CRISE ÉCONOMIQUE

Dublin s'apprête à adopter un sévère budget d'austérité

Pays de l'Union européenne le plus touché par la crise économique, l'Irlande doit annoncer dans la journée de sévères mesures d'économies. Le chômage y a atteint 11 % au mois de mars, du jamais vu depuis près d'une quinzaine d'années.

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AFP - Le gouvernement irlandais, confronté à une grave récession, doit dévoiler mardi un collectif budgétaire d'austérité, marqué par une augmentation de la fiscalité et des coupes claires dans les dépenses pour tenter d'endiguer un déficit public en expansion.

Premier pays de la zone euro à être entré en récession, l'Irlande a vu son taux de chômage grimper à 11% en mars --du jamais vu depuis près de 15 ans--, tandis que les dépenses de consommation se sont effondrées de 20%.

L'explosion de la bulle immobilière s'est traduite, pour l'instant, par une chute des prix de 40%.

Le Premier ministre Brian Cowen a d'ores et déjà prévenu que ce collectif budgétaire ne serait que la première étape d'un chemin ardu placé sous le signe de l'austérité pour lutter contre les problèmes économiques du pays et ramener le déficit public d'ici 2013 sous le seuil de 3% du Produit intérieur brut (PIB), exigé par les instances européennes.

Le collectif budgétaire vise à contenir le déficit à 9,5% du PIB cette année, comme le pays s'y est engagé vis-à-vis de Bruxelles. L'objectif est jugé toutefois peu réaliste par de nombreux économistes qui redoutent qu'il dépasse 10%.

"Il n'y a pas de recette magique... pour résoudre le problème en une nuit", a déjà expliqué M. Cowen, qui s'apprête à réduire le nombre de ses sous-secrétaires d'Etat de 20 à 15. Ils perçoivent 150.000 euros de salaire annuel, et n'étaient que 7 en 1978.

En présentant son collectif budgétaire devant le Parlement à partir de 15h00 GMT, Le ministre des Finances Brian Lenihan va s'employer à rétablir la confiance du consommateur international et domestique dans l'économie de l'ancien "Tigre celtique" qui affronte la pire crise de son histoire.

Selon les estimations du gouvernement, le PIB du pays devrait reculer de 6,75% en 2009. La Banque centrale d'Irlande table, elle, sur -7% en 2009 et -3% en 2010.

Les recettes fiscales se sont effondrées de 23% au premier trimestre alors que les dépenses publiques étaient de 6% supérieures aux prévisions. Le déficit atteignait au premier trimestre 3,72 milliards d'euros, soit plus de dix fois celui de la même période de 2008 (354 millions d'euros).

Rossa White, chef économiste de la maison de courtage Davy Stockbrokers, s'attend à ce que M. Lenihan vise une économie nette de 3,5 milliards d'euros en 2009 et dévoile une feuille de route pluri-annuelle sur la façon de remettre les finances publiques sur les rails.

"Ils vont devoir faire davantage en base brute donc ils vont sans doute envisager des augmentations d'impôts et des réductions de dépenses d'au moins un milliard d'euros en plus des 3,5 milliards" d'économie nette, a-t-il souligné.

Les analystes s'attendent également à ce que le collectif budgétaire donne des détails concernant un établissement bancaire ou une société de gestion d'actifs qui reprendrait les actifs "toxiques" des banques irlandaises afin d'expurger leurs bilans.

L'Irlande a versé 7 milliards d'euros pour recapitaliser deux des plus importants établissements de prêts du pays, Allied Irish et Bank of Ireland.

Les ministres des Finances européens, réunis vendredi à Prague en Eurogroupe, se sont inquiétés de l'ampleur de la crise économique irlandaise, le président du groupe et ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker évoquant "le problème grave" qui se pose en Irlande.

L'agence de notation financière Standard & Poor's (S&P), qui évalue la qualité de crédit des emprunteurs, a retiré fin mars à l'Irlande sa note souveraine "AAA", la meilleure possible, l'abaissant à "AA+" et s'inquiétant de la dégradation de ses finances publiques et de la récession qui la frappe.

Le premier pays de la zone euro à perdre son triple A avait été l'Espagne en janvier.

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