KENYA

Affrontements meurtriers entre villageois et "Mungikis"

Au moins 24 personnes ont été tuées dans un village du centre du Kenya. Ses habitants ont voulu chasser par la force des membres présumés de la secte criminelle Mungiki, une organisation mafieuse très implantée dans la région.

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AFP - Au moins 24 personnes ont été tuées à coups de pierre et à l'arme blanche à Karatina, dans le centre du Kenya, lors d'affrontements avec des habitants regroupés en bandes pour chasser de la ville des membres du gang criminel Mungiki, a indiqué la police kenyane mardi.

Les violences ont débuté lundi soir lorsque des résidents de Karatina, organisés en petits groupes, s'en sont pris à des membres présumé des Mungiki, une organisation de type mafieux très active dans la région.

"Au total 24 personnes sont mortes mais au moment où nous parlons, nous ne pouvons pas dire qui appartenait aux Mungiki et qui n'en faisait pas partie", a indiqué à l'AFP le porte-parole de la police kenyane Eric Kiraithe.

"Cette nuit, des groupes locaux ont commencé à attaquer des jeunes qu'ils soupçonnaient d'appartenir aux Mungiki et les ont frappés à mort avec des machettes", a-t-il expliqué. Puis la ville et ses environs se sont transformés en véritable champ de bataille lorsque les Mungiki se sont regroupés et ont décidé de riposter.

"Il semblerait que les Mungiki se soient regroupés et ont déclenché des combats généralisés avec les habitants dans les villages" alentours, a-t-il indiqué.

"Toutes les victimes ont été tailladées à la machette ou lynchées à coup de pierres. Nos hommes sont intervenus pour restaurer l'ordre, sinon la situation aurait pu dégénérer encore plus", a ajouté le porte-parole.

Les forces de police ont confisqué mardi à l'aube des machettes et d'autres armes blanches. "Des suspects ont été arrêtés et nous en poursuivons d'autres", a-t-il précisé.

Ces dix derniers jours, une quinzaine de membres présumés du gang avaient été tués à la machette ou brûlés vifs par la population en colère dans cette région.

"Les habitants des deux divisions de Kirinyaga et de Karatina semblent excédés par les activités de ce groupe illégal", a déclaré M. Kiraithe.

"La semaine dernière, ils ont tué environ 15 d'entre eux mais nous appelons la population à ne pas lyncher les suspects. Ils devraient les remettre à la police", a lancé le porte-parole.

Karatina est située à environ 100 km au nord de Nairobi, au coeur de la province centrale et fief de l'ethnie majoritaire kikuyu.

La secte Mungiki ("foule" ou "multitude", en langue kikuyu) était à l'origine un groupe religieux de jeunes, essentiellement des chômeurs issus de l'ethnie kikuyu, pratiquant des rites traditionnels.

Le mouvement, se réclamant des guerriers Mau Mau qui se sont illustrés lors de la guerre d'indépendance du Kenya, a été interdit en 2002, accusé par les autorités d'être devenu une puissante organisation criminelle avec des relais politiques et pratiquant le racket à grande échelle, notamment dans le secteur des transports collectifs.

La police les a accusés d'au moins 50 meurtres, dont une dizaine par décapitation depuis mars 2007 et a lancé contre eux plusieurs opérations d'envergure.

Des organisations des droits de l'homme et le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, Philip Alston ont récemment dénoncé les exécutions sommaires de membres présumés du gang par les forces de sécurité à la faveur de ces opérations.

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