ÎLES FIDJI

Le militaire putschiste reconduit à la tête de l'exécutif

Premier ministre depuis sa prise de pouvoir par un coup d'État en 2006, le contre-amiral Voreqe Bainimarama a été maintenu dans ses fonctions. Hier, la Constitution a été abrogée et les magistrats qui le jugeaient illégitime limogés.

Publicité

AFP - Le chef des armées de Fidji, Voreqe Bainimarama, qui dirige un gouvernement intérimaire depuis son putsch de 2006, a été reconduit samedi à la tête de l'exécutif par le chef de l'Etat au lendemain de l'abrogation de la Constitution et du report des élections.

Le président fidjien, Ratu Josefa Iloilo, un octogénaire infirme réputé sous l'influence de M. Bainimarama, a abrogé vendredi la Constitution et limogé les magistrats qui avaient jugé la veille illégitime le coup d'Etat du chef des armées en décembre 2006.

La cour d'appel avait été saisie d'une plainte déposée par l'ex-chef de gouvernement renversé en 2006, Laisenia Qarase.

L'arrêt stipulait que M. Iloilo devait désigner comme Premier ministre "une personnalité" qui ne serait ni M. Qarase, ni l'instigateur du coup d'Etat, le contre-amiral Bainimarama.

Lui même installé à la faveur d'un putsch en 2000, le président Iloilo a fait fi de la décision de justice, en décrétant "un nouveau cadre légal" et  fixant à 2014 la date butoir pour de nouvelles élections législatives.

Les autorités ont également mis en place une censure de la presse, en vigueur sous le régime de l'état d'urgence.

Cette série de mesures antidémocratiques ont soulevé un tollé, notamment chez le grand voisin australien qui a jugé "complètement inacceptable" le report des élections et n'a pas écarté des sanctions.

Vendredi, les Etats-Unis se sont déclarés "profondément déçus" par l'effondrement de la démocratie dans les îles Fidji, appelant le président Iloilo à organiser des élections avant la fin de l'année.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a également déploré l'abrogation de la Constitution et appelé à des "actions urgentes" pour rétablir "un gouvernement légitime".

Pour le secrétaire général du Commonwealth, Kamalesh Sharma, "l'abrogation de la constitution, le limogeage des magistrats et le report des élections jusqu'en 2014 représentent une régression qui éloigne encore l'archipel des Fidji du retour à un pouvoir civil, constitutionnel et démocratique que le Commonwealth a toujours encouragé".

Les Fidji sont suspendues du Commonwealth depuis le putsch sans effusion de sang de 2006.

M. Bainimarama a toujours ignoré les appels pour le rétablissement de la démocratie, arguant de la nécessité de réformer le système électoral fidjien avant la tenue d'un nouveau scrutin.

Selon lui, le système actuel aggrave les divisions entre la majorité indigène et la minorité d'origine indienne.

Indépendant depuis 1970 de la Grande-Bretagne, Fidji est un pays insulaire du Pacifique sud qui compte 900.000 habitants répartis presque à parts égales entre Mélanésiens et Indiens.

En 1987, les îles avaient été secouées par deux coups d'Etat successifs, qui avaient fait suite à des affrontements entre Fidjiens de souche et d'origine indienne.

En 20 ans, le pays a connu quatre coups d'Etat.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine