GUINÉE

Le président Conté est mort, l'armée dissout les institutions

Après le décès du président Conté, les soldats à l'origine d'une tentative de coup d'État ont sommé les "membres du gouvernement et les officiers généraux de se rendre" dans un camp militaire à Conakry "en vue d'assurer leur sécurité".

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Le pouvoir guinéen est désormais aux mains de militaires. Ce mardi matin, quelques heures après la mort du président Lansana Conté, à la tête de l'Etat depuis 1984, un capitaine de l’armée a annoncé à la radio publique la dissolution du gouvernement et des institutions républicaines, et la suspension de la Constitution.

"A compter d'aujourd'hui, la Constitution est suspendue, ainsi que toute activité politique et syndicale", a déclaré le capitaine Moussa Dadis Camara,  lisant un communiqué sur les ondes de Radio Conakry. Il a ajouté qu'un "conseil consultatif" allait bientôt être mis en place, "composé de civils et militaires".

Les militaires, qui se présentent sous l’appellation "Conseil national pour la démocratie et le développement" (CNDD), ont ensuite demandé aux "membres du gouvernement et à tous les officiers généraux de se rendre" au principal camp militaire du pays, à Conakry, "en vue d'assurer leur sécurité".

"La crainte d’un coup d’Etat est dans toutes les têtes", affirme Emmanuel Goujon, correspondant de FRANCE 24 à Addis Abeba en Ethiopie. "Reste à savoir quelle faction de l’armée, quelle ethnie, prendra le dessus. L’armée est très divisée et le président Conté utilisait cette division comme instrument de pouvoir. "

La procédure prévue par la Constitution n’a pas été respectée

Dans le cas du décès du président, l’article 34 de la Constitution prévoit de confier l’intérim du pouvoir au président de l’Assemblée nationale. Celui-ci doit organiser des élections dans les 60 jours.

Dans la nuit de lundi à mardi, c’est effectivement le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, qui a annoncé à la télévision d'Etat le décès du président Conté, âgé de 74 ans. Le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a ensuite demandé au président de la Cour suprême de constater la vacance du pouvoir et de faire appliquer la Constitution. Ce dispositif ne semble pas avoir été mis en place et l’armée semble avoir bel et bien pris le contrôle de la situation.

Joint au téléphone par FRANCE 24, le journaliste Maseco Condé, directeur de la publication "Temps Info" en Guinée, décrit des mouvements de l’armée à l’entrée de Conakry, là où se trouvent la présidence et les ministères. "Mais beaucoup de Guinéens sont restés à la maison pour observer la situation, précise-t-il, car on n’est jamais sûr de ce qui peut arriver demain. "

Un communiqué militaire à teneur sociale

Moussa Dadis Camara, l’officier qui a lu la déclaration sur Radio Conakry, était jusqu'à présent chef de la section carburant à l'intendance des armées. "On ne dit pas que c’est lui qui succède au président Conté. Il parle au nom d’un groupe", déclare le journaliste Maseco Condé. "Il a parlé des problèmes de la Guinée : l’insécurité et la corruption."

Le communiqué avait effectivement une teneur résolument sociale : "Les détournements de deniers publics, la corruption généralisée, l'impunité érigée en méthode de gouvernement, l'anarchie dans l'appareil de l'Etat ont fini par plonger notre pays dans une situation économique catastrophique", dit le texte, évoquant le "désespoir profond de la population" et accusant les gouvernants d'en être responsables.

"Le gouvernement n’a pas été à la hauteur du potentiel économique du pays", confirme l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo (2004-2006) et actuel dirigeant du parti d’opposition l’Union des forces démocratique de Guinée, joint par FRANCE 24. "La mauvaise gouvernance, l’absence de rigueur dans la gestion des ressources publiques, surtout à partir des années 2000, ont caractérisé le régime Conté."

Appel de l’Union africaine au respect de la démocratie

Peu après la déclaration des militaires, l’Union africaine (UA) a exprimé son inquiétude. "Nous suivons avec attention et beaucoup de préoccupation la succession du président Conté", a déclaré le commissaire à la Paix et la sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra. Il a ajouté : "Nous appelons toutes les forces politiques de Guinée et autres institutions de l'Etat, notamment les forces armées, à assurer une transition constitutionnelle, pacifique et consensuelle, dans le respect de l'ordre démocratique". L'UA doit tenir une réunion d'urgence mardi ou mercredi sur la situation en Guinée.

De leur côté, les militaires du CNDD ont affirmé leur "attachement aux chartes de l'Union africaine, de la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, ndlr) et de l'ONU".
 

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