INDONÉSIE

Un ex-chef des renseignements acquitté dans l'affaire Munir

L'ex-chef adjoint des services secrets, soupçonné d'avoir organisé l'assassinat en 2004 de Munir, éminent défenseur des droits de l'Homme indonésien, a été acquitté. Une décision critiquée par des défenseurs des droits de l'Homme.

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AFP - L'affaire Munir, du nom d'un éminent défenseur des droits de l'Homme indonésien mort empoisonné en 2004, a connu mercredi un nouveau rebondissement avec l'acquittement de l'ex-chef adjoint des services secrets, qui était soupçonné d'avoir organisé l'assassinat.

Après quatre mois de procès, un tribunal de Jakarta a blanchi Muchdi Purwopranjono, 59 ans, estimant qu'il ne pouvait "être reconnu coupable avec certitude du meurtre avec préméditation" de Munir Said Thalib, plus simplement appelé Munir.

Cette décision a été aussitôt critiquée par des défenseurs des droits de l'Homme, qui considéraient ce procès très médiatisé comme un test de l'indépendance de la justice indonésienne dix ans après l'avènement de la démocratie.

Munir était le principal animateur de la Commission des disparus et des victimes de la violence (Kontras), une organisation dénonçant des exactions commises par les militaires indonésiens et des "disparitions" de civils inexpliquées durant les 32 ans du régime du dictateur Suharto.

Il est mort dans d'atroces souffrances à l'âge de 38 ans en septembre 2004 à bord d'un avion de la compagnie nationale Garuda Indonesia à destination d'Amsterdam après avoir bu une boisson empoisonnée à l'arsenic à l'escale à Singapour.

Sa veuve, Suciwati, a qualifié de "douloureuse" la décision d'acquittement de M. Purwopranjono. "Cela prouve que les mauvais ont gagné. Mais nous allons continué à nous battre", a-t-elle ajouté à la sortie du tribunal où s'étaient rassemblés quelque 600 partisans pro-Munir.

"L'affaire est loin d'être close", a également prévenu le président de la Commission nationale des droits de l'Homme, Ifdhal Kasim, en appelant la police à reprendre son enquête afin qu'un nouveau procès puisse se tenir.

Il a regretté que plusieurs témoins, notamment de l'Agence nationale de renseignement (BIN) où travaillait l'accusé, "se soient rétractés" durant le procès et que d'autres soient revenus sur leurs déclarations faites au cours de l'enquête.

Ces rétractations n'avaient pas empêché le procureur de requérir, début décembre, une peine de quinze ans de prison à l'encontre de l'accusé, le présentant comme l'organisateur de l'empoisonnement mortel de Munir.

Selon l'accusation, M. Purwopranjono aurait agi par vengeance. Il avait en effet été contraint de quitter le poste prestigieux de commandant des Forces spéciales de l'armée indonésienne après avoir été mis en cause dans un rapport de Munir sur la "disparition" de 13 militants anti-gouvernementaux en 1997 et 1998.

M. Purwopranjono, qui a plaidé non coupable, était le premier militaire mis en cause dans cette affaire.

Un pilote de la compagnie Garuda, Pollycarpus Priyanto, a déjà été condamné à 20 ans de prison pour avoir versé l'arsenic dans un verre qu'il avait offert à Munir lors de l'escale à Singapour.

L'enquête avait montré qu'il avait appelé à de nombreuses reprises le téléphone cellulaire de M. Purwopranjono avant d'embarquer dans le même avion que Munir, en tant qu'"officier de sécurité" de la compagnie.

Un ancien PDG de Garuda, Indra Setiawan, a également été condamné à un an de réclusion pour avoir antidaté une lettre de mission plaçant Pollycarpus Priyanto dans cet avion.

Pour l'organisation Human Rights Watch, la "recherche de la justice n'est pas close" avec l'acquittement de M. Purwopranjono. "Le meurtre de Munir est une plaie ouverte pour l'Indonésie qui ne sera refermée que lorsque ses responsables seront traduits en justice", a-t-elle estimé.

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