ALGÉRIE - PRÉSIDENTIELLE

Une étude dénonce le parti pris des médias en faveur de Bouteflika

Une récente étude révèle le parti pris des médias algériens, notamment celui de l’unique chaîne - publique - de télévision, en faveur du pouvoir en place. La dernière campagne présidentielle n’a pas échappé à la règle...

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Les médias audiovisuels algériens ont consacré jusqu'à trois fois plus de temps à la campagne présidentielle d’Abdelaziz Bouteflika qu’à celle de chacun de ses cinq opposants, révèle une étude menée par une ONG algérienne, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH). "Cela confirme que la campagne électorale était à sens unique", affirme le président de la Ligue, Mustapha Bouchachi. Selon lui, cette élection est une "plaisanterie".

 

La LADDH, fondée par l’avocat et opposant Ali Yahia Abdenour, a rendu publics, mardi à Alger, les résultats préliminaires de cette étude, qui révèle un parti pris des médias audiovisuels en faveur du président sortant, Abdelaziz Bouteflika.

 

Effectuée (pour le compte de la LADDH) par le Groupe arabe pour le monitoring des médias - un organisme des droits de l’Homme -, l’étude a été menée auprès de onze journaux publics et privés, de deux chaînes de radio étatiques et de la télévision d’État.

 

Seulement 2 % pour les partisans du boycott

 

Selon ses résultats, Bouteflika aurait bénéficié de 27,6 % de l’espace consacré à la campagne présidentielle sur l’ensemble des médias concernés, avec une tendance davantage prononcée pour la télévision. Quid de ses concurrents ? Chacun a bénéficié, en tout et pour tout, d’un espace compris entre 8 et 11 %. Quant aux partisans du boycott, ils ont eu droit à moins de 2 % de cet espace et ont souvent été présentés comme des personnes hostiles aux "intérêts du pays" !

 

L’étude de la LADDH met l’accent sur un aspect important de l’actualité algérienne : le libre accès aux médias audiovisuels. Depuis son arrivée au pouvoir, en 1999, le président Bouteflika s’est vanté, lors de ses visites à l’étranger, de l’existence d’une presse libre en Algérie. Mais il s’est toujours gardé d’évoquer le monopole que le pouvoir et lui exercent sur l’audiovisuel : la télévision d’Etat et ses nombreuses stations, ainsi que les trois chaînes de la radio nationale.

 

Presse écrite libre, mais secteur audiovisuel verrouillé

 

Ce monopole joue un rôle déterminant dans l’exercice du pouvoir. Car si la presse libre est lue quotidiennement par près de 1.5 million de personnes (sur une population de 34 millions d'habitants), la télévision pénètre tous les foyers du pays. Selon un sondage effectué fin 2006 par l’Institut Abassa, un organisme indépendant, la télévision algérienne fait plus que résister à l’invasion des chaînes satellitaires arabes (Al-Jazeera, MBC, etc.) et françaises (TF1, M6…), puisqu’elle accapare près de 83 % des parts d’audience  : un pouvoir renforcé par l’analphabétisme de 7 millions d’Algériens.

 

La télévision algérienne, qui comprend des canaux diffusant en arabe, en français et en berbère, est administrée par un directeur général désigné et contrôlé par la présidence de la République.

 

Au lendemain de cette élection présidentielle, la télévision algérienne continuera d'être ce qu’elle a toujours été : une forteresse au service de la présidence.

 

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