CRISE ÉCONOMIQUE

L'Irlande s'enfonce un peu plus dans la crise

Le ministre des Finances irlandais, Brian Lenihan (photo), a estimé que le PIB se contracterait de 7,7 % en 2009, alors que les prévisions précédentes tablaient sur une chute de 6,75 %. Un fonds pour racheter les actifs douteux a été créé.

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AFP - Le gouvernement irlandais, confronté à une grave récession, a encore revu à la baisse mardi ses prévisions économiques et annoncé une série de hausses d'impôts et de coupes dans les dépenses pour endiguer un des pires déficits publics d'Europe.

En présentant au Parlement un collectif budgétaire résolument placé sous le signe de l'austérité, le ministre des Finances Brian Lenihan a également annoncé la création d'une société de défaisance destinée à racheter les actifs douteux des banques pour un maximum de 90 milliards d'euros à leur valeur comptable.

Le gouvernement du Premier ministre Brian Cowen a revu à la baisse des estimations déjà pessimistes: le Produit intérieur brut (PIB) devrait se contracter de 7,7% en 2009, puis de 2,9% en 2010, avant de ne retrouver la croissance qu'en 2011 à 2,7%, a déclaré Brian Lenihan.

Les Finances prévoyaient jusqu'à présent une contraction de l'ordre de 6,75% en 2009. La banque centrale d'Irlande s'attend quant à elle à un recul de 7%.

Le Produit national brut (PNB), mesure considérée comme plus réaliste car excluant les bénéfices des sociétés étrangères, se contractera quant à lui de 8% en 2009.

"Nous assistons à l'effondrement le plus spectaculaire de l'ordre financier mondial depuis (la crise de) 1929", a déclaré le ministre lors d'une séance houleuse au Dail (parlement en gaélique). "Ce plan vise à rétablir le calme et la stabilité dans les finances publiques".

Le gouvernement, qui s'est engagé à ramener le déficit public d'ici 2013 sous le seuil de 3% du PIB comme l'exige Bruxelles, a reconnu qu'il dépasserait la barre des 10% cette année.

"Sans action corrective, le déficit budgétaire public s'élèverait à 12,75% en 2009. Désormais, la prévision est de 10,75% du PIB", a dit le ministre. Dublin s'était engagé auprès de Bruxelles à contenir son déficit à 9,5% du PIB.

Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, le forum des ministres des Finances de la zone euro, avait qualifié la semaine dernière la situation en Irlande de "grave".

M. Lenihan a dévoilé une batterie de hausses d'impôt potentiellement impopulaires et de nombreuses coupes budgétaires, après un premier trimestre marqué par un effondrement de 23% des recettes fiscales. Un prélèvement obligatoire sur les revenus sera notamment doublé.

Le déficit atteignait au premier trimestre 3,72 milliards d'euros, soit plus de dix fois celui de la même période de 2008 (354 millions d'euros).

Premier pays de la zone euro à être entré en récession, l'Irlande a vu son taux de chômage grimper à 11% en mars --du jamais vu depuis près de 15 ans--, tandis que les dépenses de consommation se sont effondrées de 20%.

L'explosion de la bulle immobilière s'est traduite, pour l'instant, par une chute des prix de 40%.

"Si nous échouons, refusons ou négligeons de trouver une solution à ce problème structurel, nous condamnerons notre génération et la suivante à la folie d'un recours excessif à l'emprunt", a prévenu le ministre.

M. Lenihan a par ailleurs confirmé sa volonté d'assainir le secteur bancaire irlandais, durement touché par la crise financière, en créant une "Agence nationale de gestion de fonds" qui aura pour mission de racheter des actifs dits "toxiques" des banques de l'île.

"Les actifs seront transférés des banques vers la nouvelle Agence nationale de gestion des fonds afin de faire en sorte que (...) leur bilan soit renforcé et que les incertitudes quant aux dettes douteuses soient réduites", a ajouté M. Lenihan.

Un maximum de 90 milliards d'euros a été fixé pour le total des actifs transférés mais à leur valeur comptable, l'agence les rachetant en réalité à un prix nettement inférieur, a assuré M. Lenihan.

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