièrement.

A chaque fois qu'il revient, la situation s'est détériorée. Nous l'accompagnons vers son village, à une centaine de kilomètres de la frontière. Dans cette zone dominée par l'opposition, le gouvernement refuse toujours de distribuer de l'aide alimentaire. La population mange ce qu'elle peut. En ce moment, les chenilles sont de saison. Car les pluies se font attendre, et l'espoir de s'en sortir aussi.

Ils seraient 4 à 5 millions à vivre cette double vie entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud. Une chose est sûre, le Zimbabwe est aujourdhui nourri par sa diaspora.

 

 

 

 

 

 

 

 

La diaspora zimbabwéenne




13 décembre, nous voyagerons de nuit - Sur la route de Bulawayo, il y a moins de barrages que prévu. Tant mieux. Notre véhicule a des problèmes avec l'essence que nous avons acheté à la frontière. Les pannes sont régulières, la route vers la seconde ville du pays interminable. Bulawayo n'a pas changé, ou presque. Un centre-ville minuscule aux rues très larges. Il paraît que la ville a été conçue de cette façon pour que les colons anglais aient suffisamment de place pour faire tourner leurs carosses.

Mais le temps des carosses est révolu. Et les colons sont bien loin. Il n'y a plus de fermiers blancs à l'horizon depuis la réforme agraire du président Robert Mugabe. Dans les rues, des milliers de travailleurs noirs font la queue pendant des heures devant le distributeur automatique pour retirer des millions de dollars zimbabwéens qui ne valent rien. Certains ont encore leur couverture. Ils ont visiblement passé la nuit devant la banque.

 

 

 

13 décembre, à Bulawayo, on nous parle choléra - Alors nous décidons d'aller voir, une caméra dans la poche. Pas question de braver les autorités en tant que journalistes non accrédités. Des amis nous ouvrent les portes. Nous filmons entre deux regards, sans trop se faire remarquer. A l'hôpital de Bulawayo, les couloirs sont vides. Plus besoin de caméra cachée pour prendre sur le vif ces salles d'hospitalisation complètement abandonnées, aux lits proprets et colorés. Le Zimbabwe, ce n'est pas le Darfour. Les infrastructures tiennent debout. Mais il n' y a plus personne dans le pays pour les faire fonctionner.

 

 

 

 

 

 

Le Zimbabwe face au choléra

 

 



13 décembre, Bulawayo. Derrière la façade, la faillite - Avoir l'eau courante est un luxe et les pannes d'électricité sont communes dans la ville. Pour travailler, mieux vaut se poster chez des amis qui ont un groupe électrogène.

 

 
Le choléra est endémique au Zimbabwe, mais la situation sanitaire ne fait que relancer l'épidémie. A Bulawayo comme à Harare, les services municipaux ne fonctionnent plus. Il n'y a presque plus de produits chimiques pour les usines de traitement des eaux. Quant aux ordures, elles ne sont pas ramassées depuis un an, dans cette ville de deux millions d'habitants. Nous décidons d'aller comme tout le monde vider nos poubelles. Nous nous retrouvons dans la banlieue de la ville devant un immense champ de détritus sur lequel vivent quelques gamins des rues.

Bulawayo, Sao Paulo... Ça rime.

 

 

 

Bulawayo prise à la gorge entre choléra et crise économique

 


13 décembre, Bulawayo, c'est aussi la ville phare du MDC - Le Mouvement pour un changement démocratique (MDC) est le principal parti d'opposition au Zimbabwe. C'est là, à Bulawayo, qu'habite une partie de la famille de Jestina Mukoko, une militante des droits de l'Homme qui a été kidnappée début décembre dans la banlieue d'Harare. Kidnappée, au petit matin du 3 décembre par une quinzaine d'hommes en armes, emmenée dans une Mazda 323 sans plaque d'immatriculation.

Le pire est à craindre. Nous cherchons à en savoir plus. Nous rencontrons des hommes et des femmes qui risquent leur vie pour faire passer le peu d'information qu'ils ont sur les abus du régime. Les photos ne manquent pas. Les témoignages non plus. Mais tout le monde se cache.

 

 

Les militants de droits de l'homme, cible privilégiée du régime Mugabe

 

 

 

 

18 décembre, il est temps de rentrer - Le journal officiel mentionne deux jours de suite la couverture "biaisée" que FRANCE 24 "inflige" au Zimbabwe. Un journaliste accrédité est arrêté à Harare. Nous prenons lentement mais sûrement le chemin du retour. A Beit Bridge, des dizaines de milliers de personnes font la queue jour et nuit pour quitter le pays. Derrière ces Zimbabwéens poussés à l'exode, nous attendons patiemment notre tour.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

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