RAIDS SUR GAZA

L'offensive contre Gaza dictée par l'agenda politique

Le 27 décembre, Tsahal a lancé l’opération "Plomb durci" contre la bande de Gaza. Objectif : mettre un terme aux tirs de roquettes du Hamas selon un calendrier dicté par des échéances internes, régionales et internationales.

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Retrouvez les témoignages de nos Observateurs sur l'offensive isréalienne à Gaza.


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Le 19 décembre, le Hamas refuse de reconduire la trêve conclue six mois plus tôt avec Israël. Le mouvement islamiste accuse l’Etat hébreu de n’avoir pas respecté ses engagements en refusant de lever le blocus de la bande de Gaza transformée en prison à ciel ouvert.

  

De son côté, Israël désire mettre un terme aux tirs de roquettes lancés depuis la bande de Gaza. "Il y a 250 000 Israéliens dans le sud qui vivent sous la menace des missiles", explique à FRANCE 24 Shmuel Ravel, ministre plénipotentiaire à l’ambassade d’Israël en France. "Le gouvernement israélien a la responsabilité de défendre ses citoyens."

  

Considérations électorales côté israélien…

 

Mais à l’approche des élections législatives israéliennes, le 10 février, cette opération est également motivée par des considérations politiques. Pour Noha Rashmawi, chargée de mission à la Délégation générale de la Palestine en France, "la politique israélienne est aujourd’hui une politique électoraliste. Il s’agit purement d’une surenchère politique".

  

En ces temps électoraux, il s’agit aussi de redorer le blason de l’armée israélienne en lui donnant à nouveau une image dissuasive qu’elle a perdue lors de la guerre de 2006 au Liban. Selon le directeur de l’Observatoire des pays arabes à Paris, Antoine Basbous, "c’est cette obsession de l’échec de la guerre de 2006 qui pousse Israël à mettre le paquet sur Gaza pour ne laisser aucune chance au Hamas".

  

Joseph Maila, directeur du Centre de recherche sur la paix basé à Paris, abonde dans ce sens. Pour lui, il s’agit d’effacer le fiasco de la guerre du Liban contre le mouvement chiite du Hezbollah. "Une opération d’envergure sera bénéfique [au ministre israélien de la Défense] Ehud Barak, donnera de la poigne à [la ministre des Affaires étrangères] Tzipi Livni et affaiblira [le chef de l’opposition] Benjamin Netanyahou en lui retirant l’exclusivité de l’ultranationalisme".

  

Le gouvernement sortant d’Ehud Olmert tenterait ainsi, selon Antoine Basbous, de "faire du Netanyahou avec succès sans Netanyahou". Et le gouvernement israélien voudrait montrer que "l’erreur de 2006 ne sera pas répétée. Elle sera même corrigée deux ans et demi plus tard".

  

… et côté palestinien

 

Par ailleurs, le mandat du président palestinien Mahmoud Abbas arrive à terme le 9 janvier. Les Israéliens pourraient donc perdre l’interlocuteur palestinien "modéré" au profit d’un groupe radical qui refuse de reconnaître l’existence de l’Etat d’Israël. Antoine Basbous explique qu’avec la fin de ce mandat "le Hamas prend l’initiative pour dire ‘j’incarne les Palestiniens’". Cette volonté de représentativité pourrait être renforcée par les résultats des urnes ; le président Abbas ayant appelé à des élections anticipées début 2009.

 

Conjonctures régionale et internationale favorables

 

Des échéances régionales entrent également en jeu. Au printemps, le Liban organise ses élections législatives dans un climat interne tendu. La guerre de 2006 a coûté cher à Beyrouth, creusant davantage le fossé entre une majorité gouvernementale pro-occidentale et une opposition proche de la Syrie.

  

Même si l’offensive israélienne est tenue, selon Joseph Maila, "par des considérations plus internes qu’internationales", elle profite de la mauvaise passe dans laquelle se trouve le mouvement chiite. "Le Hezbollah a quadruplé ses capacités depuis 2006, explique Antoine Basbous, mais il ne va pas tenter l’aventure [d’ouvrir le front nord d’Israël], car il sait qu’Israël l’attend au tournant pour cette fois-ci le mettre à genoux, du moins c’est l’intention déclarée d’Israël."

  

Sur le plan international, l’entrée en fonction de l’administration Obama le 20 janvier rythme également le calendrier des attaques israéliennes. Comme l’explique Bassam Tahan, chercheur et professeur de géopolitique à l’Ecole pratique des Hautes Etudes de Paris, "cette opération est une manœuvre d’Israël peu avant l’accession d’Obama au pouvoir"

  

Le gouvernement israélien profite ainsi de la période de transition entre les administrations Bush et Obama. Le nouveau président américain a été élu, début novembre, sur un véritable programme de changement. Mais "si Obama a des velléités de changement politique, explique Joseph Maila, l’offensive israélienne a de fortes chances de calmer ses ardeurs." Le "yes we can" risque donc de s’arrêter net aux portes de Gaza.

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