BANGLADESH

Premières élections législatives depuis 2001

Les Bangladais ont voté pour les premières élections législatives depuis 2001. Le scrutin, censé rétablir la démocratie après deux années d'état d'urgence imposé par un régime de transition s'est déroulé sous haute surveillance.

Publicité

AFP - Le Bangladesh organise lundi ses premières élections législatives depuis 2001, un scrutin entouré d'une sécurité exceptionnelle et censé rétablir la démocratie après deux années d'état d'urgence imposé par un régime de transition soutenu par l'armée.

Ce pays musulman laïc d'Asie du Sud peuplé de 144 millions d'habitants, l'ex-Pakistan oriental avant son indépendance en 1971, espère ainsi mettre un terme à un cercle vicieux depuis près de 40 ans au cours desquels ont alterné coups d'Etat, violences politiques et plages démocratiques.

Ces élections vont voir de nouveau s'opposer deux anciennes Premiers ministres qui ont dominé la vie politique de 1991 à fin 2006: Khaleda Zia à la tête du Parti nationaliste du Bangladesh (droite) et sa grande rivale Cheikh Hasina Wajed, présidente de la Ligue Awami (formation laïque de centre-gauche).

"Le consensus général donne la Ligue Awami victorieuse, mais il reste énormément d'indécis", d'autant qu'un tiers des 81 millions d'électeurs voteront pour la première fois, a souligné Manzoor Hasan, politologue à Dacca.

Mmes Zia et Hasina, deux sexagénaires qui se détestent et que les commentateurs ont surnommées les "Bégums en lutte", sont des héritières de grandes dynasties politiques.

Mme Zia est la veuve d'un président assassiné en 1981 par des militaires, Ziaur Rahman, et Mme Hasina est la fille de Cheikh Mujibur Rahman, tué en 1975 également par l'armée alors qu'il était le premier président du Bangladesh indépendant.

Mais les deux femmes, tour à tour Premier ministre et opposante depuis près de 20 ans, sont poursuivies depuis 2007 pour corruption et détournements de fonds présumés. Le gouvernement intérimaire a eu beau tenté de les envoyer en exil en avril 2007 ou les placer en détention pendant un an, il a dû les libérer sous caution cet été pour leur permettre de prendre part aux élections.

Pour y participer, le BNP et la Ligue Awami ont surtout obtenu la semaine dernière la levée de l'état d'urgence imposé en janvier 2007, comme une garantie de la crédibilité du scrutin.

Avec 200.000 observateurs, parmi lesquels 2.500 étrangers, qui auront accès aux 35.000 bureaux de vote, "ce seront les élections les plus justes de l'histoire du pays", a promis le porte-parole de la commission électorale, S.M Asaduzzamn. L'ex-candidat à la présidentielle américaine, John McCain, en visite à Dacca, s'est félicité ce mois-ci du scrutin "le plus régulier au monde".

Ce sont précisément des accusations de tricheries électorales et de listes d'électeurs falsifiées qui avaient plongé le Bangladesh en pleines turbulences politiques à partir d'octobre 2006, se soldant par la mort de 35 personnes dans de violentes manifestations.

Les forces armées --habituées à intervenir dans le champ politique du pouvoir civil-- étaient alors entrées en scène en persuadant le président de la République Iajuddin Ahmed d'imposer l'état d'urgence le 11 janvier 2007, puis en faisant annuler des législatives prévues dix jours plus tard.

Dès sa nomination à la tête d'une autorité intérimaire de technocrates, Fakhruddin Ahmed, ex-président de la banque centrale, s'était engagé à organiser un nouveau scrutin "propre".

En moins de deux ans, son régime aura surtout mené une grande purge anti-corruption en interrogeant 10.000 personnes et en emprisonnant 150 ex-ministres, hommes d'affaires et hauts fonctionnaires.

D'après l'organisation Transparency International, le Bangladesh est l'un des pays les plus corrompus au monde.

La communauté internationale s'est pourtant félicitée des efforts de Dacca, qui a nettoyé des listes électorales 13 millions d'électeurs "fantômes".

Afin d'assurer la sécurité des opérations de vote, près de 60.000 militaires sont déployés et seront épaulés lundi par 600.000 policiers et paramilitaires, notamment en raison de rumeurs de complots islamistes pour assassiner Mmes Zia et Hasina.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine