FRANCE

Ségolène Royal persiste dans sa stratégie anti-Sarkozy

Après avoir présenté des excuses au chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero, la socialiste a affirmé qu'elle prendra la parole à chaque "manquement" de Nicolas Sarkozy. Une stratégie qui dérange. Même au sein de son propre camp.

Publicité

 

Ségolène Royal persiste et signe. Dans un entretien accordé au quotidien "Le Parisien" ce mardi, la socialiste affirme avoir présenté des excuses au chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero pour "mettre un coup d’arrêt aux dérapages verbaux permanents" du président Nicolas Sarkozy, "non seulement à l'égard des personnalités étrangères mais aussi à l'égard des Français".

 

"Aujourd’hui, lorsqu’on lit la presse internationale, on a honte d’être français", a-t-elle aussi déclaré, lundi soir, sur France 2, en promettant de prendre la parole, "chaque fois qu’il y aura un manquement à cette éthique du respect" de la part du chef de l’Etat français.


La polémique née ce week-end après les excuses de Ségolène Royal à José Luis Zapatero – qui succèdent à celles délivrées aux Africains à Dakar au début du mois d’avril – n’est pas près de retomber. Et place les socialistes dans un embarras certain. Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste (PS), a choisi de garder le silence, laissant apparaître plus que jamais l’opposition de style entre les deux femmes qui se sont disputées la direction du parti en décembre dernier.


"Royal à l’école de Sarkozy"


Rappelant la baisse de popularité de Ségolène Royal dans les sondages, Gaël Siman, de l’institut BVA, souligne ainsi "le minimum syndical" des dirigeants du PS, qui l’on défendue du bout des lèvres, se contentant de dénoncer la violence des attaques de l’Union pour un mouvement populaire (UMP, au pouvoir) sans réellement se prononcer sur le bien-fondé de sa nouvelle repentance. "On a l’impression qu’ils ne la craignent plus et ne sont plus face à une rivale", a-t-il confié à l’AFP.


Celle que l'on a surnommée, un temps, "la Zapatera" cherche, assurément, à exister. Son credo : se placer en principale opposante à Nicolas Sarkozy à qui elle s’adresse d’égal à égal. "Elle n’est plus députée et a perdu la direction du parti, analyse pour FRANCE 24 Mariette Sineau, directrice au Centre de recherches politiques à Sciences Po (Cevipof)*. Par conséquent, elle doit s’inscrire dans la durée jusqu’en 2011, date à laquelle le PS se choisira un candidat pour la présidentielle. Durer deux ans, c’est long quand on n’a pas de poste stratégique."


"Ségolène Royal occupe le terrain, déconcerte, brouille les lignes, poursuit Mariette Sineau. D’une certaine façon, elle est à l’école Sarkozy. Quand il était ministre sous Jacques Chirac, il n’hésitait pas à égratigner la fonction présidentielle. Il y a cependant une différence de taille : lui avait réussi à prendre la tête de l’UMP."


Sur le fil


Mais est-ce une stratégie payante ? Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal, veut le croire. "Si elle ne souligne pas certaines choses au crayon rouge, on ne les voit pas, a-t-il déclaré. Les réactions hystériques de l’UMP montrent bien qu’elle a mis le doigt sur quelque chose qui fait mal".


Reste qu’en France, on ne critique pas impunément le président de la République, quelle que soit son orientation politique. En ciblant ouvertement le style Sarkozy, et plus précisément son terrain réservé, celui de l’international, Ségolène Royal est sur le fil. "Elle peut choquer un certain nombre de Français pour qui la fonction présidentielle a quelque chose de sacré, relève Mariette Sineau. Comme stratégie pour faire parler d’elle c’est réussi. En ce qui concerne sa propre image, la question est ouverte". Réponse dans les prochains sondages.

 

*Dernier ouvrage paru : "La Force du nombre. Femmes et démocratie présidentielle" (éd. L'Aube, La Tour d'Aigue).

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine