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La révolution castriste subit les assauts de l'âge

Cuba vient de célébrer les 50 ans de la révolution. Mais à l'image de son leader historique, Fidel Castro, la révolution est malade. Entre difficultés économiques et liberté d'expression très encadrée, les Cubains subissent.

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Le 1er janvier 2009, à Santiago de Cuba, seuls 3 000 invités célèbrent officiellement les 50 ans de la révolution. "Viva Raul, viva Fidel !" scandent ces partisans très encadrés.


Pendant ce temps, loin de la liesse, l’ambiance est morose… presque nostalgique. Fidel Castro n’est pas apparu en public depuis juillet 2006. Et son frère Raul, qui lui a succédé à la tête du pays, ne possède pas le même charisme.


Dans un discours conservateur tourné vers le passé, il n’a parlé de l’avenir que pour confirmer un plan d’austérité économique. L’île, qui vient d’être frappée par trois cyclones, souffre aussi de la crise mondiale.


A quelques kilomètres des cérémonies, dans un quartier populaire, certaines familles qui se disent castristes et patriotes osent se plaindre : "Cette année a été mauvaise, très mauvaise à cause de la planification, du changement de président. Le nouveau est plus dur", déclare ainsi Marginia, infirmière.


Il y a quelques années, elle travaillait en Italie et espère y retourner. "Là bas, tu travailles et tu vois le sacrifice de ton travail, tu peux t’acheter des choses… Imagine, je n’ai pas de télé !"


Une monnaie à deux vitesses


Logement, santé, éducation : 50 ans après la révolution, l’Etat cubain continue de garantir des conditions de vie minimum à sa population. Mais cette justice sociale est minée par le double système monétaire.


Le peso, la monnaie officielle des salaires, ne permet d’acheter que des produits de base. Quant aux autres marchandises, essence en tête, elles s’achètent en CUC. Une monnaie réservée à une minorité de Cubains dont la famille vit à l’étranger ou travaille pour une entreprise internationale.


Malgré tout, le projet socialiste compte des défenseurs, notamment parmi les anciens d’origine modeste qui ont connu l’époque précédant la révolution.


C’est le cas du Quintette rebelle, dans l’est du pays. Il y a 50 ans, ce groupe de retraités alors à peine sortis de l’adolescence a été recruté par Fidel Castro pour chanter ses louanges.


"Avant la révolution, il n’y avait pas d’école, pas de route, pas d’hôpital, il n’y avait rien, se souvient ainsi Aleides. Grâce à la révolution, tout cela a été créé."


Alejandro, un autre membre du Quintette rebelle, ne voit pas d’un bon œil la perspective d’une ouverture politique. "Ce sont les riches qui profitent du multipartisme, affirme-t-il. Il faut qu’un seul homme commande."


Cinquante ans de répression ont laissé des traces. Ici, on pratique l’autocensure.


Quelques kilomètres plus loin, dans la Sierra Maestra, on défend aussi le bilan de la révolution. C’est d’ici qu’est partie la guérilla il y a plus de 50 ans. Aujourd’hui, les guides de montagnes veillent à transmettre le mythe.


Les rebelles d’alors n’étaient qu’une poignée d’hommes, mais Fidel Castro et Ernesto "Che" Guevara ont réussi à faire croire à un journaliste américain qu’ils étaient quelques milliers.


"Il fallait donner l’impression qu’on était forts. Il ne faut jamais donner une image de faiblesse, parce que sinon on ne gagne jamais", explique Luis Angel Seguro Castillo, guide et conservateur à Sierra Maestra.


"L’idéologie dominante est celle de la révolution"


Dès 1959, ces messages passaient sur Radio rebelle depuis la Sierra Maestra. Aujourd’hui, cette radio diffuse toujours depuis La Havane.


A l’antenne, une allocution du président ouvre le journal. Les médias cubains sont contrôlés par l’Etat et ne laissent aucune place aux opinions contre-révolutionnaires.

 

"Les médias perpétuent le système d’idéologie dominante. Et dans le cas cubais, l’idéologie dominante est celle de la révolution", affirme Demeterio Ya, rédacteur en chef de Radio rebelle.


Quarante-sept ans de blocus nord-américain servent de prétexte aux autorités cubaines pour limiter la liberté d’expression. D’après les associations de droits de l’Homme, plus de 200 opposants au régime sont en prison. D’autres ont trouvé un moyen d’expression encore toléré, comme la blogueuse Yoani Sanchez. Elle ne peut sortir du pays et son site de renommée internationale est inaccessible à Cuba.


"Je me comporte comme si j’étais libre… ce n’est pas le cas, mais j’essaye, déclare-t-elle. J’aspire à pouvoir critiquer l’éducation que reçoivent mes enfants qui est très idéologisée, j’aspire à pouvoir critiquer le fait que dans les hôpitaux il n’y a pas les structures suffisantes sans qu’on me dise : ‘Tais toi, c’est gratuit’. J’aspire à un Cuba où les citoyens ne payent pas ces services publics gratuits par des privations de liberté."


Se créer de petits espaces de liberté, trouver des moyens de contourner le système et les nombreuses interdictions fait partie de la vie quotidienne des Cubains.


La moitié des Cubains a moins de 25 ans. Cette jeunesse figure parmi les mieux éduquée d’Amérique latine. C’est elle qui est chargée de reprendre le flambeau de la révolution, du moins la relève du pouvoir.


En attendant, beaucoup scrutent l’horizon en se demandant s’ils pourront un jour quitter leur île.


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