OTAN

Chronique d'une Alliance en constante évolution

Alors que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord célèbre son 60e anniversaire, le 4 avril, l’Alliance est confrontée à un défi majeur : redéfinir ses missions pour assurer sa légitimité.

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Alors que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) célèbre son 60e anniversaire, le 4 avril, l’Alliance est confrontée à des questions stratégiques pour son avenir.

 

À sa création, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe et l’Amérique du Nord décident de s’accorder sur un double objectif pour assurer leur sécurité : contrer toute nouvelle ambition impérialiste de l'Allemagne et endiguer une éventuelle menace du tout nouveau bloc communiste.

 

Selon la célèbre phrase du premier secrétaire général de l’Otan, Lord Ismay, le but de l’Alliance est alors de "maintenir les Russes à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands en bas."

 

Au fil du temps toutefois, les problèmes de sécurité changent de part et d'autre de l'Atlantique. La mission de l’Alliance a donc, par conséquent, évolué. La faible menace que représentait l’Allemagne divisée dans l'Europe d'après-guerre a été rapidement éclipsée par celle de l'URSS.

 

Puis, à la chute du mur de Berlin, en 1989, l’Otan se trouve à nouveau contrainte de redéfinir ses objectifs pour justifier son existence. La puissance militaire russe sérieusement diminuée, l'Alliance cherche à réunir ses membres autour d’un nouvel objectif de défense commune.

 

Le 8 novembre 1991, à Rome, les chefs d’État du Conseil de l’Atlantique Nord, la plus haute instance de l’organisation, adoptent une "Déclaration sur la paix et la coopération" qui dessine les nouveaux contours du "concept stratégique" post-Guerre froide de l’Otan, détaillant la structure de commandement.

 

La déclaration de Rome appelle, notamment, à redéfinir le domaine d’action de la structure, qui passe d'un principe de défense en cas d’attaque massive à "une approche large en matière de stabilité et de sécurité, englobant les aspects politiques, économiques, sociaux et environnementaux".

 

Une alliance active

 

L’Otan tourne une nouvelle page de son histoire en février 1994, lorsqu’elle se lance dans sa première opération militaire. Chargée d'assurer la protection d’une partie de l'espace aérien bosniaque, ses troupes abattent quatre avions serbes qui y étaient entrés illégalement.

 

Par cet acte, elle se transforme en une organisation prête à engager des actions militaires sur des questions qu’elle juge stratégiquement importantes.

 

Selon Jamie P. Shea, directeur de la planification au bureau privé du secrétaire général de l'Otan, à Bruxelles, l'évènement apporte la preuve que l’organisation n’est pas qu’une alliance inutile. Il ajoute que c'est à l'époque que "l’Otan capable d'affronter les défis du 21e siècle est née".

 

Un autre moment critique pour l’organisation a lieu après les attaques du 11 septembre 2001, aux États-Unis. Pour la première fois de son Histoire, l’article 5 de la charte du Traité de l’Atlantique Nord est invoqué.

 

Il stipule qu’une attaque menée contre l’un des membres de l'Alliance sera considérée comme une attaque dirigée contre tous les autres, et autorise l’organisation à exercer son droit de légitime défense ainsi que toute "action qu'elle jugera nécessaire", incluant l’usage de la force armée.

 

Relations russes

 

Les relations tumultueuses de l’Otan avec la Russie représentent l’un des plus grands défis de l’organisation. À plusieurs reprises, elle s’attire la colère des Russes, en accueillant notamment d’anciens membres du Pacte de Varsovie parmi les siens. Pour Moscou, il s'agit d'un empiètement sur ce que la Russie considère comme sa sphère traditionnelle d’influence.

  

L'Alliance a, toutefois, tenté de répondre aux anxiétés russes. En 1997, l'Acte fondateur sur les relations, la coopération et la sécurité mutuelles entre l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord et la Fédération de Russie donne naissance à un cadre formel dans lequel les relations Otan-Russie peuvent s'exprimer.

 

Il est suivi par la création du Conseil Otan-Russie, en 2002, forum bilatéral permettant aux deux parties d'évoquer leurs problèmes en direct. Après une suspension temporaire de leurs relations bilatérales à la suite de l’invasion de la Géorgie par la Russie durant l'été 2008, l'une et l'autre ont normalisé leur dialogue en mars .

 

Des frictions qui se multiplient

 

L’Alliance cherche désormais à se réinventer. Dans ses nouveaux projets, l’Otan insiste sur la diversité de ses missions, depuis l’apport d’assistance médicale jusqu'à la reconstruction de zones détruites par des catastrophes naturelles, en passant par la réintégration d’anciens militaires dans la vie civile.

 

Parallèlement, elle poursuit aussi son élargissement à de nouveaux membres.

 

Reste que si l’Otan se cherche un nouveau destin, les frictions entre ses 26 membres se multiplient. Au cœur des dissensions se trouve la participation à la force internationale d'assistance et de sécurité (ISAF), qui dirige les opérations de sécurité en Afghanistan.

 

Beaucoup d'États rechignent en effet à envoyer des soldats dans cette partie du monde, par crainte du prix politique à payer. Depuis décembre 2006, il s'agit d'une décision très impopulaire...

 

Jamie P. Shea estime enfin que l’Alliance continuera à évoluer, en développant une plus grande sensibilité aux problématiques religieuses et culturelles dans ses zones d’intervention, et en se concentrant davantage sur ses capacités de reconstruction.

 

 

 

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