INTERVIEW

"La rue palestinienne est solidaire du Hamas, pas les élites"

Malgré l’offensive israélienne sur la bande de Gaza contre le Hamas, le chercheur Frédéric Encel, spécialiste du Proche-Orient, pense que les Palestiniens restent divisés face aux attaques.

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L’opération israélienne baptisée " Plomb durci" se poursuit. Près de 400 Palestiniens ont été tués. Quel peut être son impact sur l’unité palestinienne ?

  

C’est une question centrale. Dans la rue palestinienne, même en Cisjordanie et surtout dans les camps palestiniens du Liban, on est solidaire du Hamas car les victimes des raids sont nombreuses, et parce qu’Israël est l’ennemi séculaire des Palestiniens. En même temps, dès qu’on gratte un petit peu, qu’on sort du domaine de l’affect, des voix s’élèvent pour critiquer le Hamas.

 

En Cisjordanie, on accuse le Hamas d’être irresponsable et on craint de perdre les avancées qui ont été obtenues par Arafat puis par Abbas - dont le statut d’autonomie de la Cisjordanie et la remontée relative de l’économie. Là-bas, il y a une volonté claire de poursuivre les négociations avec Israël, alors que dans la bande de Gaza, plus traditionnaliste et moins favorisée, on continue de soutenir le Hamas. En fait, la fracture palestinienne entre Fatah et Hamas est double : historique et économique.

 

Pour ceux qui appartiennent à des strates plus modestes, qui sont plus religieux, même plus mystiques, la voie de la paix choisie par Abbas ne semble mener nulle part.

 

Les élites palestiniennes continuent de diverger. Et une certaine élite cisjordanienne, ceux qui ont quelque chose à perdre, les gros commerçants, ou les fonctionnaires, continue de soutenir Abbas, qui a récemment traité le Hamas de mouvement putschiste et l’a condamné pour avoir lancé des roquettes katioucha contre Israël.

 
Sur Internet, des blogs affirment que le Fatah aurait fourni de l’aide à Israël lors de ses raids contre le Hamas dans la bande de Gaza. Est-ce que ces accusations sont crédibles ?

 

Non, le Fatah n’aide pas Israël parce qu’il n’en a pas les moyens. Israël attaque la bande de Gaza par voie aérienne et le Fatah ne dispose d’aucun aéronef. De plus, le Fatah a été complètement évincé de Gaza. Même s’il reste quelques sympathisants du Fatah, ils n’ont pas les moyens d’aider Israël. Soit ils sont en prison, soit on se méfie d’eux ou ils ont pris la fuite. Je ne crois pas à ces suppositions.

 

La fin du mandat de Mahmoud Abbas est prévue pour le 9 janvier. Est-ce que des élections seront maintenues alors que la bande de Gaza sera encore sous le choc des bombardements ?

 

Une élection sera organisée dans l’année - c’est prévu par la constitution -, mais il n’est pas sûr que le Hamas y participe. L’autorité d’Abbas n’est pas reconnu par le Hamas, qui n’avait pas le droit de saisir des ministères de la bande de Gaza. Abbas risque donc d’organiser des élections ouvertes et démocratiques, sans que le Hamas puisse se présenter.

 

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