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Cinq ans après, les victimes craignent de tomber dans l'oubli

Cinq ans après les attentats du 11 mars - les plus meurtriers jamais perpétrés en Espagne - aucune commémoration officielle n'est prévue dans le pays. Une première, qui provoque la colère des associations de victimes.

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, correspondants à Madrid

11 mars 2009. Sous un soleil de plomb, les Madrilènes suivent leur train-train quotidien. Il est 10 heures du matin, et des hordes de travailleurs empruntent les escaliers roulants de la gare d’Atocha pour prendre les "cercanias", les trains de banlieue. Les gestes sont presque mécaniques pour exécuter un rituel désormais très ordinaire : montrer son billet aux agents de sécurité, puis passer sacs et manteaux aux rayons lasers.

 

Voilà cinq ans que la gare d’Atocha vit ainsi, sous haute surveillance. Un quotidien pétri des séquelles laissées par les attentats du 11 mars 2004. Un groupe de terroristes islamistes avait alors fait exploser dix bombes dans plusieurs stations de la capitale espagnole, tuant 191 personnes.

 

Cette année pourtant, pour la première fois, le gouvernement espagnol n’organise pas de commémoration officielle en mémoire des victimes de ces attentats. Un silence qui marque tout d’abord une volonté des autorités de tourner la page. Ensuite, cela montre qu'elles considèrent ces attentats comme une affaire "classée", au sens juridique du terme. Cet anniversaire est le premier depuis que le verdict du procès en appel des attaques du 11 mars a été rendu, en juillet 2008, aboutissant à dix-sept condamnations, dont trois à des peines records - et symboliques - de 40 000 ans de prison.

 

L’amertume des proches des victimes

 

 

Face au comportement du gouvernement Zapatero, Pilar Manjon, la présidente de la principale association de victimes, "11-M Afectados del Terrorismo", ne cache pas son amertume. Dans une interview accordée ce mercredi au quotidien "El Pais", elle estime que "nous (les victimes) sommes arrivées dans une seconde phase. (…) Aujourd’hui, nous n’intéressons déjà plus. Chacun estime avoir fait son travail à son échelle et nous, on nous a oubliées. Qu’importe, nous organisons nos propres commémorations avec ceux qui ont toujours été derrière nous : les syndicats". Plusieurs rassemblements ont lieu toute la journée dans les différentes gares touchées par les attentats, et un concert sera donné ce soir à l’Auditorium national, en présence du prince Felipe et de la princesse Letizia.

 

Les associations de victimes continuent de réclamer des changements dans la législation en ce qui concerne les procès liés au terrorisme islamiste, "tout comme il existe une législation spéciale, en Espagne, concernant les procès de membres présumés de l’ETA", précise Pilar Manjon dans la même interview. Elles considèrent, en effet, que les forces de police et la justice espagnoles ne sont toujours pas suffisamment préparées pour traiter ce type d’affaires.

 

Cinq ans après, ces associations parlent toujours avec autant de colère du cas de Rabei Ousmane Sayed Ahmed, dit "Mohammed l’Égyptien". Présenté comme l’un des cerveaux des attentats du 11 mars avant le procès, il a été acquitté par la justice espagnole, qui a évoqué un manque d’éléments à charge.

 

L’enquête a souffert d’un manque de preuves et de témoignages. Trois semaines après les faits, alors que la police encerclait leur appartement, les sept principaux auteurs des attaques se sont collectivement suicidés à l’explosif, emportant avec eux des secrets qui ne seront sans doute jamais élucidés.


 

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