GUINÉE

Tentative de coup d'État après la mort du président Conté

Après le décès du président Lansana Conté (photo), un officier a déclaré la dissolution des institutions et du gouvernement. "Il y a effectivement tentative de coup d'État", affirme le président de l'Assemblée nationale sur FRANCE 24.

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Un groupe de militaires guinéens ont tenté un coup de force, quelques heures après la mort du Lansana Conté, à la tête de l'Etat depuis 1984. Mardi soir, cependant, l’incertitude régnait encore quant à l’importance du mouvement de mutins.
 

Le capitaine Moussa Dadis Camara a annoncé mardi matin, sur les ondes de Radio Conakry, la dissolution du gouvernement et des institutions républicaines, et la suspension de la Constitution. Il a précisé qu'un "conseil consultatif" allait être mis en place rapidement, "composé de civils et militaires".

 
Le président de l’Assemblée nationale Aboubacar Sompare a confirmé à France 24 la tentative de putsch. "Il y a effectivement une tentative de coup d’Etat", a-t-il déclaré au téléphone ajoutant que "pour le moment, rien n’est joué car il y a plusieurs tendances dans leur camp". Selon lui, l’armée ne soutient pas d’un bloc les mutins.

 
Le chef des forces armées, Diarra Camara, a quant à lui confirmé à France 24 que "les mutins ne représent[ai]ent pas une majorité dans l’armée."

 
De son côté, le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a même insisté, sur RFI, sur le fait que le gouvernement n'était "pas dissous.


La Constitution "suspendue"


Dans le cas du décès du président, l’article 34 de la Constitution guinéenne prévoit de confier l’intérim du pouvoir au président de l’Assemblée nationale. Celui-ci doit alors organiser des élections dans les 60 jours.

Le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a bien annoncé, dans la nuit de lundi à mardi, le décès du chef de l'Etat, après 24 ans de règne. Il a ensuite demandé au président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, de prendre les dispositions prévues par la Constitution. Cette procédure n’a pour l’heure pas pu être mise en place.

Un groupe de militaires, qui se présente comme le "Conseil national pour la démocratie et le développement" (CNDD), a ensuite demandé aux "membres du gouvernement et à tous les officiers généraux de se rendre" au principal camp militaire du pays, à Conakry, "en vue d'assurer leur sécurité".

 
Maseco Condé, qui dirige le journal local le Temps Info, a expliqué à France 24 que des manœuvres militaires avaient lieu aux portes de Conakry, où se trouvent les bâtiments du gouvernement. Il a également remarqué que la majorité des Guinéens étaient restés chez eux pendant que ces événements avaient lieu. “On ne sait jamais ce qui peut arriver demain”, a-t-il ajouté.

 
Pour Emmanuel Goujon, correspondant AFP pour FRANCE 24 à Addis Abeba en Ethiopie, il "reste à savoir quelle faction de l’armée, et quelle ethnie, prendra le dessus. L’armée est très divisée et le président Conté utilisait cette division comme instrument de pouvoir."

 
Peu après la lecture du communiqué des militaires mardi matin, l’Union africaine (UA) a quant à elle exprimé son inquiétude. "Nous appelons toutes les forces politiques de Guinée et autres institutions de l'Etat, notamment les forces armées, à assurer une transition constitutionnelle, pacifique et consensuelle, dans le respect de l'ordre démocratique", a déclaré le commissaire à la Paix et la sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra. L'UA doit tenir une réunion d'urgence mardi ou mercredi.


“Camara parle au nom d’un groupe”

 
Moussa Dadis Camara était jusqu'à présent chef de la section carburant à l'intendance des armées. Pour le journaliste Maseco Condé, il "parle au nom d’un groupe". "Il a fait mention des problèmes du pays et en particulier, la violence et la corruption", a-t-il observé.

 
Le communiqué lu sur Radio Conakry par l’officier Camara avait une teneur résolument sociale. "Les détournements de deniers publics, la corruption généralisée, l'impunité érigée en méthode de gouvernement, l'anarchie dans l'appareil de l'Etat ont fini par plonger notre pays dans une situation économique catastrophique", précise le texte, qui évoque le "désespoir profond de la population" et accuse les gouvernants d'en être responsables.

 
"Le gouvernement n’a pas été à la hauteur du potentiel économique du pays", confirme l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo (2004-2006) et actuel dirigeant du parti d’opposition l’Union des forces démocratique de Guinée, joint par FRANCE 24. "La mauvaise gouvernance, l’absence de rigueur dans la gestion des ressources publiques, surtout à partir des années 2000, ont caractérisé le régime Conté."

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