GUINÉE

Les putschistes dénoncent la présence de "mercenaires"

Au surlendemain du décès du président Conté, les putschistes ont promis des élections "libres et transparentes" en 2010 et mettent en garde contre l'intervention des "mercenaires" étrangers, recrutés selon eux par des officiers loyalistes.

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Lisez aussi des témoignages de Guinéens sur notre site des Observateurs.

 

Les militaires putschistes, qui ont décrété mardi la dissolution de la Constitution et du gouvernement, ont de nouveau pris la parole mercredi matin. Le capitaine Moussa Dadis Camara s'est inquiété de la présence en Guinée de "mercenaires venus de pays voisins", appelés par "certains officiers généraux" loyalistes. Un peu plus tôt, le même capitaine Camara a promis des élections "libres, crédibles et transparentes" en décembre 2010, lors d'une allocution sur la télévision d'État.

 

Par cette déclaration, les putschistes avouent qu’ils n’ont pas convaincu l’ensemble des militaires et qu’ils n’ont pas la maîtrise de la situation. "Certains officiers généraux continuent à reconnaître la légitimité sans référence constitutionnelle du mandat de l'Assemblée nationale", affirme le capitaine Moussa Dadis Camara.  "Ils envisagent l'intervention de mercenaires venus de pays voisins qui sont déjà à l'intérieur du territoire."

 

"Le gouvernement n’est pas dissous"

 

Deux camps revendiquent désormais le pouvoir en Guinée, pays où règne la confusion depuis la mort lundi soir du "général-président" Lansana Conté. Le chef d’Etat est décédé des suites de plusieurs maladies, après 24 années à la tête de l’Etat. Ses obsèques auront lieu vendredi dans son village natal, Lansanya.

  

Le gouvernement en place refuse de reconnaître l’autorité de ces militaires. Selon la Constitution, le président de l’Assemblée nationale doit assurer l’intérim du pouvoir durant 60 jours et organiser des élections.

 

Ni le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, ni le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, n’ont répondu à l’appel des putschistes de se rendre au principal camp militaire de la capitale. Le chef du gouvernement, joint par RFI, assure que "le gouvernement n’est pas dissous". "Je suis sûr qu'ils (les putschistes) reviendront à la raison. Ils n'ont pas utilisé la force. Il n'y a de menace contre personne", a-t-il affirmé.

 

Le président de l’Assemblée nationale, interrogé mardi par FRANCE 24, assure de son côté que "pour le moment rien n’est joué, car il y a plusieurs tendances dans le camp".  Il ajoute que toute l’armée n’est pas derrière les mutins. "C’est un groupe. Je ne peux pas l’évaluer. Mais en tout cas, la majorité (des militaires) serait loyaliste."

 
Désaccords au sein de l’armée
 

Des tractations entre officiers de l’armée ont eu lieu mardi au camp d’Alfa Yaya Diallo. D’après l’AFP, une majorité de putschistes ont choisi comme chef le lieutenant-colonel Sekouba Konaté, commandant de la principale unité d'élite de l'armée. Mais, toujours selon l’AFP, certains ont refusé ce choix car il n'était pas le plus gradé. Les putschistes ont ensuite quitté le camp pour se rendre dans le centre-ville. Mardi soir, ils ont dévoilé la composition d’un "Conseil national pour la démocratie et le développement ", formé de 26 militaires et six civils, mais sans chef désigné.

 

Qui sont les putschistes ? Selon les informations du correspondant de RFI et FRANCE 24 à Conakry, Olivier Rogé, "il s’agit apparemment de l’aile jeune de l’armée, la branche la plus éduquée des militaires. Le clivage générationnel est très fort entre vieille garde et jeune garde, qui s’est toujours sentie maltraitée. Dès que l’armée était soupçonnée de velléités putschistes, on s’en prenait à la jeune garde, formée en Allemagne ou en France."

 

Le communiqué lu mardi par les putschistes avait une teneur résolument sociale, parlant de "détournements de deniers publics", de "corruption généralisée",  et d’"impunité érigée en méthode de gouvernement ". Le texte accuse les gouvernants d’être responsables de la situation économique du pays jugée "catastrophique".

 
Situation calme dans les rues de Conakry
 

A cette heure, il n’y a pas eu de réaction de la population guinéenne. Mercredi, la plupart des commerces sont restés fermés à Conakry. La grande majorité de la population est restée chez elle.

 

Cette situation fait fortement contraste avec les grandes manifestations populaires du printemps 2007. Les Guinéens avaient alors dénoncé les "prédateurs de l’économie nationale", au cri de "Conté dehors !". La répression avait fait plus de 180 morts.

 

Selon Olivier Rogé, "la population n’a pas envie de retrouver ce qu’elle a connu durant 24 ans avec le président Conté : un militaire qui prend le pouvoir et qui instaure un régime dur, une dictature. Les Guinéens ont envie d’autre chose".

 
L’Union africaine discute d’éventuelles pressions sur la Guinée
 

Mercredi matin, l’Union africaine (UA), basée en Ethiopie, s’est réunie d’urgence pour examiner la situation. "C’est une réunion diplomatique", rapporte Emmanuel Goujon, correspondant AFP pour FRANCE 24 à Addis Abeba. "Il n’est pas question immédiatement d’une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel. Il y aura sûrement des pressions sur les mutins et sur le gouvernement, pour qu’ils trouvent un modus vivendi conforme à la Constitution. Car la position de l’UA est claire : elle refuse tout changement inconstitutionnel."

 

Selon le Commissaire à la paix et à la sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra, "le CPS (Conseil de paix et de sécurité) a brandi la menace de la prise de mesures fermes dans le cas où le coup d'Etat serait consommé". "Nous voulons une transition sereine et conforme à la Constitution", a-t-il déclaré devant la presse.

 

L'Union européenne, les Etats-Unis, et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ont condamné mardi le coup de force en Guinée.  

 

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