Accéder au contenu principal
JUSTICE - ANGOLAGATE

Le juge Courroye sur la sellette

Texte par : Daphné SEGRETAIN
4 min

La défense joue sa dernière carte au procès des ventes d'armes à l'Angola en interrogeant le juge d'instruction de l'affaire, Philippe Courroye, pour tenter de démontrer sa thèse d'une affaire construite politiquement.

Publicité

Alors qu’un froid polaire règne sur Paris, la salle des Criées du Tribunal de grande instance de Paris est bondée et surchauffée. Avocats, prévenus, magistrats, tous attendent l’arrivée de Philippe Courroye, le juge d’instruction qui s'est occupé de l’affaire des ventes d’armes à l’Angola .

 

Initialement appelé à témoigner par la défense de Jean-Christophe Mitterrand et par celle de maître Alain Guilloux, le magistrat va subir les interrogatoires de cinq avocats.

 

Ces derniers veulent démontrer que les deux hommes se sont rencontrés à plusieurs reprises, sans que les éventuelles informations que le juge aurait pu obtenir de ces rencontres n'aient été actées dans la procédure. Pour ce faire ils mettent en avant, des carnets appartenant à Yves Bertrand, saisis dans le cadre de l'affaire Clearstream, et qui prouveraient que les deux hommes se connaissaient.

 

Avant  le début des interrogatoires, le juge d’instruction se défend d’une voix claire : "J’ai été cité à comparaître par deux prévenus. Je ne suis pas témoin. J’ai instruit ce dossier à charge et à décharge, validé par la Cour de cassation. Etant respectueux de la justice et de la défense, j’ai décidé de venir à cette citation. Je n’ai rien à cacher, rien à dérober. J’ai agi dans le cadre de mon action judicaire."

 

Pendant près de trois heures, le juge Courroye, aujourd’hui procureur de la République à Nanterre, a repoussé les attaques des avocats de la défense, notamment sur les carnets d’Yves Bertrand et sur une note de la DST disparue du dossier.

Seul contre tous

 

Maître Vaconsin, avocat de Guilloux cité dans l'affaire Clearstream, ouvre le bal en interrogeant Courroye sur la genèse du dossier : les carnets d’Yves Bertrand. Vingt-trois carnets saisis au domicile de l’ancien patron des Renseignements généraux dans le cadre de l’affaire Clearstream ont été versés au procès de l’Angolagate. Le magistrat répond aux premières questions par un trait d’humour : "Je ne vais pas reprendre point par point, sinon on est reparti pour un an." Sans pour autant, réellement, apporter de réponse.

C’est ensuite au tour de maître Versini-Campinchi, avocat de Jean-Christophe Mitterrand, d’interroger le témoin. Il le questionne notamment sur le volet BNP-Paribas, qui a effectué le montage financier des achats d'armes angolais par des préfinancements pétroliers, et insiste sur ses contacts avec Yves Bertrand. Selon les carnets, les deux hommes se seraient rencontrés à onze reprises. L’avocat liste une série de dates. Non sans humour, Philippe Courroye répond : "Si je marque dans mon agenda 5 novembre 2008 : Obama, ça ne veut pas dire que je l’ai rencontré" avant d’ajouter et de réaffirmer qu’il n’a rencontré Yves Bertrand qu’une seule fois.

 

De son côté, Maître Marsigny, avocat de Pierre Falcone, lui demande s’il a été "instrumentalisé par un cabinet noir animé par Yves Bertrand pour le compte de Jacques Chirac pour éliminer Charles Pasqua ?".Ce à quoi il répond:"Il n'y a pas et il n'y a pas eu de complot et aucune manœuvre frauduleuse n'est à l'origine de la procédure."

 

Peu après, l’avocat d’Arcadi Gaydamak soulève une autre interrogation concernant une note de la DST à la décharge de son client qui a été déclassifiée. La réponse de l’ancien juge ne se fait pas attendre :"Ne pensez pas que j'aurais été assez malhonnête pour soustraire une note que j'aurais moi-même sollicitée et dont la déclassification fait l'objet d'une publication au Journal officiel."

C’est l’avocat de l’ancien préfet Jean-Charles Marchiani qui clôture cette séance en citant les pièces non versées au dossier, qui auraient également été à la décharge de son prévenu.

 

 

 

*RAPPEL : Le procès a débuté le 6 octobre 2008. Les deux principaux prévenus, Pierre-Joseph Falcone et Arcadi Gaydamak, en fuite, sont soupçonnés d'avoir vendu, sans autorisation gouvernementale, pour 791 millions de dollars de matériel de guerre à l'Angola alors engagé dans une sanglante guerre civile contre les rebelles de l'Unita.

 

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.